Macron a-t-il une dent contre les syndics de copropriété ?

Le président de la République, dans un récent entretien diffusé sur France 3, a condamné ceux qui voient la France comme «une espèce de syndic de copropriété». Pour les professionnels du secteur, Emmanuel Macron ne visait pas leur profession mais les assemblées générales de copropriétaires.

En opposant l’héroïsme du colonel Beltrame, tué lors des attentats de Trèbes, à la défense des APL, Emmanuel Macron avait créé des remous. Une autre déclaration tirée de la même interview récemment diffusée sur France 3 est passée un peu plus inaperçue. Le président de la République y prend en grippe «les gens qui pensent que la France est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus».

Selon la secrétaire de l’Association nationale des gestionnaires de copropriété (ANGC) qui a publié sur le site de Contrepoints un long article, le chef de l’État «s’est trompé de mots, ce qui est vraiment plus que regrettable». L’ANGC estime qu’Emmanuel Macron songeait plutôt aux Français «plus préoccupés par leurs problèmes personnels et par la couleur des boîtes aux lettres que par les travaux de ravalement qu’il est urgent d’entreprendre et donc de voter et financer». L’Union des syndicats de l’immobilier confirme: «De manière générale, les copropriétaires privilégient, d’une part, les travaux de court terme à ceux de long terme, et, d’autre part, leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt collectif», explique son délégué général Géraud Delvolvé. Contacté par Le Figaro immobilier, l’entourage du président a tenu à préciser qu’«il était bien question du comportement des copropriétaires lors des assemblées générales et non pas de la profession de syndic de copropriété».

Afin de remédier à une certaine inertie, le gouvernement a prévu, dans son projet de loi logement qui sera examiné ce mardi par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, de faire voter les travaux de rénovation en petit comité et non plus en assemblée générale. Ce qui a provoqué la colère de l’Union nationale des propriétaires immobiliers. «Ce n’est pas le vote qui empêche les travaux de rénovation mais le coût, répond Pierre Hautus, directeur général de l’UNPI. Quid des petits copropriétaires qui n’auraient pas les moyens de payer ces travaux? Si le gouvernement passe en force, nous craignons la faillite de certaines copropriétés.»

De son côté, l’association des gestionnaires de copropriété reconnaît que cette réforme est «judicieuse». «Certains copropriétaires peuvent paralyser le fonctionnement d’un immeuble, un comportement que l’on pourrait rapprocher des grèves actuelles», explique l’ANGC. Mais, dans le même propos, elle souligne aussi qu’«ils peuvent se mobiliser quand le sujet est réellement d’importance et qu’un travail d’explication est fait en amont par le syndic et le conseil syndical.» Une manière de ne pas perdre la face vis-à-vis de «personnes qui les (syndics de copropriété) font vivre». «C’est le rôle du syndic que d’assurer un fonctionnement efficace des AG pour que les décisions soient prises dans l’intérêt de l’immeuble et des copropriétaires», a réagi Géraud Delvolvé.

Favorable à une plus grande fluidité du parc de logements, le gouvernement chercherait à faire de la France un pays de locataires, estimant que la propriété immobilière est un frein à cette ambition, à en croire l’UNPI. «Il ne viendrait jamais à l’idée d’un gestionnaire de copropriété de dénigrer de la même manière que le fait Emmanuel Macron les copropriétaires.», estime de son côté l’ANGC. Et de glisser un conseil à la classe politique. «Un client satisfait est un client qui sera d’accord pour mieux payer une prestation et qui aura un rapport pacifié avec son syndic. Un cercle vertueux qui pourrait s’appliquer également aux relations entre les Français et leurs politiques.»

Tags: macron, france

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*