MBS ou comment Ryad est devenu un joueur compulsif

La désignation du jeune prince Mohamed Ben Salmane, alias MBS, un habitué des casinos, des bolides de luxe et des Top modèles au poste clé de Ministre de la Défense du Royaume d’Arabie Saoudite, fut suivie par une désastreuse aventure militaire au Yémen voisin qui dure depuis le 26 mars 2015 et des tentatives de rallumer les brasiers syrien et irakien afin de retarder au maximum la fin des hostilités au Levant. En dépit de résultats fort mitigés marqué par un désastre humanitaire sans précédant au Yémen et des attaques contre les confins frontaliers méridionaux du très riche Royaume, MBS est nommé à l’âge de 31 ans prince héritier du Royaume en juin 2017, dérogeant ainsi à la tradition et suscitant le courroux des autres princes de la dynastie mais également de centaines de dignitaires religieux traditionnellement fidèles au palais. Une fois prince héritier, MBS se heurte au très influent Qatar avant de se lancer dans une purge visant d’abord les princes rivaux puis des centaines de membres du puissant clergé Wahabiste.

MBS est connu pour sa propension au jeu et sa réputation de flambeur (il lui est arrivé de dépenser plus de 25 millions de dollars US en une soirée). Il voit très grand et aucune difficulté ne le rébute. Il rompt les relations diplomatiques du Royaume avec la République islamique d’Iran, le grand rival régional et entreprend une série de réformes internes assez révolutionnaires. Par dessus tout, il n’hésite pas à rencontrer les officiels israéliens avec lesquels il partage un ennemi commun: l’axe Damas-Téhéran.

Rupture avec Téhéran, guerre froide avec le Qatar (mis sous blocus) et la Turquie, guerre en cours au Yémen, méfiance vis à vis de Donald Trump malgré la signature d’un fabuleux contrat de presque 400 milliards de dollars US lors de sa visite au Royaume en mai 2017, rapprochement tactique avec la Chine et même la Russie et lancement d’un vaste plan économique baptisé « Royaa 2030 » (Vision 2030) prévoyant la réduction de la dépendance du Royaume vis à vis des hydrocarbures et la diversification de l’économie saoudienne (vente partielle du géant pétrolier Aramco, création de méga projets technologiques, villes nouvelles, etc.), le prince héritier ne compte pas s’arrêter là et entreprend de renforcer sa poigne en dirigeant lui même une commission anti-corruption, avec laquelle il s’attaque à ses rivaux au sein de la très riche dynastie.

C’est un nouveau style. Très audacieux. En Afrique, l’Arabie Saoudite soutient financièrement l’Égypte et le Maroc (achat d’armements, lignes de crédit avantageuses, etc) à la fois contre les menaces internes mais également contre leurs rivaux géopolitiques.

En Eurasie, Ryad est parvenu à un accord avec Moscou pour réguler les prix du pétrole et tente de jouer un rôle en Europe de l’Est, en corrompant la plupart des hommes politiques.

En Asie, l’Arabie Saoudite s’est beaucoup rapprochée de la République populaire de Chine sur le plan économique, histoire d’éloigner ou du moins neutraliser Pékin du Grand Jeu dans la partie centrale du monde. Washington et ses alliés s’occupant à contrecarrer-très difficilement- l’influence de la Chine en Afrique.

Cependant, c’est au Moyen-Orient que se joue le grand jeu. Que se passera t-il après l’intronisation de MBS en tant que Roi? Un flambeur évoluant au milieu de la théorie des jeux dans le domaine géostratégique est un facteur de risque aggravant. D’autant plus qu’il dirige un des pays les plus influents au monde.

Le Moyen-Orient n’est pas prêt de sortir de l’auberge!

 

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