Maroc : Evaluation de l’état du mouvement Mamfakinch

AZIZ BENZZOUBEIR
Chef de Cabinet du Secretaire d’Etat 

aupres du Ministre de l’Intèrieur

 

Sous le titre de « Crispations, expectative et échéances »,

Crispations, expectative et échéances
À l’approche de la fin des travaux de la Commission consultative de révision de la Constitution (CCRC) les débats se crispent sur le net. Entre ceux qui prêtent de façon mécanique au makhzen de « sombres » desseins et ceux qui dénoncent l’infiltration, quand ce n’est pas la récupération, du 20-février par les extrémistes de tous bords, les échanges se font plus agressifs et violents.
Ce tournant s’explique sans doute aussi par la convergence de plusieurs facteurs que les discussions sur le net mettent en évidence, dont les trois suivants :
 l’érosion de l’influence du mouvement des jeunes du 20-février ;
 l’apparente montée en puissance des discours extrémistes avec, souvent, des vidéos très « démonstratives » ;
 l’atermoiement des « faiseurs d’opinion » qui animent ou s’expriment sur des sites et des blogs d’information – Lakome, Demainonline, Goud, Mamfakinch, Hibapress,… – entre autres supports.
Dès lors, tout évènement est passé au crible de la « cause » défendue pour tenter d’en faire un argument à même de renforcer une position donnée. C’est le cas de la « répression du 22 mai », de Mawazine, de la grève des médecins, ou encore de la… mobilisation des jeunes espagnols. Les internautes pour ou contre les 20-février enrôlent cette actualité pour appuyer leur propos, donnant ainsi des lectures différentes, et divergentes, d’un même fait.
En contrepoint, certains articles tentent de resituer le débat et d’infléchir la décision des uns et des autres en recyclant des informations passées.
Voilà quelques questionnements qui traversent la blogosphère et pourraient apporter des éléments de réponse à la situation actuelle… vue du net.
Le 20-février a-t-il mangé son pain blanc ?
Depuis les marches du 24 avril ce qui n’était qu’une hypothèse d’école semble devoir se confirmer : le mouvement du 20-février s’essouffle. De nombreux indices militent en faveur de ce constat et en premier lieu, la lassitude générale qui semble gagner ses membres et ses plus fidèles soutiens. Sur la toile, les articles critiques, émanant parfois de l’intérieur même du mouvement, se multiplient.
Dans le même ordre d’idées, et sans préjuger de ce sera la mobilisation dans les prochains jours, les échanges sur le net font apparaitre aussi un certain désarroi des jeunes du 20-février. Un sentiment qui peut s’expliquer par ce que les psychologues nomment la « double contrainte », une situation où la personne confrontée à deux alternatives ne peut se décider pour l’une ou l’autre sans dommage. En effet, se présentant comme un mouvement pacifique, il doit se résoudre à « répéter » les tentatives de manifester sans violence, en dépit du peu d’impact apparent de ce genre d’actions. Voire de l’opposition de citoyens à ces marches qui n’en finissent pas et entravent le commerce ou la simple circulation dans l’espace urbain.
Mais, d’un autre côté, le 20-février ne peut se passer, s’il veut faire nombre, du soutien de mouvements extrémistes, islamistes ou gauchistes. Au risque de dénaturer et de brouiller son message évidemment.
La toile répercute parfaitement ce dilemme[Note:1], qui prend donc parfois des allures de désarroi. Elle le fait par les tweets et articles de victimisation – les « gentils » et « pacifiques » jeunes sont en butte à la « féroce répression du makhzen » – ou quasi guerriers, appelant les jeunes à en découdre avec les forces de l’ordre de ce même makhzen.
Dans la sémantique des messages échangés apparaissent aussi des termes dénotant la « rage » ou la « haine » contre le système et traduisant un sentiment croissant « d’impuissance. »
Au plan du symbole, et en traduction de cette situation, le succès que rencontre soir après soir le festival Mawazine, succès[Note:2] relayé en direct par les tweets sur un ton souvent euphorique, est un « coup dur » qui renvoie le mouvement du 20-février à la réalité de sa représentativité.
L’organisation d’un concert pour la paix à Marrakech le 29 mai, en hommage et en soutien pécuniaire aux victimes de l’attentat terroriste, a permis également de revaloriser l’image d’un festival en butte aux accusations de malversations financières.

 

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