Maroc et corruption médiatique : Deux absents obsédants au tribunal de Paris

Les journalistes Vincent Hervouet, de LCI, Domique Lagardère, de L’Express, Mireille Duteil, de Le Point, José garçon: ex Libération, actuellement à Medi1 sat et chroniqueur à La Revue « Stratégie »

Ni la journaliste Mireille Duteil, ni le directeur du Point Etienne Gernelle, ne sont venus assister au procès en diffamation à propos du Maroc, intenté à Arrêt sur images et Orient XXI.

Pourquoi ? Mais pourquoi diable Mireille Duteil, journaliste retraitée du Point, et son ex-journal, ont-ils décidé de nous poursuivre pour diffamation ? C’est la question qui m’a poursuivi, toute l’après-midi d’hier, sur le banc inconfortable de la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, où je comparaissais, en compagnie de mes confrères Alain Gresh et Olivier Quarante, poursuivis par la même Mireille Duteil, et le même Le Point, pour la même affaire de corruption présumée de journalistes français par le Maroc.

Et si Mireille Duteil et Le Point se sont sentis diffamés, pourquoi eux seuls ? Pourquoi pas les trois autres journalistes français également cités dans cette affaire dite des #marocleaks, Dominique Lagarde (L’Express), José Garçon (Libération) et Vincent Hervouët (LCI) ? Mireille Duteil s’est-elle sentie davantage diffamée que ses confrères ? Le Point est-il un journal particulièrement sensible ? Il est vrai que Etienne Gernelle, directeur du Point, semble avoir un désir irrépressible de trainer en Justice notre petite équipe. Je vous avais raconté l’an dernier le procès ahurissant qu’il nous avait fait à propos d’une chronique d’Alain Korkos, affaire dans laquelle, bien entendu, nous avons été relaxés, et Gernelle débouté.

Toutes ces questions torturantes se doublaient d’une autre. Si Mireille Duteil et Etienne Gernelle se sont sentis à ce point diffamés par ma chronique, titrée « Maroc : le retour de l’abominable vénalité de la presse française ? », pourquoi aucun des deux n’a-t-il eu le courage de venir affronter à la barre les odieux diffamateurs que nous sommes ? Pourquoi Mireille Duteil n’est-elle pas venue clarifier le statut de sa collaboration avec L’Observateur du Maroc , publication confidentielle dont le directeur, Ahmed Charai, est un proche du pouvoir marocain ? Pourquoi n’est-elle pas simplement venue dire si elle était payée pour cette abondante collaboration, et si oui, combien ? Pourquoi Gernelle (ou son prédecesseur Franz-Olivier Giesbert) ne sont-ils pas venus dire s’ils connaissaient l’existence de cette pige, et si cela ne constituait pas, à leurs yeux, un conflit d’intérêt dans sa couverture du Maghreb pour un grand hebdomadaire indépendant comme Le Point ? Pourquoi ne sont-ils pas venus expliquer les raisons du black out, dans Le Point, hebdomadaire indépendant, sur le conflit du Sahara occidental, à enjeu stratégique pour le pouvoir marocain ?

Toutes ces questions torturantes, je n’étais pas le seul à me les poser. Les avocats d’Orient XXI, et notre propre avocat, Pascal Winter, les ont posées avec force. Mais pas seulement eux. Celle qui les a posées le plus fortement, c’est la substitute Aglaë Fradois, dans un réquisitoire concluant, pour ma part, à l’absence totale de diffamation, et à la bonne foi, et pour Orient XXI, à la bonne foi. « J’aurais aimé, a-t-elle lancé à propos de l’absente, lui demander ce qu’elle savait de cet ami, M. Charai ».

Faute de témoins du Point (il n’en a fait citer aucun. Pourtant, combien d’éminentes personnalités auraient pu venir témoigner de la rectitude déontologique du Point, et de sa totale imperméabilité à toute tentative de corruption !) le tribunal, présidé par Roia Palti, a dû se contenter d’entendre nos propres témoins. Pour Orient XXI, plusieurs journalistes français et marocains sont venus témoigner du lobbyisme infatigable, et tentateur, que déploiele Maroc auprès de la presse internationale.

« On n’écrit pas gratuitement pour une publication qui n’a pas de lecteurs » a rappelé Ignacio Cembrero (ex-El Pais). « Au Maroc, la situation de la presse francophone est assez simple : ils vivent des subsides du régime » a renchéri Jean-Pierre Tuquoi, ex-spécialiste du Maghreb au Monde. Journaliste marocain réfugié en France, Aboubakr Jamai a rappelé la nocivité, pour les journalistes indépendants marocains, de « ces personnes qui donnent une image erronée du régime ».

Cité comme témoin par Orient XXI et nous-mêmes, notre ami Jean-Marc Manach, non poursuivi par Le Point, a détaillé, avec sa pédagogie coutumière, la longue enquête par laquelle, après avoir exprimé des doutes dans un premier article, il avait finalement conclu à l’authenticité des mails entre Charai et les services de sécurité maricains balancés par le « corbeau » @chris_coleman24, enquête sur laquelle s’appuyait ma chronique poursuivie. Cette enquête constituait en l’espèce ce que l’on appelle, dans les procès en diffamation, « la base factuelle ».

Du côté des prévenus, Alain Gresh a rappelé le contexte de cette affaire, survenant peu de temps après la révolution tunisienne, qui avait révélé comment le régime Ben Ali avait acheté la complaisance de plusieurs journalistes français. Pour ma part, je sortais d’une série d’été consacrée au centenaire du déclenchement de la guerre de 14, dans laquelle j’avais découvert la corruption à grande échelle de la presse française par le régime tsariste, pour la pousser à conforter l’alliance russe.

Il revenait à la substitute Fradois de qualifier ma chronique de « provocation, oui, mais provocation à sortir du silence ». Grisant sentiment de se sentir compris : c’était exactement ça.  L’expression d’une stupéfaction devant l’impunité journalistique, et la complicité corporatiste qui la rend possible. Et qui se prolonge : une seule journaliste (Le Monde) se trouvait dans la salle. Jugement le 22 mars.

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