Le retour de Karl Marx… en Espagne

Un ami du blog, installé dans la péninsule ibérique, propose la traduction d’un article, où l’universitaire Vicenç Navarro, militant de Podemos et un de ses principaux économistes commente une analyse sur l’actualité de Karl Marx paru dans l’hebdomadaire « The Economist ».

Notre ami précise : « En réalité , autant ou plus que pour le contenu lui-même, Navarro voulait souligner le fait qu’ il serait impensable qu’un tel article paraisse dans les pages d’une revue économique espagnole ayant la même orientation libérale que ce journal (The Economist) , ni d’ailleurs dans les principaux moyens d’information d’Espagne. J’ai essayé de traduire des extraits de l’article paru dans le journal Publico.Je ne sais pas si cet article de Vicenç Navarro aura quand même intéressé : il est publié dans le contexte espagnol , où l’auteur de l’article dénonce souvent le parti-pris conservateur et les manipulations des principaux médias, y compris El Pais, qui le lui rendent férocement d’ailleurs.

LE RETOUR DE KARL MARX POUR COMPRENDRE CE QUI SE PASSE DANS LE CAPITALISME AVANCÉ

Par Vicenç Navarro, professeur de Sciences Politiques et Politiques Publiques

Université Pompeu Fabra, Barcelona

EXTRAITS

Sous le titre Le moment marxiste, et le sous-titre Les travaillistes avaient raison : Karl Marx a beaucoup à enseigner aux politiques d’aujourd’hui , ………………. , la rubrique Bagehot engage le débat sur ce qu’elle considère les grandes prophéties de Karl Marx (c’est ainsi qu’elle les définit) pour comprendre ce qui se passe aujourd`hui dans le monde capitaliste avancé, signalant que beaucoup de ses prévisions se sont vérifiées. Parmi celles-ci :

La classe capitaliste (qui existe toujours souligne la rubrique Bagehot , bien que ce terme n’est pas utilisée pour la définir) qui est la classe des propriétaires et gestionnaires du grand capital productif, est en train d`être remplacée – comme annoncé par Marx – de plus en plus par les propriétaires et gestionnaires du capital spéculatif et financier que Marx (et la rubrique Bagehot) considèrent parasitaire de la richesse créée par le capital productif .

Cette classe parasitaire est celle qui , selon la dite rubrique , domine le monde du capital , cette situation étant la principale responsable de l’ « abusif » et « scandaleux » accroissement des inégalités. Les premiers ont obtenu chaque fois plus de bénéfices au détriment de tous les autres .

Et pour le monter , le journaliste de The Economist signale que alors qu’en 1980 les chiefs executives des 100 plus importantes entreprises britanniques percevaient 25 fois plus que l’employé type de leurs entreprises , aujourd`hui ils gagnent 130 fois plus. Les équipes dirigeantes de ces entités ont gonflé leurs revenus au détriment de leurs employés , recevant à la fois , en plus du salaire , des paiements à travers des actions , pensions , et autres privilèges et bénéfices…… De plus, la RB écarte l’argument selon lesquels ces rémunérations sont dues aux exigences du marché des talents , car la majorité de ces salaires scandaleux des dirigeants , ils se les sont attribués eux-mêmes , par le biais du contact qu’ils ont dans les Comités Exécutifs (Executive Boards) des entreprises .

Marx avait bien raison

Marx et Bagehot remettent en cause la légitimité des états , instrumentalisés par les pouvoirs financiers et économiques. L’expérience cumulée montre que le ménage pouvoir économique – politique a caractérisé la nature des états. La Rb se réfère , par exemple, au cas Blair (…) qui de dirigeant du Parti travailliste, une fois qu’il a quitté la charge politique , est devenu conseiller d’entités financières et de régimes imprésentables . En Espagne , on pourrait ajouter une longue liste d’ex politiques qui aujourd`hui travaillent pour les grandes entreprises , mettant à leur service toute la connaissance et les contacts acquis durant leur charge politique .

Autre caractéristique du capitalisme prédite par Marx – selon la RB – c’est la monopolisation croissante du capital , tant productif que spéculatif , qui se déroule  dans les pays capitalistes développés. Bagehot montre comment cette monopolisation est en train de se produire.

Et, si cela ne suffisait pas, Bagehot signale que Marx avait aussi raison quand il signala que le capitalisme par lui-même crée la pauvreté à travers la baisse salariale. En réalité , Bagehot précise que Marx parlait de paupérisation , un terme un peu exagéré mais vrai dans son essence car selon ce journaliste les salaires n’ont cessé de baisser depuis le début de la crise en 2008, de sorte que, au rythme actuel , la récupération tant criée sur les toits ne permettra pas aux niveaux de l’emploi et des salaires d’atteindre ceux d’avant la Grande Récession avant de nombreuses années .

En plus de ces grands prédictions , la rubrique Bagehot affirme que la présente crise ne peut s’expliquer sans comprendre les changements à l’intérieur du capital, d’une part , et l’accroissement de l’exploitation de la classe laborieuse, d’autre part, tel que l’avait noté Marx .

Le lecteur peut-il s’imaginer un grand journal espagnol , économique ou pas , permettre un article comme celui-ci ? The Economist est l’hebdomadaire libéral le plus important du monde . Et il développe cette idéologie . Mais certains de ses principaux journalistes sont capables d’accepter, après tout, que Marx, le plus grand critique du capitalisme, avait plutôt raison.

Cette rubrique et la personne qui en est responsable (Adrian Wooldrige) , ne se sont pas convertis au marxisme. Mais ils reconnaissent que le marxisme – qui dans ce pays (Espagne) fut défini par certaines voix comme dépassé , sans importance , ou pire encore – est un outil essentiel pour comprendre la crise actuelle.

Là où la RB se trompe , néanmoins , c’est à la fin de l’article , quand elle attribue à Marx des politiques menées par certains de ses partisans ………………….. En réalité , Marx laissa pour la fin son troisième volume , qui devait se centrer précisément sur l’analyse de l’Etat. Hélas , il ne put jamais le commencer . Par contre ce qu’il a écrit sur la nature du capitalisme s’est avéré juste , de sorte qu’on ne peut comprendre la crise sans recourir à ses catégories analytiques . La preuve de cela est clairement sans appel et le grand intérêt qui est apparu dans le monde académique et intellectuel anglo-saxon , surtout aux Etats-Unis et au Royaume Uni (où est publié the Economist) , en est un indicateur . Mais je crains que ce qui ce passe dans ces parties du monde , vous ne le verrez pas dans ce pays , où les grands moyens d’information sont principalement de désinformation et de persuasion ».

Source : Journal PUBLICO du 30.05.2017

 

Le Blog d’Algérie-infos

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*