Maroc : Majesté, qu’en dites-vous? (Nichane, 6/08/2008)

Nichane était la version arabophone de l’hebdomadaire Tel Quel. Son fondateur, Ahmed Benchemsi, a choisi l’exile après tous les coups tordus du régime qui gouverne au Maroc.

Parmi ses articles les plus incendiaires, celui-ci portant le titre de « Majesté, où est-ce que tu nous amènes ?».

Paru le 6 août 2008, cet article a secoué le royaume enchanté du Maroc très fragilisé par ses violations des droits de l’homme malgré le soutien de la France dans les instances internationales.

Le système néo-makhzénien de l’héritier du sanguinaire Hassan II ne diffère guère de celui de son père. Il se nourrit de sang et le sang rifain a toujours été son préféré.

Texte intégral de l’article

 

Majesté…Que dites-vous ?

« vous allez me trouvez, fidèle peuple, toujours face aux assauts contre l’utilité des élections et des partis politiques nationaux » C’est ainsi qu’a parlé Mohamed 6 le 30 Juillet dernier, lors de son discours du trône. Et Sa Majesté a encore ajouté : « l’essence des élections ne réside pas dans la confrontation à propos des orientations majeures de la nation, qui est matière de consensus national [..] , et nous serons le garant de leur continuité, même si les conditions changent, car c’est ainsi que nous voyons la monarchie nationale ».

Si vous ne comprenez pas, relisez lentement, tout est clair : sa majesté vous dit « les orientations majeures de la nation » c’est à lui, et c’est encore lui « qui est le garant de leur continuité même si les conditions changent » car c’est ainsi « sa vision de la monarchie ». En ce qui concerne la course électorale entre les partis (et maintenant je développe ce que j’ai compris) , elle ne représente que le moyen de l’exécution des ces « orientations majeures », à propos desquelles il n’y a pas de retour, ni de discussion car elle consiste en un « consensus national ».

Le message est reçu 5 sur 5, oui mon Seigneur. Toutefois, celui qui dit que les partis ne servent à rien (sauf pour appliquer les orientations royales) a parfaitement raison, et les élections non plus ne servent à rien, car leur but n’est pas le choix de certaines orientations par rapport à d’autres (pour rappel, cela est le principe des élections dans un régime démocratique). Est-ce que Mohamed 6 se rend-il compte que ce système politique qu’il promeut ouvertement est la raison d’apparition des « visions nihilistes » (comme il le dit) qui doutent de l’intérêt des élections ? Est ce qu’il se rend compte que ce système politique qu’il promeut bloque l’évolution démocratique de ce pays ?

A vrai dire, c’est possible [qu’il s’en rende compte NDR]… parce que lui même nous promet un « rendez vous » dans ce discours pour « aller vers un assainissement institutionnel et graduel, un changement total et meilleur ( ??) » Wayli ? [Ah bon ?… NDT] De quel « assainissement institutionnel » ??? Est ce le changement constitutionnel que demandent les militants démocrates depuis le décès de Hassan 2 , dont le but est de réduire les pouvoirs du roi au profit des groupements élus ?

A vrai dire, si cela est le changement dont parle sa Majesté, cela ne peut être que le bienvenu ! Nous en avons besoin effectivement ! Et la meilleure preuve en est ce qu’a dit le roi dans ce discours même : « Je voudrais insister que le système que nous avons choisi est celui d’une monarchie exécutive, qui ne se réduit pas à une notion ou une séparation des institutions exécutif, législatif et juridictionnelle, mais la monarchie marocaine traditionnelle ». Suivez bien : Sa Majesté nous dit que dans notre système, les trois pouvoirs exécutif, législatif et juridictionnel sont séparés, mais « la monarchie exécutive ne se réduit pas à une notion ou séparation des pouvoirs ».

En d’autres termes, les trois pouvoirs sont séparés, mais quand ils sont regroupés dans les mains du roi (qu’il utilise tous les trois pour rappel) , il n’y a plus de séparation [de pouvoirs] : au contraire, ça se mélange « belbiaane » comme disent les casablancais [C’est une vraie accumulation, et le roi devient ainsi juge et parti. Il nous faut ici rappeler que la séparation des pouvoirs, comme l’avait élaboré le philosophe français Montesquieu, considéré comme le père de la démocratie moderne, de par sa disposition, le pouvoir arrête le pouvoir : ainsi le parlement surveille le gouvernement, qui est soumis au pouvoir juridictionnel, surtout si on enfreint la loi. Si les pouvoirs sont concentrés au sein d’une même personne, il n’y a plus de surveillance, ni rien du tout. Est ce que quelqu’un se surveille [se limite ses propres pouvoirs NDT] lui même ? Alors ainsi, nous pouvons nommer tout cela « la monarchie marocaine traditionnelle » … qui n’a absolument aucun lien avec la démocratie, pensez y , vous qui avez rédigé le discours du trône, et vous qui l’avez lu devant 30 millions de sujets fidèles … si vous acceptez cette insolence d’un seul [parmi ces sujets NDT].

Source : Barakanews

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