Quand « l’affaire Benalla » rebondit jusqu’à l’UCL

Nicolas Vanderbiest

L’affaire Benalla, du nom de ce proche du président français Emmanuel Macron, mis en cause pour certains débordements et actes de violence en marge d’une manifestation du 1er mai, rebondit en Belgique. Tout commence avec la publication, début août, par une ONG belge d’une étude sur les tweets ayant entouré le scandale Benalla. L’étude en question visait à déterminer qui cherchait à influencer l’opinion sur les réseaux sociaux.

Première vague

L’enquête de la plateforme EU Disinfo Lab (à retrouver en cliquant ici), reprise par de nombreux médias, avait réussi à pointer 55.000 comptes Twitter actifs, voire « suractifs » sur l’affaire Benalla : « 1% des comptes ayant tweeté sur l’affaire a produit 44% du total des tweets, soit 1.767.682 tweets »… Sur un total de 3378 individus pour 2.163.000 tweets. Un chiffre rarement atteint dépassant les hashtags #Metoo ou #JesuisCharlie.

Conclusion alors : l’affaire Benalla a été « amplifiée » par « gonflage numérique ». De quoi, en période creuse d’été, susciter un certain remous médiatique, la majorité présidentielle y voyant sans doute de quoi détourner l’attention. Remous et contreremous, entre déformation du message initial et exploitation, entraînant certains à vouloir en savoir plus sur les coulisses de l’enquête menée.

Deuxième vague

De quoi pousser alors Nicolas Vanderbiest, cofondateur de EU Disinfo Lab, doctorant et expert en réseaux sociaux notamment sur les antennes de la RTBF, à publier la méthodologie utilisée, « par souci de transparence » argumente-t-il. Insistant sur le fait qu’il a utilisé la même méthode par le passé, avec un succès certain – notamment dans les mêmes médias – lorsqu’il avait analysé les tweets autour de l’élection d’Emmanuel Macron. Et voilà qu’il communique notamment des fichiers Excel et des tableaux reprenant identité des auteurs des tweets, leur activité Twitter avec ou sans désinformation avérée et une attribution d’appartenance à un mouvement ou une idéologie politique : ce que les commentateurs traduisent par « pro-Mélenchon », « pro-Marine Le Pen », voire « russophiles ».

Il n’en fallait pas plus pour que le débat se ré-embrase. Des élus français et des gens cités dans l’étude hurlent aussitôt au « fichage » et choisissent de déposer plainte à la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés, la commission française de la vie privée. Pour un futur débat sur ce que l’on peut publier ou non, publier des données personnelles sans consentement… là où le chercheur dit n’avoir utilisé que des données disponibles publiquement, par exemple sur Twitter. S’ensuit une nouvelle tornade médiatique avec visiblement un incroyable cocktail de menaces, d’insultes, d’intimidations auprès de proches et de conjoints contactés d’on ne sait où.

Démission annoncée 

Trop pour un seul homme : Nicolas Vanderbiest s’explique une nouvelle fois dans un billet publié sur le site medium.com et sur son compte Twitter-, et présente ses excuses à ceux qu’il aurait pu heurter : « Je ne suis ni un facho, ni un barbouze. Je suis guidé par les valeurs démocratiques et mon aveuglement au service de la lutte contre la désinformation ne m’a pas permis de mesurer la portée de mes actes ». Avant d’annoncer vouloir assumer ses responsabilités et vouloir démissionner et cesser toutes ses activités au sein de l’UCL. L’université louvaniste, écrit-il, « ne doit pas souffrir de (ses) activités bénévoles et de leur portée« .

Nicolas Vanderbiest a choisi depuis le mutisme, avec une seule « envie » : que tout ceci s’arrête, pas de nouvelle vague, se poser et récupérer. L’Université ne s’est pas encore prononcée sur ces derniers rebondissements, vacances obligent. Pas de commentaires. Aucune décision n’a encore été prise en interne.

 

Source : RTBF

 

Tags : France, Benalla, Macron, Nicolas Vanderbiest

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