Maroc : Escalade dans la répression contre le mouvement social du Rif (FIDH)

Depuis huit mois, un vaste mouvement de protestation s’est déclenché dans la province d’Al Hoceima (Région du Rif au nord du Maroc) qui réclame justice sociale, travail, santé, infrastructures routières, développement économique et dignité humaine, sans que les demandes des militants ne faiblissent ni que les autorités y apportent de réponse. Ce mouvement social, pacifique, a pris de l’ampleur, suite à la mort tragique de Mohcine Fikri, jeune vendeur de poisson, tué le 28 octobre 2016, écrasé par la benne à ordures qui engloutissait sa marchandise confisquée par la police.

Depuis la nuit du 26 mai dernier, au moins 93 personnes ont été détenues pour avoir participé à ce large mouvement de protestation. 44 personnes, au moins, parmi celles arrêtées dans la région du Rif ont été transférées devant la Cour d’appel de Casablanca et sont officiellement en état d’arrestation. A la tête de ces détenus, se trouve Nasser Zefzafi, un des leaders du mouvement. Arrêté le 29 mai, ce dernier fait face, selon ses avocats, à de lourdes accusations, dont l’atteinte à la sécurité intérieure du pays.

Le 5 juin, deux membres de premier rang du mouvement ont également été arrêtés : Nabil Ahamjik, considéré comme le numéro deux du mouvement et Silya Ziani, chanteuse engagée et figure féminine des manifestations. Nawal Ben Aïssa, l’un des visages du mouvement , a également été interrogée le 7 juin par la police judiciaire de la ville. Un autre dirigeant, El Mortada Amrachaa a par ailleurs été arrêté à Al Hoceima dans la soirée du 10 juin, avant d’être relâché le 23 juin, pour être poursuivi en liberté provisoire. Plusieurs journalistes ont en outre été arrêtés. Certains des détenus ont entamé une grève limitée de la faim.

Suite à l’appel de certains partis politiques, syndicats et organisations de défense des droits humains au Maroc, des grandes villes du royaume dont Rabat, Casablanca et Tanger ont aussi connu des rassemblements et des manifestations de solidarité avec le le mouvement , la dernière en date étant celle du 20 juin à Casablanca. Ces actions ne cessent de prendre de l’importance et ont souvent été interdites par l’intervention violente des forces de l’ordre. Cette répression a eu pour répercussion des actes de violence menés par des manifestants.

Face aux revendications sociales et économiques légitimes des citoyens et citoyennes de la région historiquement marginalisée, les autorités marocaines ont annoncé une série de projets de développement et d’insertion sociale. Cela ne les a pas empêché de faire un recours à la force disproportionné et à des détentions arbitraires pour punir le mouvement revendicatif. Les médias officiels ainsi que des partis politiques au pouvoir ont déclenché une campagne de diabolisation et de dénigrement du mouvement social. Certaines mosquées ont également émis des prêches pour accuser les manifestants de « séparatisme » et « connivence avec l’étranger ».

Une commission d’enquête composée de plusieurs associations de défense de droits humains (dont l’AMDH) dénonce de surcroît la violence et torture de certains détenus, lors des arrestations ou au poste de police. L’initiative civile pour le Rif a également estimé que « l’approche sécuritaire n’est pas un choix judicieux », en appelant à l’ouverture d’un dialogue entre les représentants du gouvernement, les membres du mouvement de protestation, les acteurs associatifs et les élus de la région. Le parquet a effectivement ouvert 16 enquêtes pour des cas de torture.

La FIDH et ses organisations membres au Maroc, l’AMDH et l’OMDH, craignent que les autorités marocaines continuent d’utiliser une force excessive à l’encontre des manifestants et de détenir arbitrairement ceux qui y participent comme elles l’ont fait pour réprimer le mouvement du 20 février né en 2011.

La FIDH, l’AMDH et l’OMDH condamnent ces arrestations et autres violations commises par les autorités marocaines et demandent la libération inconditionnelle de toutes les personnes arrêtées dans ce contexte ainsi que l’abandon de toutes les charges à leur encontre.

Si la FIDH et ses organisations membres condamnent également les violences commises par certains manifestants, elles appellent les autorités marocaines à respecter les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion, et à procéder au dialogue avec tous les acteurs de la société civile concernés pour apporter les réponses appropriées aux aspirations de dignité et de justice économique et sociale.

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