Alger ne veut pas sacrifier la mémoire aux affaires

Le président français Emmanuel Macron est attendu aujourd’hui à Alger pour une visite plutôt soft, puisqu’elle ne durera qu’une journée avant de reprendre l’avion pour le Qatar. Deux ministres seulement seront du voyage, Jean Yves Le Drian, chef de la diplomatie et Gerald Darmanin, celui du budget.  Pas d’hommes d’affaires non plus dans l’avion de Macron qui a préféré se faire accompagner de quelques jeunes start-upers et quelques hommes du monde du spectacle et des arts. Au menu de cette visite un petit bain de foule à Alger, précisément rue Ben M’hidi pour un petit crochet à la librairie du tiers monde du très emblématique Ali Bey. Après quoi, direction la faculté centrale d’Alger où la première dame a quelques souvenirs, dit-on.  Suivront ensuite les entretiens avec Ouyahia d’abord, puis l’audience avec le Président Bouteflika à sa résidence de Zéralda. C’est la halte qui polarise sans doute le plus l’intérêt des médias, surtout côté français car la santé du Chef de l’état est l’objet d’une grande curiosité. Les journalistes français auront-ils la possibilité de prendre les images de l’audience présidentielle ? Rien n’est moins sûr, le souvenir de la photo tweetée par l’ex Premier ministre, avec les dégâts qu’elle avait provoqués, étant toujours présente à l’esprit.  Mais en dépit de son caractère soft, les autorités françaises ont tenu à lui conférer une dimension importante, comme l’indique la conférence de presse organisée à ce propos avant-hier à l’Elysée qui souligne  «la profondeur et la densité des relations entre la France et l’Algérie, appelées à se développer davantage», soulignant que la France «souhaite accompagner l’Algérie dans sa vision stratégique de développement». Le président français «aura à s’exprimer sur la coopération bilatérale, les questions régionales et la question mémorielle», a-t-on précisé, affirmant que l’hôte de l’Algérie» veut marquer le soutien à plusieurs projets entre  les deux pays avec une vision renouvelée et partagée de la coopération».
L’Algérie «occupe une place importante, une place de passerelle en Méditerranée et en Afrique. C’est un grand pays voisin avec qui nous souhaitons consolider nos relations en raison de sa place singulière», a-t-on souligné, notant que le président Macron «voulait effectuer cette visite rapidement pour montrer l’importance de ce pays». En plus de la dimension économique qui va être abordée lors de cette visite, les dossiers du processus de paix au Mali et la sécurisation de la région du Sahel seront à l’ordre du jour, a-t-on précisé à l’Elysée, soutenant que la coopération entre la France et l’Algérie «doit aller plus loin». L’Algérie «possède une expérience dans la lutte contre le terrorisme, notamment en ce qui concerne les filières terroristes, et contre le radicalisme qui intéresse la France», a-t-on affirmé, relevant «la qualité de partenariat dans ce domaine». Si du côté français on veut surtout placer cette visite dans une perspective de partenariat économique et de question sécuritaires régionales, les autorités algériennes insistent aussi sur la dimension mémorielle que doit revêtir cette visite. Le ministre des Moudjahidines qui s’exprimait avant-hier à la radio, a réitéré la demande de pardon pour les crimes coloniaux.  « Les relations avec la France ne seront jamais tout à fait normales, tant que le différend mémoriel n’est pas réglé » soutenait Tayeb  Zitouni. Ce dernier veut des gestes concrets, à l’occasion de cette visite et parle de quatre dossiers : les archives de la révolution, les disparus pendant la Guerre de Libération, l’indemnisation des victimes des essais nucléaires et la restitution des crânes des résistants qui se trouvent actuellement dans un musée parisien. Connaissant la position du président Macron qui veut contourner le « piège » du passé colonial de la France en se fixant comme ligne de conduite « ni déni, ni pardon », le ministre des Moudjahidines risque d’en être pour ses frais. Cependant, lors de la conférence à l’Elysée, on a parlé d’une « annonce forte de Macron », serait-ce la restitution des crânes ?

H.Khellifi.

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