A. Zefzafi : “Je suis venu en Europe pour solliciter un soutien pour la libération de nos enfants en prison au Maroc

Lundi 18 décembre 2017 . Emission “Hiwar” (Entrevue). France24 en arabe , présentée par Hakim BELTIFA. Invité Ahmed ZEFZAFI
JOURNALISTE : Bonjour chers téléspectateurs à une nouvelle émission Hiwar france24 depuis Paris avec Ahmed ZEFZAFI, le père de Nasser ZEFZAFI, militant détenu du mouvement citoyen dans le RIF au nord du Maroc. Soyez le bienvenu et merci d’avoir répondu présent à notre invitation.
ZEFZAFI : Bonjour à vous, tout d’abord je tiens à remercier la chaine pour l’invitation
JOURNALISTE : Je vous remercie. Soyez le bienvenu. Je voudrais revenir avec vous sur votre tournée européenne. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cette rencontre et quel est son but ?
ZEFZAFI : Ma tournée européenne n’est pas à proprement parler politique, et ne vise pas la recherche d’un antagonisme ou l’intimidation quelconques mais c’est pour nos enfants détenus au Maroc, pour leur libération. En vérité nous désirons alerter les responsables au Maroc, les institutions internationales, car nos enfants sont détenus ! Aussi pour la cause de nos enfants nous sommes prêts à tout faire !
JOURNALISTE : Vous avez tenu des conférences de presse en France, à Bruxelles. On parle aussi d’une invitation de la commission des affaires étrangères du parlement néerlandais, qu’est-ce qu’il en est de cette rencontre, comment elle a été provoquée plus exactement ?
ZEFZAFI : La rencontre a eu lieu grâce à deux députées, la première est une députée européenne et la seconde est une députée néerlandaise. La députée néerlandaise m’a accueillie au sein du parlement néerlandais pour me donner l’occasion d’expliquer nos souffrances, la souffrance des familles, la souffrance des détenus. Nous nous faisons un devoir d’alerter sur nos souffrances à qui de droit, que ce soit au niveau national ou international
JOURNALISTE : Qu’est-ce que vous avez sollicité plus exactement du HCDH à Genève ?
ZEFZAFI : Je n’ai rien sollicité si ce n’est un soutien pour la libération de nos enfants qui n’ont rien fait, qui sont sortis dans des défilés pacifiques, qui ont fait des choses que même les vieux pays démocratiques n’ont pas su faire. Nous avons organisé des formes d’action, des défilés, en fait ce n’étaient pas des manifestations, des sit-in, au summum de la civilisation, en portant des bougies, des fleurs seulement. Pourquoi ? Pour des revendications purement sociales
JOURNALISTE : Des interrogations ont été suscitées autour de qui a financé votre campagne ? Il y a plusieurs points d’interrogations autour de cette question !
ZEFZAFI : Ma campagne n’a pas été financée à proprement parler, j’ai à ma disposition ici en Europe des familles, des familles et des familles ! Je ne dirais pas que ma campagne a été financée, mais des activistes des comités de soutien en Europe m’ont accueilli seulement.
Certains véhiculent de la désinformation sur moi, quelques médias triviaux, d’une grande bassesse, on dit de moi que je suis venu pour collecter des fonds et régulariser la situation administrative de mes enfants en France
JOURNALISTE : La recherche de carte de résidents à vos enfants !
ZEFZAFI : C’est cela, je ne recherche rien dans ce sens, je resterai dans mon pays et j’y mourrai. Ceux qui parlent de moi de cette façon, ce sont eux qui recherchent à sortir de la patrie si ce n’est déjà fait, pour dire les choses d’une maniéré figurative.
JOURNALISTE : Certains ne sont pas agacés par cette campagne européenne, était-il nécessaire d’internationaliser cette cause de cette façon, M. ZEFZAFI d’autant plus que la procédure judiciaire est en cours ?
ZEFZAFI : Celui qui a poussé à l’internationalisation de cette cause, n’est pas moi mais ce sont ceux qui ont détenus nos enfants et les ont torturés et subissent toujours la torture, tous ces détenus répartis sur toutes les prisons marocaines à Taounate, Fez, Taourirt Nador, Taza,… ceux-là ils vivent une souffrance très difficile.
JOURNALISTE : Certains l’ont considéré comme une façon de tordre le bras des autorités marocaines et d’influer sur la marche de la procédure judiciaire.
ZEFZAFI : Qui suis-je pour tordre le bras à un Etat, avec sa majesté, avec son statut pour que je torde son bras, n‘est-ce pas une façon de semer la confusion une tentative d’inverser les faits ! Je suis le plus modeste citoyen au sein de la géographie du Maroc, aussi je ne mérité pas ces qualificatifs ! Je ne suis rien, je ne suis qu’un être humain, un vieillard, très âgé, 75 ans, de quoi parle-t-on ?
JOURNALISTE : Vous insistez sur le fait que les accusations à l’encontre de votre enfant et ses codétenus sont fausses, non fondés et fabriquées de toutes pieces ?
ZEFZAFI : Il y a un texte coranique qui dit « Et ramenez vos preuves si vous êtes véridiques » Aussi s’il y a des preuves je serai du côté de la preuve, et s’il n’y pas de preuve je me tiendrai du côté de mon fils. A ce jour, ils n’ont apporté aucun argument ni preuve, ni indices, je suis du côté de mon fils et ses codétenus
JOURNALISTE : Pourquoi n’attendez-vous pas le dernier mot de la justice, définitivement? En toute sincérité !
ZEFZAFI : Aussi bien la Constitution, la loi et le législateur marocains autorisent les manifestations contestataires. Le président français est venu au Maroc et il a déclaré textuellement que “sa majesté Mohamed VI dit que ces jeunes ont le droit de manifester”, donc qui est au-dessus de sa majesté ? Qui ? Qui se comporte de cette manière pour s’autoriser à arrêter tout le monde ? Sachez que les interpellations continuent à cette heure je vous parle. Nous ne voulons de notre Etat qu’une seule chose : la satisfaction de la charte revendicative, nous réclamions une vraie infrastructure hospitalière. 6 membres de ma famille sont morts à cause du cancer. Mon frère en est mort. Mon épouse est cancéreuse. Le Rif connaît le taux de prévalence le plus élevé au Maroc, suite à la guerre menée par les puissances coloniales.
JOURNALISTE : D’aucuns vous ont reproché dans vos conférences de presse en Europe de brandir un drapeau autre que le drapeau national marocain, et ils l’ont analysé comme une certaine promotion du projet sécessionniste dont a été accusé le mouvement du RIF à un moment donné. A quoi cela est dû ?
ZEFZAFI : Cher monsieur, moi personnellement je n’ai pas porté ce drapeau, ensuite il n’y a que ce que je dis et ce je fais qui m’engage, ce que dit ou fait l’autre ne m’engage nullement
JOURNALISTE : Mais vous avez participé à ces conférences de presse et ce drapeau était là
ZEFZAFI : J’ai participé et il n’est pas de mon droit de leur imposer mon opinion car ce sont eux qui sont les organisateurs. Je suis venu dire un mot pacifiquement. Dans le RIF nous sommes pacifiques et pacifistes et ce drapeau [de la république du RIF] si on veut parler pour de vrai de ce drapeau, c’est un drapeau de la fierté et de la dignité, un drapeau qui a été créé lors de la guerre de libération. Sous cette bannière, des épopées ont été accomplies par fierté pour le Maroc et pour la dignité du Maroc. Les leaders de la libération dans le monde se sont inspirés la résistance que nous avons créé nous-mêmes. Ce n ‘est pas moi mais ce sont nos aïeuls et nos bisaïeuls.
JOURNALISTE : Quel est, en bref, l’état de santé de Nasser ZEFZAFI et ses codétenus ?
ZEFZAFI : Malgré que Nasser soit enfermé dans une cellule individuelle depuis le premier jour de sa détention, son état de santé s’est amélioré après ce qui lui est arrivé…
JOURNALISTE : Il s’est évanoui
ZEFZAFI : Il s’est évanoui au tribunal suite à la grève de la faim et la grève de l’eau sucrée. son moral à présent est au top.
JOURNALISTE : Etes-vous satisfait de la stratégie de défense ?
ZEFZAFI : En toute sincérité, je tiens à tirer le chapeau pour la défense. Elle est au niveau. D’ici, je tiens à la saluer, elle mérite notre reconnaissance
JOURNALISTE : La décision du roi de limoger une vingtaine de responsables dans la foulée du retard accumulé dans l’exécution du programme « Al Hoceima : phare de la méditerranée », qu’est ce que vous en pensez ?
ZEFZAFI : Je dis que si ceux-là ont été limogés, c’est qu’ils étaient arrêtés en flagrant délit, si c’est le cas pourquoi nos enfants sont maintenus en détention en prison ! Quand la vérité surgit, aux responsables de libérer nos détenus, “quand la raison se fait connaitre il n’y a pas lieu de s’étonner !” ( Provebre)
JOURNALISTE : C ‘est-à-dire que la décision du roi est la preuve peut etre de l’innocence des détenus ?
ZEFZAFI : La décision du roi, je la respecte. Ce qu’il fait est dû à sa position. Le roi est la plus haute autorité de l’Etat et la constitution l’y autorise.
JOURNALISTE : En résumé, est-ce que vous considérez que votre tournée pourrait vous poser quelques problèmes lors de votre retour au Maroc comme le suggère certains défenseurs des droits humains ? En bref !
ZEFZAFI : A mon retour au Maroc la démocratie sera mise à l’épreuve
JOURNALISTE : Merci d’avoir répondu présent à notre invitation depuis PARIS, M. Ahmed ZEFZAFI, père de Nasser ZEFZAFI détenu du mouvement citoyen dans le RIF au nord du Maroc et merci
ZEFZAFI : Merci à vous
Transcription réalisée par Rachid Oufkir

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