L’effet catalan sur l’Europe

par Mahdi Boukhalfa

En presque 40 ans, c’est la deuxième fois en Espagne qu’un monarque intervient dans les affaires politiques du pays. Mardi 3 octobre 2017, le roi d’Espagne Felipe VI est intervenu dans un discours télévisé très virulent contre la volonté du gouvernement autonome de Catalogne de proclamer son indépendance, et donc la sortie de l’Espagne. En évoquant ‘’des moments très graves pour notre démocratie », le roi d’Espagne interfère dans la vie politique du pays, car en tant que roi d’une monarchie parlementaire il n’a pas le droit de prendre position ni pour une partie ni pour l’autre.

La première fois que cela est arrivé, c’était en 1981, lors d’un discours politique à la Nation du roi Juan Carlos, père de Felipe VI, lors d’un putsch militaire manqué, six années après le retour de la démocratie après la mort du dictateur Franco. L’Espagne est aujourd’hui sérieusement menacée de division et les déclarations de Felipe VI ne sont pas pour apaiser la tension entre le pouvoir central à Madrid et les indépendantistes catalans qui ont annoncé qu’ils vont proclamer l’indépendance de la Generalitat. Une menace qui est en train de raviver de vieilles blessures en Europe où le sentiment général est que ce que veulent faire les Catalans pourrait être un bon exemple à suivre en Ecosse, ou donner l’idée d’une réunification des deux Irlande.

Car ce que craignent les Etats européens, c’est que le cas catalan fasse un effet boule de neige dans une Europe où le nationalisme, le refus de l’autorité centrale, perçue comme une sorte de dictature, et le retour vers les entités régionales soufflent de plus en plus fort sur une grande partie de l’ouest du continent. Et, dans cette tourmente qui souffle sur l’Europe, Bruxelles tarde à réagir, même si sa réaction sera évidemment de rejeter ce ‘’nouveau-né », mais avec moins de célérité qu’elle ne l’a fait pour rejeter le Brexit anglais. Dans les faits, le référendum d’autodétermination en Catalogne, qui a été largement plébiscité, fait peur à Bruxelles où l’absence de réaction pour le moment est plus à mettre sur le compte de la prudence et pour laisser le temps aux autorités espagnoles pour régler ce problème qu’autre chose.

Mais, la persévérance des Catalans à s’affranchir de Madrid pourrait mettre à mal autant l’Espagne que l’Europe unioniste et plonger le continent dans une autre période de sécessions en série. Outre l’Ecosse où le sentiment indépendantiste vis-à-vis de Londres reste intact en dépit d’un référendum biaisé, il y a aussi les sécessions avortées ou en instance de réanimation, notamment dans le pays basque français et espagnol. Et, ce que les Ecossais n’ont pu avoir, les Catalans sont en train de l’écrire et les prochains jours seront décisifs pour déterminer l’avenir de cette région qui a souffert de la dictature franquiste, mais également du pouvoir central de Madrid. Et, dans tous les cas de figure, l’UE ne laissera pas faire et appuiera par tous les moyens Madrid.

La partition des pays membres de l’UE ne peut se faire, ni être tolérée, il y a trop d’enjeux pour que la Catalogne puisse un jour devenir indépendante. Bruxelles va peser de tout son poids pour faire entendre raison aux indépendantistes catalans et favoriser une solution politique à l’avantage de Madrid, une manière comme une autre pour qu’une partie de l’Espagne ne perde pas la face. Or, cette situation extrême, prévue d’ailleurs par les experts qui suivent le dossier catalan, n’est pas sans rappeler que ce sont des pays leaders de cette même Union européenne, plus la Russie, qui, à la fin de l’ère soviétique, la chute du rideau de fer et la mort de Tito, ont soutenu, aidé et armé les sécessionnistes serbes, bosniaques et croates en démembrant la Yougoslavie. Quel sera le scénario pour les Catalans ?

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