Maroc : Collision entre Khadija Mohsin Finan et la DGED

Texte présenté comme commun avec la chercheuse Khadija Mohsin Finan et qui devait être publié sur Libération. Le patron de la DGED n’a pas donné son feu vert.

Oui, le Maroc constitue une exception

Par Abdelmalek Alaoui*

Il est désormais devenu courant pour les analystes spécialisés dans le Maghreb de considérer la classe politique et la société marocaine comme une sorte de bloc monolithique, qui s’exprimerait d’une seule voix et dont la seule ambition serait de se maintenir dans ses privilèges supposés ou ses situations de rente. Cette vision du Maroc, qui se situe dans le prolongement du très décrié concept de « rue arabe », constitue en réalité une concession à la simplification afin d’accréditer des thèses en vogue dans les milieux germanopratins, mais qui ne sauraient être plus éloignées de la réalité si l’on se place d’un point de vue local.

En effet, dans le cas du Maroc et de la réforme de la constitution actuelle, il n’est pas inutile de rappeler que la méthode adoptée par Mohammed VI pour amender la constitution porte en elle-même la matrice d’un véritable changement de paradigme.

Tout d’abord, de part la stature et l’orientation politique du Président de la commission, Abdellatif Mennouni, l’on ne peut soupçonner les pouvoirs publics d’avoir « cornaqué » de bout en bout les travaux, mais au contraire d’avoir été un élément d’accompagnement qui aura permis de faciliter les débats à travers un mécanisme politique inclusif et participatif. Car si le rôle des juristes est d’élaborer des règles de droits, celui des politiciens est de …faire de la politique, ce qui justifie pleinement le rôle joué par le cabinet Royal en tant qu’interface avec les partis politiques, les partenaires sociaux, ainsi que les associations et autres représentants de la société civile.

En effet, dans le cas du Maroc, quelle serait l’institution la mieux placée pour garantir les intérêts suprêmes de la nation dans un moment aussi crucial qu’une refonte de la constitution si ce n’est la monarchie ? Les marocains accepteraient-ils que leur roi soit tenu à l’écart d’un processus aussi engageant pour leur avenir ?

L’on peut sans trop s’avancer répondre par la négative à cette dernière question, dans la mesure où un élément d’appréciation semble toujours échapper aux analystes extérieurs, à savoir l’intensité et la nature profonde du lien qui existe entre les marocains et leur Roi. L’on a d’ailleurs constaté que seule une très petite minorité –certes motivée et visible puisque relayée par les écrans occidentaux- remettait en cause la méthode adoptée pour procéder à l’amendement de la constitution, sans qu’il ne soit jamais fait mention de l’écrasante majorité de marocains qui ont approuvé le processus de réforme constitutionnelle mis en place au lendemain du discours du 9 mars 2011.

Ce traitement asymétrique de l’information pose un problème pour la majorité des observateurs : tiraillés entre le désir de ne pas « rater » une révolution comme ce fut le cas en Tunisie, les analystes et experts en politique ont désormais cédé à la tentation de s’adonner à la « divination prospective catastrophiste » , qui voudrait que tous les régimes arabes, quelles que soient leurs spécificités ou leur histoire, connaissent le même sort que celui de Ben Ali ou de Moubarak.

Or c’est insulter l’intelligence collective des marocains et la capacité du Royaume à créer des mécanismes de production de consensus que d’estimer que la seule issue possible au Maroc serait la confrontation.

Bien au contraire, l’histoire contemporaine du Maroc a démontré que le Maroc a su prendre des initiatives courageuses pour amorcer un débat national sur des questions qui divisaient l’opinion, au risque de ne pouvoir en contrôler les conséquences, mais avec la volonté assumée de porter plus avant le processus de réforme.

Ainsi, le mauvais procès qui est parfois fait à l’instance équité et réconciliation (IER) -à savoir une instance créée par le pouvoir à des fins de « blanchiment » historique- omet un élément essentiel : les multiples confrontations qui ont opposé l’IER avec les forces de l’ordre et la catharsis générale occasionnée par les témoignages télévisés –sur les médias publics- des victimes. L’on ne peut donc , dans le cas d’espèce, soupçonner le pouvoir d’avoir mis en place puis accompagné une démarche aussi radicale en ayant à l’esprit un agenda dicté par le seul souhait de réussir une opération de communication.

Il en est de même pour la réforme du code du statut personnel ou Moudouwana, qui a subi une réforme profonde lors de la décennie écoulée, au risque de crisper la partie de l’opinion la plus conservatrice, qui voyait d’un mauvais œil la sanctuarisation réglementaire de  l’égalité de genre.

Ne faut-il pas voir dans ces deux réformes emblématiques l’expression d’un courage politique véritable de la part du Monarque marocain, puisque, précisément, rien ne l’obligeait à les entreprendre, si ce n’est une conviction sincère et absolue que les victimes méritent réparation et que l’égalité homme-femmes s’inscrit dans la logique de l’histoire du monde ?

Admettre que la monarchie agit dans un temps qui est déconnecté des agendas partisans, c’est déjà faire un premier pas en direction d’une meilleure compréhension du Maroc, car l’essence même du système veut que le roi soit le garant de la mise à disposition pour le plus grand nombre d‘outils intellectuels et techniques favorisant la réforme, même si celle-ci n’est pas dictée par la pression.

Peut être devrai t on ici citer le cas du port de Tanger Méditerranée, projet « fou » voulu par Mohammed VI et qui aurait certainement été rejeté par un gouvernement préoccupé par sa propre réélection ou, pire encore, par des considérations comptables. Quelques années après son inauguration, Tanger Med est en passe de devenir le plus grand port d’Afrique, et a rendu possible l’installation, à proximité, de la plus grande usine Renault du continent, transformant ainsi une volonté politique en un succès économique.

Avec la nouvelle constitution, cette inscription du Maroc dans le sens de l’histoire sera renforcée, puisque le roi conservera sa capacité à agir sur le périmètre stratégique, définissant en commun avec son premier ministre les priorités de développement du pays et la nécessaire cohésion d’ensemble. De surcroit, ce duo inédit sera garanti par l’autorité morale du souverain et son souci invariable de conduire le pays vers l’émergence qui lui tend les bras.

*Analyste politique et auteur, Associé-Gérant de la société de Conseil Global Intelligence Partners

Tags : Maroc, DGED, Abdelmalek Alaoui, Global Intelligence Partners, Printemps Arabe, Mouvement 20F

One Comment

  1. cette prose dithyrambique est la soupe servie matin et soir au Marocain du quotidien. On y procède à une logorrhée plaidant l’importance vitale de la monarchie. Le roi est ainsi brossé comme le garant de l’oxygène que les Marocains respirent et de l’ordre susceptible de tourner en son contraire, un chaos, si les Marocains oseraient commettre l’erreur de leur vie de le renverser. cela pour justifier les crimes de ce roi et lui permettre de continuer à piller, lui et sa cour, le pays. La libération des marocains n’a qu’une seule équation pour être une réalité: Jeter dehors cette bande de criminels alaouite tous sexes et parentés confondus.

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