Diplomatie : L’Union Africaine à l’épreuve du différend autour du Sahara occidental

Dénonçant la présence de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), le Maroc a bloqué la 10ème Réunion conjointe des experts de l’Union Africaine (UA) et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) tenue du 23 au 25 mars dernier Dakar. Conséquence : la Conférence des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique de la CEA qui devait se dérouler dans la foulée dans la capitale sénégalaise, les 27 et 28 mars, a été reportée à une date ultérieure.

Cet incident a été déploré par les participants à ce conclave qui y voient une «mauvaise image» renvoyée par le continent au reste du monde. Mais les dirigeants africains commencent à être habitués aux effets collatéraux de ce conflit.

Quatre manifestations perturbées en un an

En l’espace d’un an, c’est la quatrième réunion impliquant l’UA qui est polluée par le différend autour du Sahara occidental. Il y a presque un an, le Maroc avait claqué la porte à l’ouverture de la 9ème Réunion conjointe des experts de l’UA et de la CEA qui se tenait au siège de l’Union Africaine à Addis-Abeba, en Ethiopie.

Officiellement, le Maroc avait évoqué des raisons protocolaires en indiquant n’avoir pas reçu à temps les documents à l’ordre du jour. Mais les raisons de la demande de suspension marocaine des travaux sont à trouver dans la présence d’une délégation de la RASD, un non-membre des Nations-Unies. Le Sénégal, le Gabon et les Comores avaient marqué leur solidarité au Maroc en quittant les travaux. La réunion s’était poursuivie.

Le Maroc reconduit la même stratégie en novembre 2016, lors du 4ème sommet Afrique – Monde arabe tenu le 24 novembre 2016 à Malabo, en Guinée Equatoriale. Face à l’insistance de l’UA pour la présence de la RASD à cette rencontre, le Maroc et huit autres pays arabes (dont l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes unis et le Qatar) se sont retirées à la dernière minute. Une décision prise pour protester contre «la présence de l’emblème d’une entité fantoche dans les salles de réunions», avait insisté le ministère marocain des Affaires étrangères et de la Coopération dans un communiqué.

Politique de la chaise vise au CPS

Il y a un peu plus d’une semaine, le royaume chérifien a boudé la 668ème réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine consacrée au Sahara occidental, tenue le lundi 20 mars dernier à Addis Abeba.

Accepter l’invitation du CPS, une instance présidée par l’Algérien Ismail Charki, jugée «partiale» par Rabat, équivaudrait à reconnaître à l’UA un rôle dans la résolution du conflit sahraoui. Ce que le Maroc rejette fermement.  «L’adhésion à l’organisation continentale ne signifie pas pour autant une reconnaissance de la part du royaume d’un quelconque rôle de l’UA dans la solution du différend territorial du Sahara occidental. Rabat a toujours privilégié les efforts des Nations Unies en vue d’un règlement pacifique de cette question», est la position du Maroc, relayée dans la presse locale par des diplomates sous le sceau de l’anonymat.

Malgré la bouderie du Maroc, l’instance continentale reste déterminée à jouer un rôle dans le règlement du différend du Sahara occidental. A cet effet, elle a pris un certain nombre de décisions dont l’appel au royaume chérifien «à apporter la coopération nécessaire» au CPS et le renforcement du mandat de l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano en tant que Haut représentant de l’UA pour le Sahara occidental. Une nomination rejetée depuis 2014 par le Maroc.

Sortir du différend sur le Sahara occidental

Après 34 ans d’absence due justement de l’admission de la RASD, Le Maroc a réintégré l’Union africaine en fin janvier dernier. Mais son attitude d’ostracisme envers la RASD, un membre à part entière de l’institution panafricaine, exaspère de plus en plus au sein de l’organisation.

Après l’échec de la tenue du sommet des ministres africains des Finances, de la Planification et du Développement économique de la CEA, des voix s’élèvent pour demander pour qu’une solution soit trouvée en haut lieu pour que les manifestations de l’UA ou celles organisées en partenariat avec d’autres structures ne soient plus perturbées par le différend sur le Sahara occidental, un conflit vieux de près de 45 ans;

Mamadou TRAORE

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