Au Maroc, le long procès des leaders du Hirak du Rif

Il y a un an, la police marocaine arrêtait Nasser Zefzafi, leader des manifestations qui ont secoué le Rif durant des mois.

Jugé à Casablanca avec une cinquantaine de détenus, il vient de se mettre en grève de la faim. Un rassemblement de soutien s’est tenu à Casablanca dimanche 27 mai.

Leurs voix résonnaient, le soir du 27 mai, sur la place des Nations-Unies, au cœur de Casablanca. « Liberté, dignité, justice sociale ! »« Vive le Rif ! »« Vive le peuple ! »… Des slogans empruntés au « Hirak », ce mouvement qui a agité le Rif d’octobre 2016 à l’été 2017.

Ils étaient quelques centaines, venus réclamer la libération des détenus « politiques » rifains, un an après le début de la vague d’arrestations qui allait toucher le Hirak. Le 29 mai 2017, en effet, l’arrestation du charismatique leader du mouvement, Nasser Zefzafi, marquait le début de la répression.

La police lui reprochait d’avoir interrompu le prêche du vendredi dans une mosquée de sa ville, Al Hoceima. Des centaines de militants ont suivi son sort. Les manifestations, qui ont duré des mois, se sont alors presque arrêtées dans les semaines qui ont suivi.

La mobilisation avait débuté dès octobre 2016, après la mort, à Al Hoceima, de Mohcine Fikri, un vendeur de poissons broyé dans la benne d’un camion poubelle. Il tentait de récupérer sa marchandise pêchée (illégalement) et saisie par les autorités.

Une région enclavée

Des milliers de Rifains avaient alors réclamé de meilleures conditions de vie. Parmi les revendications : le développement de la région, l’installation de services publics, des emplois, ou la fin de la hogra (« humiliation »). Les manifestants scandaient systématiquement le mot silmya (« pacifiques », en arabe).

En octobre dernier, le roi avait limogé plusieurs responsables politiques et administratifs, jugés responsables des retards dans le développement de la province. Le gouvernement a aussi annoncé l’accélération des projets lancés dans cette région enclavée, longtemps abandonnée par l’État. En parallèle, plusieurs centaines de personnes étaient condamnées pour leur participation aux manifestations.

Nasser Zefzafi et une cinquantaine d’autres détenus ont été transférés à Casablanca pour y être jugés. Leur procès dure depuis huit mois. Maintenu à l’isolement, le leader du Hirak a annoncé mercredi 23 mai une grève de la faim – « de non-retour » – pour protester contre les conditions de sa détention.

Un procès parfois houleux

« Sa famille et 11 autres détenus ont aussi décidé de l’imiter », indique Amina Khalid, coordinatrice du comité de soutien aux prisonniers politiques, qui organisait la manifestation du 27 mai.

Le procès a été parfois houleux. Les accusations de maltraitance des détenus par la police, notamment, ont été récurrentes. Quelques jours auparavant, la tension est montée d’un cran quand Nasser Zefzafi a accusé le président d’être « partial ».

« Est-ce vraiment un procès équitable ? Tous les droits des détenus ont-ils été préservés ? Je suis inquiet car la défense n’a pas bénéficié des mêmes garanties que l’accusation », indiquait vendredi 25 mai Me Mohamed Aghnaj, avocat de la défense, à l’issue d’une audience.

« Il y a eu une liberté totale, pour les accusés et les avocats de la défense, d’exprimer leur point de vue », assure de son côté Me Brahim Rachidi, avocat des parties civiles. Il représente notamment des policiers blessés au cours de manifestations qui ont tourné à l’émeute.

« Il faut accéder aux requêtes des membres du Hirak »

Pour l’avocat, ce ne sont pas les manifestations qui sont jugées, mais les éventuelles violences. « Il y a des manifestations pacifiques au Maroc, tous les jours, et cela ne pose aucun problème », assure-t-il.

Le verdict n’est pas attendu avant des semaines, voire des mois. Si de nombreux détenus sont jugés pour des délits peu graves, comme la participation à une manifestation illégale, certains risquent des peines sévères. Selon l’AFP, Nasser Zefzafi, poursuivi pour « atteinte à la sécurité de l’État », risque la peine de mort (non appliquée au Maroc depuis 1993).

Si l’issue du procès sera scrutée, la mobilisation de l’État pour le Rif reste attendue par les habitants. « Ce procès n’est qu’une partie du problème, estime Me Mohamed Aghnaj. La solution est d’abord politique, humaine, populaire. Il faut accéder aux requêtes des membres du Hirak. »

Le mot « Hirak »

Ce mot arabe signifie « mouvement », employé généralement dans un sens politique ou social. Il a déjà utilisé, notamment, au Yémen, il y a plus de dix ans, pour servir à désigner le mouvement séparatiste sud yéménite.

Au Maroc, « Hirak-Anhezi » est le nom donné au mouvement populaire émanant de la région du Rif, dans le nord du pays, depuis octobre 2016. Il concerne principalement la population rifaine de Al Hoceïma et, à moindre échelle, de certaines grandes villes marocaines.

Rémy Pigaglio, à Casablanca
Source :La Croix
Tags : Maroc, Rif, Hirak, Makhzen,

One Comment

  1. cette monarchie occulte a interets a liberez Nasser Zefzafi sinon elles s en mordera les doigts
    car la monarchie a marginaliser cette region du nord elles les a isoler diviser avec les autres region de cette nation
    c est une erreures qui se retournera contre se regime deja affaiblis diplomatiquement
    mais c est la realites tout pouvoir dont le socle est pourri a la racines se qui nous amene a voir un effritement totale de cette nation du nord au sud est de l est a l ouest
    la seul est unique solution c est une Republique Federale est le jugement de tous ceux est celles qui ont servie les interets de la grande mafia royale.

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