Espagne, Italie: l’imprévisibilité au pouvoir en Europe

Comme si les foucades de Donald Trump ne suffisaient pas, deux nouvelles sources d’imprévisibilité sont apparues en même temps au coeur de l’Europe, d’une part avec l’arrivée au pouvoir de la coalition entre la Ligue et le Mouvement cinq étoiles en Italie et, d’autre part, la chute simultanée du gouvernement du conservateur Mariano Rajoy en Espagne.

Du coup, deux pays fondateurs de l’Union européenne se trouvent engagés dans deux expériences à haut risque, qui promettent pas mal d’instabilité dans cette partie du continent. Finalement nommé par le Président Mattarella, le premier ministre italien, Giuseppe Conte, un technocrate inconnu qui réussit l’exploit d’être à la fois opaque et transparent, a constitué une équipe baroque où chacun des chefs de la coalition est investi dans le domaine sur lequel il a les positions les plus extrêmes: partisan acharné du revenu universel, Luigi Di Maio, le leader de Cinq étoiles a en charge la protection sociale et le travail; hérault de la chasse aux immigrés, Matteo Salvini, le chef démagogue de la Ligue, prend le ministère de l’intérieur; enfin, eurosceptique et anti-allemand, l’octogénaire Paolo Savona s’installe aux affaires européennes.

Un alliage plus que détonnant pour le premier exemple de gouvernement populiste en Europe occidentale! En Espagne, le tombeur de Rajoy, le socialiste Pedro Sanchez formera le nouvel exécutif lundi. Le problème c’est qu’il ne dispose que de 84 députés sur 350 au Parlement pour effectuer une alternance politique sans qu’il y ait eu d’élection. Parmi ceux qui ont voté avec lui le premier vote de défiance de l’histoire de l’Espagne moderne, après sept ans de stabilité, figurent, outre Podemos, représentant de la gauche de la gauche, deux partis indépendantistes aux motivations très différentes: les basques et les catalans.

Par ailleurs, Sanchez n’est même pas incontestable dans son propre parti, le PSOE, dont il avait perdu la direction après sa défaite électorale en octobre 2016, avant de revenir au printemps 2017. Gouvernement socialiste ultra-minoritaire ou assemblage hétéroclite des « censeurs » de Rajoy: dans les deux cas, l’exécutif qu’il présentera lundi aura beaucoup de mal à aller bien au-delà de l’été sans de nouvelles élections. Condamnée à attendre six mois la fin de l’interminable négociation menée par Angela Merkel pour reprendre les rênes de l’Allemagne, l’Europe risque fort d’avoir maintenant à patienter jusqu’à ce que l’Italie et l’Espagne résolvent leurs impossibles équations politiques. …Avec cette fois, le cœur bien accroché.

Source: Les Echos.fr

 

Tags : Espagne, Rajoy, Sanchez, PSOE, PP, motion de censure

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*