El Pais : L’idée d’une monarchie plus consultative au Maroc a été définitivement enterrée

Selon El Pais, le roi du Maroc a réactivé cet été son pouvoir sans consulter le gouvernement en procédant à limoger un ministre et réinstaurer le service militaire obligatoire sans le soumettre à un débat préliminaire.

Pour certains analystes, indique le journal espagnol, “ces décisions vont à l’encontre de l’esprit de la Constitution de 2011 votée suite aux au Printemps Arabe afin de donner plus de prérogatives au Parlement, au Chef du Gouvernement et aux partis politiques”.

“L’hebdomadaire Tel Quel a publié cette semaine un reportage peu habituel dans la presse marocaine sous le titre de “Les silences du Palais” dans lequel, il affirme que les mesures citées dévoilent “l’opacité des décisions” prises au Palais”.

Le ton monte contre les décisions des conseillers de Mohammed VI. L’ancien secrétaire général du PPS, Moulay Isnaïl Alaoui, relève “une espèce de négation du contenu de la Constitution en ce qui concerne l’absence de consultation. Je ne parle pas de la consultation populaire, qui est évanescente. Je parle de la consultation qui doit avoir entre les propres institutions ».

Le politologue Aziz Chahir signale l’existence d’un « sentiment de frustration parmi les gens, qui se sentent marginalisés, comme s’ils ne comptaient pas dans l’équation politique ».

Hassan Chami critique la manière dont a été imposé le service militaire obligatoire, une mesure qui touchera un 44 % de la population. « En une journée, les décisions nécessaires pour rétablir le service ont été prises. Il est vrai qu’avant d’adopter la loi sur un débat parlementaire, mais il a déjà été vidé de son contenu. La façon d’agir est toujours la même : le pouvoir décide et nous devons exécuter ».

Selon El Pais, les autorités marocaines n’ont pas non plus consulté Madrid lors de la décision de fermer les douanes commerciales avec Melilla, une décision sur laquelle Rabat ne veut pas en parler.

Le roi a aussi refusé la démission de Lahcen Daoudi, ministre responsable des Affaires Générales qui avait participé à une « manifestation de solidarité » avec les travailleurs de la société Centrale Laitière.

Pour Mohamed Daadaoui, professeur de sciences politiques à l’Université d’Oklahoma et auteur d’un livre sur la monarchie marocaine et le défi islamiste, « le Palais a toujours eu des pouvoir discrétionnaires extra-constitutionnels. La Cabinet Fantôme du Palais détient le plus haut pouvoir politique et administratif. Ses membres sont les architectes de l’Etat ».

Pour un journaliste marocain qui a choisi l’anonymat, « officiellement, les institutions n’ont pas été violées. Parmi les prérogatives du roi il y a la capacité de destituer n’importe quel ministre. Au sujet du service militaire, le Palais pourra dire que le projet sera débattu au Parlement, même si tout le monde sait qu’il sera voté. La seule chose qui est devenue désormais claire est que l’idée qui a impulsé la Constitution de 2011 avec une monarchie plus consultative, plus attentive aux autres pouvoir de l’État, n’a pas eu lieu et a été définitivement enterré.

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