L’«exception marocaine» : la grande imposture

Le Maroc est certes l’un des rares pays du monde dit arabe à avoir évité de justesse les vents des révolutions populaires arabes, en adoptant à la hâte une constitution « démocratique » en 2011, dont le résultat est l’élection d’un gouvernement islamiste. Pourtant, pour bien des Marocains le royaume n’est pas encore sur la bonne voie de la démocratie et la vraie révolution n’a pas encore eu lieu.

En 2010, une année marquée par l’éclatement des révoltes arabes en Tunisie contre la corruption, le  royaume n’était pas un cas isolé. La corruption battait son plein chez nous . Fascinés par la mobilisation de leurs pairs en Tunisie et en Égypte, des intellectuels et des jeunes leaders marocains fondent  le mouvement du 20-Février. Les revendications des militants du mouvement en question sont principalement politiques, et non pas uniquement d’ordre social comme le laissait croire les médias officiels, porte-paroles du régime et de ses gouvernements successifs.

Dans l’intention d’étouffer ce mouvement historique qui appelait à la séparation des pouvoirs, le régime procède à une série de réformes constitutionnelles. Ainsi, le parti de la justice et du développement (PJD), un parti islamiste qui se dit « modéré », remporte les élections législatives de 2011 (107 sièges sur 395), qui ont eu lieu juste après le référendum sur la constitution, et le roi nomme le secrétaire général du PJD, Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement.

Il convient de signaler que le parti de Benkirane doit une grande partie de sa victoire médiocre lors de ces élections aux activistes du mouvement du 20-Février, en s’appropriant leurs slogans et en profitant de l’ampleur de la contestation qu’ils ont suscité pour se faire valoir. Et pour les remercier, Monsieur Benkirane les matraque devant le parlement. Il se dit également qu’il est devenu chef du gouvernement grâce à la Providence divine. Quelle hypocrisie !

Avec le gouvernement Benkirane, force est de constater que notre pays  sombre dans la répression. Les autorités se foutent des libertés assurés par la constitution de 2011, tel que le droit de rassemblement et de manifestation pacifique. Ce constat a été confirmé récemment par une ONG autrichienne qui a classé le Maroc 99 sur 113 pays dans son classement sur la qualité de la démocratie dans le monde.

Bref résumé de la situation au Maroc sous le gouvernement Benkirane :

1. Le recours massif à la répression

Les autorités recourent souvent à la violence pour disperser des manifestations pacifiques. Les dernières interventions des forces publiques contre les protestations des professeurs stagiaires dans divers régions du pays, protestant contre l’intention de l’État de privatiser l’éducation nationale, en disent long sur la détermination des autorités à réduire au silence les voix critiques. Et c’est tout à fait honteux d’entendre que des policiers empêchent des citoyens de se déplacer à la capitale, Rabat, pour la simple raison qu’ils vont participer à une manifestation anti-gouvernementale, sachant que la liberté de circulation est avant tout un droit garanti par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

2. La hausse de la dette extérieure  

Sous le gouvernement actuel, la dette extérieure du royaume a battu le record de 30 millions dollaren 2014. Le résultat : la réduction de 15 Milliards d’investissements publics la même annéela baisse du recrutement dans la fonction publique, l’augmentation des prix de l’électricité, la hausse des prix des matières premières, entre autres…Et ce, en dépit de la chute du prix du pétrole.

3. L’échec de la lutte contre la corruption 

Lors de sa campagne électorale de 2011, le PJD a promis de combattre sérieusement le fléau de la corruption qui fait des ravages dans notre société, ainsi que la poursuite des détourneurs de fonds publics. Mais une fois au pouvoir, Benkirane et ses amis tournent le dos à leurs principes et s’allient même avec des partis politiques corrompus. Et ce sont ces mêmes islamistes qui s’opposent à la revendication populaire d’annulation des retraites des parlementaires et des ministres.

Il est trop tôt pour parler d’une «exception marocaine» tant que notre pays est toujours à la traîne dans les classements internationaux en matière de démocratie. Bien au contraire, un Maroc exceptionnel serait celui où il n’y a aucune place pour la répression, qui respecte ses citoyens et où le peuple détient bel et bien le pouvoir.

Vive le peuple !

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