Des « liens » entre le laboratoire de Villejuif et l’étranger

PARIS (Reuters) – Le ministre français de l‘Intérieur a évoqué jeudi de possibles liens entre le laboratoire de fabrication d‘explosifs découvert mercredi dans un appartement de Villejuif, près de Paris, et l’étranger, notamment l‘Irak et la Syrie mais aussi l‘Espagne.

D‘autres produits pouvant servir à la confection d‘explosifs ont été découverts jeudi dans un box loué à Thiais (Val-de-Marne) par l‘une des deux personnes mises en garde à vue mercredi dans le cadre de cette affaire, a-t-on appris de source judiciaire.

Ces deux hommes de 47 et 36 ans, dont le locataire de l‘appartement de Villejuif, sont français, l‘un d‘origine maghrébine et l‘autre “d‘origine continentale”, a précisé sur franceinfo Gérard Collomb, selon qui ils pourraient faire partie d‘un “groupe plus large”.

De fait, un troisième suspect, né en 1980, a été arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi et également placé en garde à vue, précise-t-on de source judiciaire.

La découverte du “laboratoire” clandestin de Villejuif a été fortuite grâce, a confirmé Gérard Collomb, au signalement au commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris d‘un plombier qui intervenait dans l‘immeuble.

Selon les premiers éléments de l‘enquête, les suspects étaient en train de fabriquer du TATP, un explosif instable utilisé lors de plusieurs attentats ces dernières années en Europe. C‘est le même explosif que des membres de la cellule djihadiste démantelée en août en Catalogne tentaient de fabriquer lorsque la maison qu‘ils occupaient a explosé.

Du TATP avait également été utilisé lors des attentats de novembre 2015 par des kamikazes aux abords du Stade de France, de Bruxelles en 2016 et de Manchester en 2017.

UN LIEN AVEC BARCELONE ?

Selon Gérard Collomb, les deux hommes arrêtés mercredi nient le caractère terroriste de leur entreprise et parlent de grand banditisme. Ils ont ainsi dit aux enquêteurs qu‘ils voulaient s‘attaquer à des distributeurs de banques, a-t-il précisé.

“Mais ce que l‘on voit c‘est qu‘ils étaient liés avec le terrorisme, donc c‘est plutôt dans cette direction qu‘il faut chercher”, a poursuivi Gérard Collomb sur franceinfo.

“C‘est possible qu‘il y ait des liaisons avec d‘autres personnes et qu‘on découvre dans les temps prochains qu‘il y avait des liens avec les scènes étrangères (…), plutôt irako-syriennes”, a-t-il ajouté. Selon lui, un “certain nombre de liens et de communications téléphoniques” le démontreraient.

Mais il n‘a pas exclu non plus que les hommes arrêtés dans le Val-de-Marne aient été en contact avec les membres de la cellule catalane qui ont fait un aller-retour entre l‘Espagne et la région parisienne avant les attentats à la voiture-bêlier de Barcelone et Cambrils le 17 août.

“On sait que l‘Espagne aujourd‘hui est un lieu de passage pour des filières qui remonteraient du Maroc et donc il est possible qu‘il y ait ce lien”, a dit Gérard Collomb.

Des boîtes d‘allumettes espagnoles ont été trouvées dans l‘appartement de Villejuif.

BORNAGE DES TÉLÉPHONES

L‘Audi qui a servi à Cambrils avait été repérée en France peu avant les attentats de Catalogne, avec au moins deux membres de la cellule djihadiste catalane dont, peut-être, l‘auteur présumé de l‘attaque de Barcelone, Younès Abouyaaqoub.

Selon Gérard Collomb, ces hommes, qui ont passé la nuit dans un hôtel de la banlieue parisienne et acheté un appareil photo à la Fnac, ont également été voir deux fois la Tour Eiffel.

“On sait (…) qu‘ils quittent leur hôtel le soir, qu‘ils se rendent longuement devant la tour Eiffel, puis qu‘ils y retournent le lendemain avant de repartir sur l‘Espagne”, a expliqué le ministre de l‘Intérieur.

“On a tout ça par bornage des téléphones (…) Dès que les Espagnols communiqueront les téléphones, on pourra effectivement en savoir davantage sur la teneur des conversations.”

Les deux hommes arrêtés mercredi dans le Val-de-Marne n’étaient pour leur part “fichés nulle part”, a encore déclaré Gérard Collomb, ce qui, selon lui, démontre une fois de plus l‘ampleur du risque terroriste en France.

“En dehors des personnes que nous suivons (18.000), il y a encore un certain nombre de personnes que nous ne connaissons pas” et qui sont susceptibles de passer à l‘acte, a-t-il dit.

La section antiterroriste du parquet de Paris et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) sont chargées de l‘enquête.

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