« Nous assistons au Maroc à une répétition de l’histoire » (Abdellatif Lâabi)

Avec la violence et l’humiliation dans le Rif, «nous assistons au Maroc à une répétition de l’histoire», a affirmé hier le poète marocain en exil, Abdellatif Laâbi, rappelant l’épreuve vécue durant le règne du roi Hassan II dans les années 1970.

«J’ estime que la cause du Hirak est juste, ses revendications légitimes et l’emprisonnement de nombre de jeunes qui y ont participé particulièrement arbitraire et révoltant», a-t-il déclaré dans une interview accordée à Médiapart, relevant que «c’est à une répétition de l’histoire que nous assistons».
Pour lui, l’épreuve que les jeunes du mouvement citoyen Hirak sont en train de traverser lui rappelle de «façon saisissante» l’épreuve qu’il a vécue avec des centaines de ses camarades dans les années 1970. «Même cortège de violence et d’humiliations, mêmes rêves de justice bafoués, mêmes chefs d’inculpation disproportionnés par rapport aux «délits» commis, mêmes peines de prison incroyables ravissant aux condamnés les meilleures années de leur jeunesse», a soutenu cet homme de culture exilé en France depuis 1985 qui est à l’origine de l’appel signé par plus de 150 personnalités, publié en novembre, à travers lequel elles dénoncent la dérive des autorités marocaines et la répression qui s’abat sur le mouvement politico-social enclenché depuis une année dans le nord du royaume.
Abdellatif Laâbi a rappelé «l’hostilité et la rancune tenaces en lesquelles le roi Hassan II a tenu cette région tout au long de son règne et qui se sont traduites par une politique délibérée de marginalisation», soutenant que le système est «responsable» de tous les maux existant au Maroc.
«Ajoutons à cela tous les maux dont le système est responsable et que les Rifains subissent au même titre que le reste des Marocains : pauvreté, corruption, arbitraire, faillite des politiques publiques en matière d’enseignement, de logement, de santé», a-t-il expliqué, indiquant que la monarchie fait «porter le chapeau de tous les maux dont souffre le pays à la classe politique, au gouvernement, aux élus et à l’administration, quand ce n’est pas à l’ennemi extérieur, attitré ou de circonstance».
Il a évoqué, dans ce sens, les ravages matériels et moraux de l’affairisme «triomphant», de la «vulgarité exhibitionniste» de ceux qu’il a enrichis en un «laps de temps record» au Maroc, un pays, a-til souligné, «où s’expriment quotidiennement les attentes déçues, le sentiment d’injustice et d’humiliation, la revendication d’une citoyenneté pleine et entière».
Au sujet des relations franco-marocaines, l’intellectuel marocain a affirmé qu’il y a «quelque chose de pourri» dans ces rapports, dénonçant le silence de la classe politique et des médias français pendant les dernières décennies face à l’emprisonnement des opposants, la pratique de la torture et les disparitions forcées qu’il qualifie de «crime d’Etat». «Le silence des autorités françaises était assourdissant», a-t-il dit.

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