Maroc : La puissance du panier

Le Maroc a été le théâtre d’une lutte entre la population et l’établishment depuis plusieurs mois.

Depuis le 20 avril, le boycott des eaux minérales de Sidi Ali, du lait de Centrale Danone et de l’essence d’Afriquia est bien suivi. Les trois marques sont leaders dans leur marché. Un segment dominé par une poignée de grands acteurs qui peuvent donc déterminer librement leurs prix.

Ces trois produits n’ont pas été choisis par hasard. Non seulement ce sont des produits de base particulièrement coûteux, mais ils symbolisent également l’enrichissement de l’establishment marocain au détriment des citoyens ordinaires. Par exemple, 5% des actions de Danone appartiennent au roi Mohammed VI. Les sociétés Sidi Ali et Afriquia sont à leur tour la propriété des familles respectives de Miriem Bensalah-Chaqroun, président de l’organisation des entrepreneurs, et Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche.

Une manifestation ouverte contre le régime n’est pas sans danger au Maroc. Cela est redevenu évident plus tôt cette année lorsque Nasser Zafzafi, le chef du mouvement populaire Hirak, a été condamné à 20 ans de prison pour sa participation aux manifestations dans la ville d’Al Hoceima et les montagnes du Rif, au nord du pays. Il est devenu alors beaucoup plus sûr de protester en silence. Par exemple, en changeant le comportement d’achat. Même s’il y a un policier ou un espion à chaque coin de rue. Les yeux du régime n’ont pas encore atteint le panier.

Cette outil s’est rapidement transformé en un énorme succès, en partie grâce aux médias sociaux. La population, en masse, a tourné le dos aux entreprises ciblées. Une opération visant à porter atteinte aux médias, dans laquelle les initiateurs ont été qualifiés de « traîtres à la patrie » et de « écervelés », n’a servi à rien. De même, une offensive de charme, dans laquelle des rabais substantiels ont été accordés sur les produits, n’ont eu aucun effet. Danone, seule entreprise quelque peu transparente sur les conséquences du boycott, a admis avoir vu ses ventes au Maroc chuter de 40 à 50 %. La société s’attend à une perte de 150 millions de dirhams, soit environ 13,5 millions d’euros.

Même dans les conseils d’administration des multinationales, de telles positions déficitaires sont à blâmer. Emmanuel Faber, PDG de Danone, s’est rendu au Maroc fin juin pour calmer les choses. Il a promis un référendum afin de fixer un « prix juste » pour le lait. Plus de 1 000 arpenteurs ont été envoyés au cours des dernières semaines dans le cadre de l’action Nwasslou-Ntwasslou. Selon les derniers rapports, Danone a en effet l’intention de réduire significativement le prix du lait au Maroc.

L’action au Maroc, d’autre part, place la responsabilité là où elle appartient : sur le gouvernement, sur les producteurs et sur les multinationales. Cependant, il ne s’agit pas de culpabilité, il s’agit d’argent comptant. C’est là que réside la clé pour les forcer au changement et à l’innovation. Et pour parvenir à plus d’égalité. Le pouvoir est parfois caché dans le panier d’achat.

Hind Fraihi, journaliste de recherche

Source : De Tijd

Traduction non officielle de Maroc Leaks

 

Tags : Maroc, boycott, makhzen, monopole, oligarchie

One Comment

  1. je m’intéresse à vos articles ,ils sont très intéressans

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