Le Hirak du RIF : revendications légitimes et pacifiques (1)

Introduction

Dans quelques jours nous commémorerons un triste célèbre événement qui a secoué la région du mémorable résistant rifain, Abdelkrim El Khattabi, le 28 octobre 2016. Cette date marquera à jamais la mémoire du peuple marocain qui a appris ce jour-là avec effroi la mort tragique à Al Hoceima du poissonnier Mouhcine Fikri, broyé avec sa marchandise, jugée « impropre à la consommation », par le compacteur d’un camion-benne à ordures.

Cet événement a suscité une vague d’indignation sans précédent qui s’est exprimée à travers tout le Maroc. Plusieurs rassemblements et manifestations de solidarité ont été organisés par des comités de soutien qui se sont spontanément constitués. Cet élan de solidarité a traversé les frontières du Maroc et a gagné plusieurs autres pays, notamment en Europe. Et c’est dans ce cadre que ce colloque est organisé au Parlement européen par l’Eurodéputée Marie-Christine Vergiat du groupe GUE en partenariat avec l’ASDHOM, RIF ALERT et la CMODH.

Le mouvement populaire de protestation pacifique dans le Rif au nord du Maroc, appelé HIRAK, et dont Al-Hoceima constitue son point focal, sera au cœur du débat. L’objectif étant de faire la lumière sur ce mouvement inédit, de soutenir toutes les victimes de la répression qui s’est abattue sur la région et de réclamer la libération de tous les prisonniers politiques du HIRAK.

Des témoignages sont au programme de ce colloque pour évoquer et illustrer tous les aspects qui touchent à ce mouvement allant de sa genèse jusqu’aux instruments et formes d’action citoyennes participatives élaborés par ses organisateurs en passant par la réponse apportée par l’État marocain.

Fondements du HIRAK

Si la mort tragique de Mouhcine Fikri constitue l’étincelle qui a allumé sa flamme, le mouvement que connait le Rif a d’autres raisons beaucoup plus profondes. Elles sont d’ordre socioéconomique, culturel et politique. Historiquement, la région a toujours souffert de la marginalisation, du manque de respect et de considération de la part du pouvoir central, du manque d’infrastructures et d’investissements publics. Une simple analyse de la charte de doléances, que le mouvement a produite (voir ci-dessous), montre l’étendue des griefs et des besoins nécessaires au développement de la région. Ses habitants étaient contraints par le passé d’émigrer vers d’autres régions du Maroc ou, pour la plupart, vers l’étranger notamment en Allemagne, en Belgique, en Espagne ou aux Pays-Bas.

Sur le plan politique, l’État central a toujours vu en les habitants du Rif d’éternels farouches opposants. Il a souvent usé de la répression violente pour mater tout mouvement de contestation. En 1958-1959, Hassan II, à l’époque encore prince héritier, a supervisé lui-même le bombardement par des avions de chasse des montagnes du Rif pour écraser toute velléité de rébellion et de résistance. Un décret (Dahir royal) avait d’ailleurs été émis considérant le Rif comme une « zone militaire ». Ce décret court toujours et n’a toujours pas été abrogé officiellement puisqu’aucune date n’avait été prévue pour la levée de cette mesure.

Le sentiment d’être considéré comme des citoyens de seconde zone a exacerbé les habitants du Rif qui sont sortis l’exprimer depuis presque un an.

Formes du HIRAK

Il est à noter que ce mouvement a touché des personnes de tout âge. Les hommes, les femmes, les jeunes et des fois des familles toutes entières ont participé aux rassemblements où des discussions ont été menées pour élaborer ensemble un cahier de doléances qui deviendra par la suite la « Charte des revendications du HIRAK ». Pour cela des commissions de rédaction, de communication et de sensibilisation ont été mises en place. Un comité s’est chargé d’assurer la coordination entre les comités du HIRAK des différentes villes de la région.

L’accent a été mis dès le début du mouvement pour garantir une approche citoyenne participative en choisissant la voie non violente pour exprimer ses revendications. Les leadeurs et les organisateurs du HIRAK ont exhorté les autorités marocaines à entamer des discussions sérieuses sur la base de la charte élaborée. Ils ont insisté à travers leurs déclarations, diffusées à travers les réseaux sociaux et des sites électroniques, sur le caractère pacifique de leur mouvement et sur la nature socioéconomique et culturelle des revendications.

Pour illustrer ces propos, nous reproduisons ci-après la charte du HIRAK (la traduction a été assurée par nos soins)

Texte de la charte des revendications

« Depuis le décès du martyr Mouhcine Fikri, paix à son âme, la région d’Al-Hoceima connait un mouvement populaire (HIRAK) très avancé où les citoyens rifains ont fait preuve d’exemplarité, de civisme et de responsabilité en participant à des manifestations pacifiques tout en veillant à la sécurité et la préservation des biens publics.

Les formes avancées qu’a prises ce Hirak ont fait émerger un esprit collectif exceptionnel quant à la défense du droit et la lutte contre l’injustice, et ce malgré les tentatives de certaines parties de le faire échouer en propageant de fausses informations sur le Hirak ou en essayant de créer des conflits marginaux entre les citoyens de la région, dans le seul but de pervertir le vrai débat qui porte sur les conditions précaires que vit le RIF dans les différents secteurs ( économique, social et culturel…).

Compte tenu :

1) Des discussions menées par les activistes du Hirak avec la population au niveau de la ville de d’Al-Hoceima et sa région (TAMASINT, AIT ABDEALAH, IMZOUREN, AIT BOUAYACH, AIT HDIFA, ARAWADI, ATROUKOUT….)

2) Des dernières évolutions de la situation dans la ville de d’Al-Hoceima caractérisées par l’intervention sauvage des forces de répression contre des activistes, ce à quoi les habitants ont répondu en se retirant des rues et avenues de la ville, faisant montre de beaucoup de civisme et de responsabilité. Le but étant d’ôter au Makhzen la possibilité de semer la discorde entre les citoyens de la région et mettre la lumière sur les violations de ses propres engagements en matière des droits de l’Homme contenus dans les conventions ratifiées par l’Etat.

Et,

3) Pour enrichir et approfondir le débat autour des revendications du mouvement de contestation populaire qui répondent aux attentes des citoyens.

On soumet ce cahier revendicatif qui peut être amendé par la population de la région et toutes les classes populaires pour aboutir à un dossier complet de revendications qui formera le socle de base de notre mouvement pacifique, dirigé par des activistes libres mettant en pratique leurs convictions en toute liberté et indépendance, loin de toute hégémonie, qu’elle soit de nature partisane ou celle relevant d’un mouvement ou d’une organisation politique ou associative.

Ce document contient un ensemble de revendications réparties selon leurs natures : Celles touchant aux droits et celles d’ordre juridique, social, économique et administratif.

Notre contribution se compose de trois niveaux :

I) Participer à l’élaboration d’une charte revendicative définitive basée sur une méthodologie solide en ce qui concerne les revendications du mouvement populaire

II) Contribuer à la réorganisation selon les secteurs d’activité du projet de revendications déjà annoncé

III) Faire une analyse des revendications en expliquant leurs fondements et en définissant les priorités pour que les citoyennes et les citoyens saisissent la portée de chaque revendication.

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