Algérie/Etats-Unis : Entente sécuritaire, nuances de vue sur le Sahara occidental

La coopération sécuritaire et de lutte antiterroriste entre l’Algérie et les Etats-Unis sont au beau fixe. Cette évaluation positive d’un aspect important, peut-être le plus important en ce moment de la relation entre Alger et Washington, a été faite il y a quelques jours par l’ambassadrice Joan Polachik, peu avant qu’elle ne quitte notre pays pour un retour à l’enseignement universitaire à l’université de Georgetown. Elle vient d’être confirmée officiellement avant-hier jeudi par le « State Department » dans son rapport 2016 qui salue l’« engagement diplomatique » de l’Algérie et sa « campagne offensive » contre les activités terroristes à ses frontières.

Ce document restitue une opinion américaine qui n’est d’ailleurs pas nouvelle et qu’on retrouve dans toutes les déclarations officielles de la diplomatie américaine, notamment en juin 2016 quand a été publié le rapport 2015 du Département d’Etat où il était écrit que «l’Algérie demeure un partenaire important (des Etats-Unis NDLR) dans la lutte contre le Terrorisme ». Un avis qui a été plus récemment formulé, en avril 2017, par le coordinateur pour la lutte antiterroriste aux Affaires étrangères, Justin Siberell. Ce haut responsable au « bureau du contreterrorisme et de la lutte contre l’extrémisme violent » depuis juillet 2012, après avoir fait ses preuves en Irak, en Egypte, en Jordanie, au Panama et dans d’autres pays, affirmait il y a quatre mois, à l’issue de la 4e session du dialogue algéro-américain sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme, que son pays « se tourne vers des partenaires comme l’Algérie qui a une profonde expérience en matière de lutte effective contre la menace terroriste ».
M. Siberell relevait que les échanges dans ce domaine entre Alger et Washington sont « très importants ». Aujourd’hui, c’est lui qui, en tant que principal coordonnateur du rapport 2016 du Département d’Etat, estime que la politique algérienne de « déradicalisation » est porteuse de succès et que « l’Algérie a été un véritable rempart contre le terrorisme dans la région » et qu’elle poursuit « son engagement diplomatique pour promouvoir la paix et la sécurité régionales ». Des termes qui incitent à regarder vers le Mali et la Libye, deux pays pour lesquels l’Algérie a engagé tous ses talents politiques et diplomatiques pour les aider à sortir des crises dans lesquelles ils se débattent ; deux pays sur lesquels Washington porte également une attention particulière en raison de leur importance au plan géopolitique et de « l’instabilité politique et sécuritaire » qui continue de marquer leur actualité.
En Libye, rappelle-t-on, le patron de l’Africom Thomas Waldhauser s’est rendu pour une visite exploratoire annonciatrice de développements sans doute importants pour le processus de normalisation politique, institutionnelle et sécuritaire que poursuit difficilement ce pays voisin.
Sahara occidental, offuscation et mise au point algériennes
En réaction au rapport 2016 du Département d’Etat, Alger « prend note avec satisfaction » de son contenu. Le ministère des Affaires étrangères, auteur de cette prise de note, rappelle toutefois que certaines observations effectuées par la diplomatie américaine notamment sur la question politique des libertés signalent un « manque d’informations dans leur évaluation ». « La référence à une utilisation abusive de la détention provisoire repose sur des sources non confirmées et ne tient pas dument compte de l’affirmation du gouvernement algérien selon laquelle la réforme du code pénal introduite en 2015 avait contribué à la réduction du recours à cette mesure », indique-t-il.
Le département d’Abdelkader Messahel répond également au signalement dans le rapport américain que « les arrêtés de gel et de saisie des avoirs des personnes faisant l’objet de sanctions de la part du Conseil de Sécurité n’étaient pas suivis de mise en application ». Dans les faits, précise le ministère, les dix-huit personnes concernées par ces mesures ne disposent pas, en Algérie, de comptes bancaires pouvant être effectivement gelés ou saisis ». En ce qui concerne le secteur bancaire, secteur également abordé dans le rapport US et jugé comme « sous-développé et étroitement contrôlé par l’Etat, situation qui favoriserait, selon le document, l’économie informelle et la circulation incontrôlée de larges sommes d’argent, les Affaires étrangères algériennes considèrent qu’il s’agit là d’une « approche réductrice des importants progrès fait par le pays tant en matière de modernisation et de diversification du secteur bancaire, que dans la lutte contre l’économie informelle ».
Du Maghreb et du contentieux algéro-marocain précisément, le Département d’Etat livre une analyse qui, visiblement, ne plait pas à l’Algérie. Aux yeux de la diplomatie américaine, si le Maghreb ne fonctionne pas et si le bilatéral entre Alger et Rabat est au point mort, c’est en raison de « désaccord » entre les deux parties sur le dossier du Sahara occidental. Dans cette lecture du conflit, il y a comme une évacuation par le département de Rex Tillerson de la question centrale de la décolonisation, une attitude qui, c’est dit en termes policés, offusque les Affaires étrangères algériennes. « C’est davantage le rejet de la position de soutien à l’exercice par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination, tel que préconisé par toutes les résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité, et non le désaccord sur ce sujet, qui constitue un obstacle au développement de la coopération bilatérale et régionale dans le domaine de la lutte antiterroriste, comme l’affirme le rapport du Département d’Etat », répondent-ils.
Ces développements plus renseignés sur les efforts déployés par l’Algérie dans ces différents domaines seront portés à la connaissance de la partie américaine dans le cadre du dialogue stratégique que les deux pays entretiennent déjà depuis de nombreuses années », conclut leur communiqué en perspective d’un nouveau bras de fer diplomatique avec le Maroc qui, lui aussi, est salué par Washington comme un « pays partenaire (qui se démarque par sa stabilité en Afrique du Nord, et s’évertue à faire bénéficier les pays amis de son savoir-faire et de son expérience en matière sécuritaire ». Prosaïquement résumé, la position de Washington vis-à-vis des deux grands pays maghrébins pourrait être pour l’instant contenue dans cette formulation : merci pour la parfaite entente sécuritaire, débrouillez-vous pour le Sahara occidental ! Ce qui n’est pas rassurant.

Reporters

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