Le côte makhzénien de « Le Desk » mis à nu par un internaute

Younes Benmoumen

Salut Le Desk, je pense que ce travail n’est pas sérieux sur plusieurs points, et que c’était une erreur d’en faire un papier sans pointer ses limites, tellement nombreuses et évidentes.

1) La méthodologie est foireuse a tellement d’égards qu’on ne saurait par où commencer. Elle mêle chiffres incomplets et jugements de valeurs. Ex : « Il est pour le moins étonnant que 817 comptes Twitter soient créés alors même qu’une crise politique se structure au Maroc ».

817… sur combien ? C’est beaucoup ou peu ? On ne le saura jamais. Et d’abord, il y a combien de comptes d’utilisateurs marocains sur Twitter ?
Ensuite, les auteurs s’étonnent : « 483 comptes créés en 2018 ont ainsi moins de 50 followers, contre 236 pour ceux créés en 2011. » Les gars, vous savez comment ça marche, Twitter ? Qu’est-ce qui vous étonne ici ? Qu’un compte crée n’ait pas immédiatement 4000 followers ?

2) les causalités sont totalement renversées.

Le rapport dit en substance : « c’est bizarre qu’un mouvement social soit autant politisé. Qu’on parle autant d’Akhannouch. C’est surement de la politique politicienne cette histoire, ce n’est pas surement pas contre la cherté de la vie. »

Or, le boycott a marché précisément parce que Akhannouch est ministre, patron, proche du palais. Parce qu’il est un acteur politique de premier plan, et un acteur économique de premier plan, et parce que tout le monde sauf lui estime qu’il mange trop sur tous les plans. 17 milliards de plus-value indue sur les hydrocarbures, c’est oublié ? En renversant la cause et la conséquence, on ne sait si les auteurs nous prennent pour des cons, ou si c’est une condition qui leur est propre.

3) Des jugements de valeur qui me donnent l’impression de parler à un vieil oncle conspirationniste. Je cite « tout mouvement social digne de ce nom a logiquement des structures et/ou des officines à même de gérer son influence digitale ». Ah bon ?

Donc soit les mouvements sociaux marocains sont indignes de ce nom, soit ils sont manipulés. Mais à aucun moment on ne considère une colère populaire justifiée par les abus avérés d’acteurs oligopolistiques ?

Un autre jugement de valeur celui-là tout à fait aberrant et, en réalité, scandaleux, surtout venant de ces auteurs-là :

« Le compte pourrait être piloté par un « marocain » francophone, vivant en dehors du pays. Cela poserait alors des questions en termes d’« ingérence étrangère » émanant d’acteurs de la diaspora ».

Alors comme ça, un Marocain de l’étranger qui s’expriment sur les affaires de son pays fait de l’ingérence étrangère ? Alors, le Marocain du pays qui fait de même se rend coupable d’ingérence intérieure ?

Je vais maintenant adopter le même langage que les auteurs de ce rapport mais pour parler d’eux, et de leur travail. Note pour le lecteur : c’est un pastiche, perso, je n’utilise jamais ce registre, que je trouve dégradant.

Allez :

« Il parait surprenant qu’une officine française inconnue publie un rapport à charge contre un mouvement social et politique marocain. Le rapport en question, dont la méthodologie est plus que contestable, parait répondre à un objectif politique sinon politicien précis : discréditer le mouvement et dédouaner des acteurs économiques et politiques de premier plan, de leurs responsabilités dans la crise que traverse le pays. Ce faisant, cette officine française se rend coupable d’ingérence étrangère dans un sujet qui ne la regarde pas, sur la base de motivations qui ne peuvent être que bassement matérielles. »

Pour conclure, ceci est un travail de commande qui se drape de scientificité pour soutenir un point de vue décidé ex ante. Dans ma prise de position ici, peu m’importe qu’il y ait eu ou non un usage de robots sur Twitter. Le fait que ce soit le cas n’enlève rien à l’énorme adhésion populaire. Ce qui m’importe ici est que l’étude supposée sérieuse qui le démontre, n’est en fait pas du tout sérieuse. En cela, il ne fallait lui donner ni espace ni crédibilité : c’était une fake news.

Source : Facebook

Tags : Maroc, Makhzen, boycott, Le Desk

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