Françafrique : Macron, prône-t-il la rupture?

Emmanuel Macron se rendra à Ouagadougou, sans doute en novembre, pour prononcer son premier discours de politique africaine. Mais les avis sont partagés sur la mise en place, le 29 août, d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) rattaché directement au chef d’État français.

Dans son premier discours de politique étrangère, prononcé devant 150 ambassadeurs réunis au palais de l’Élysée le 29 août, Emmanuel Macron a réitéré, sans surprise, ses deux principales priorités à l’égard de l’Afrique : la lutte contre le terrorisme et contre l’immigration illégale. La presse ouest-africaine s’attarde toutefois sur la création d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA). Nommés par Emmanuel Macron, ses membres seront chargés de faire des recommandations au président français sur sa politique africaine. Aujourd’hui au Faso, on salue l’arrivée de  » ces [onze] disciples élyséens, européens et africains, qui se chargeront d’huiler une relation France-Afrique, souvent otage de ces Messieurs-Afrique ou de ‘go between’ officieux [ou encore] de ces porteurs de djembés bourrés de billets de banque [en référence au truculent témoignage de l’avocat Robert Bourgi qui en 2011 avait décrit un financement occulte africain au bénéfice de Jacques Chirac] « .

Parmi ces conseillers, on retrouve des personnalités aux profils variés comme  » le footballeur franco-béninois Jean- Marc Adjovi-Boco, la chercheuse kényane Yvonne Mburu, l’avocat français Yves-Justice Djimi ou encore Jules-Armand Aniambossou, camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’École nationale d’administration « , liste Le Pays. Si le quotidien de Ouagadougou salue cette initiative qui doit permettre de  » formuler des propositions concrètes d’action sur des secteurs d’avenir ou encore de développer un lien avec les sociétés civiles africaines « , il craint qu’Emmanuel Macron n’ait en réalité un  » agenda caché  » : Le président français veut construire ses propres réseaux avec ses propres hommes pour orienter ses actions sur un continent qui compte beaucoup pour la sécurité et l’économie de la France.

Il faut donc craindre la renaissance de la Françafrique [les réseaux d’affaires occultes entre dirigeants français et africains] dont on avait pourtant célébré, il y a peu seulement, les funérailles.  » Autre crainte pour Le Djely :  » La surreprésentation des entrepreneurs.  » Le site d’informations guinéen y voit un danger : Le risque redouté serait que la logique des affaires l’emporte sur celle des droits de l’homme et des valeurs de démocratie. Un risque consubstantiel à la conception africaine du président Macron qui voit davantage le continent africain sous le prisme de sa capacité à générer de la croissance économique.  »

Au Burkina Faso, Wakat Sera doute que ce Conseil présidentiel, présenté par l’Élysée comme une  » structure inédite tournée vers les attentes de la jeunesse « , connaisse un meilleur sort que les précédentes tentatives de mettre à mal les réseaux occultes de la Françafrique. Pour le site, les Africains doivent cesser d’attendre quoi que ce soit de la France : Il est temps que les Africains prennent euxmêmes leur destin en main, avec un continent délesté de toutes ces chaînes comme la monnaie [le franc CFA] et autres partenariats et accords secrets ou officiels de défense qui le lient et le maintiennent dans la servitude d’un néocolonialisme qui ne dit pas son nom. Ce n’est pas le devoir, ni le rôle de la France de venir libérer l’Afrique.  » Wakat Sera conclut en citant l’historien et homme politique burkinabé, Joseph Ki-Zerbo :  » On ne développe pas. On se développe « .

 

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