Autres, Maroc

Les rifains ont fait preuve de maturité de par leur pacifisme (Aboubakr Jamai)

Aboubakr Jamai

Source : France24

La poursuite des manifestations dans la région du Rif, démontre que ce mouvement-là ne tenait pas seulement à son leadership. Zefzafi est aujourd’hui en prison et, pourtant, non seulement les manifestions demeurent dans le Rif mais aussi dans d’atres villes du Maroc puisqu’il y a eu des débuts de manifestations qui ont été réprimées à Rabat, Casablanca et dans d’autres villes.

Le dénominateur commun de tous les mouvements de contestation dans les pays arabes, c’était des jeunes qui cherchaient un emploi. Nous sommes face à une jeunesse dont les aspirations ne sont pas respectées, une sorte de désespoir social et économique et qui demande une réaction de l’Etat et de ses élites.

Au Maroc il y a eu des manifestations qui ont compris des dizaines de milliers de personnes sur des week-ends et des week-ends, dimanche après dimanche. Le point commun entre ce qui s’est passé en 2011 et aujourd’hui dans le Rif, c’est le pacifisme de ces manifestations. C’est assez extraordinaire de voir dans des pays où vous avez de tels taux de pauvreté et autres, de voir des manifestations en continue et pas un pare-brise de cassé, avec des demandes qui sont assez « précises » qui sont des demandes d’emploi, des demandes économiques et sociales. C’est un signe de la maturité de ces manifestants et ils comprennent très bien que si jamais ils recourent à la violence c’est le meilleur prétexte qu’on peut donner au régime d’utiliser des méthodes plus répressives.

La demande du Mouvement du 20 Février 2011 c’était la monarchie parlementaire. Or cet espoir était déçu. Finalement, il y a eu une réforme constitutionnelle au Maroc qui n’a pas amené le Maroc vers la Monarchie parlementaire puisque le Roi reste toujours une figure centrale. Il y a même des réformes très récentes de la justice et autres qui lui ont mis encore plus de pouvoir entre les mains de la monarchie.

Il faut donner le pouvoir au peuple à travers une démocratie représentative et délibérative avec des élites politiques. On n’est pas dans une espèce de lobby référendaire perpetuel qui pourrait ouvrir la porte à un populisme, qu’il soit islamiste ou autre. C’est la demande de ce mouvement.

Ce qui est intéressant encore une fois c’est qu’à chaque fois que les peuples de ces régions-là se sont exprimé, contrairement à ce qu’on pourrait penser aujourd’hui avec cette espèce d’ISIS, on a eu affaire à un panorama politique très diversifiée. Ce n’est pas vrai qu’il y a eu des ras-de-marées d’islamisme, ce n’est tout simplement pas vrai. C’était le mouvement le plus mobilisé, mais en face il y avait une bonne moitié de la population qui allait plutôt vers des mouvements autres qu’islamistes qui étaient peut-être moins unis mais qui propposaient une vision politique qui était tout autre. Et quand on parle d’islamisme au Maroc, il faut faire attention, parce que la première institution islamiste au sens stricte du Maroc c’est la monarchie. Le roi est roi, il a une grande partie du pouvoir politique et il règne en vertu de son ascendance prophétique.

L’Etat n’a pas le droit d’instrumentaliser la religion même si c’est parfois pour la bonne cause. C’est là où ça devient compliqué, c’est que ces Etats-là parfois ils utilisent le monopole de la religion pour mener des réformes qui peuvent paraître modernes mais ce qu’il faut bien savoir c’est que cette même arme qui permet cette révolution-là permet aussi des choses beaucoup moins acceptables.

Les mêmes causes menent aux mêmes effets. La question qui va se poser aujourd’hui c’est que les causes qui ont mené au Printemps Arabes au Maroc qu’est-ce qu’elles sont devenues aujourd’hui? Vous allez vous rendre compte qu’elles sont toujours là. Même si aujourd’hui le mouvement du Rif est réprimée une autre vague revenir parce que les problèmes essentielles n’ont pas été résolus.

Zefzafi a dit d’une façon très ostentatoire et très forte qu’il n’y avait pas de volonté de séparatisme. Il y a une composante identitaire, mais ce n’est pas une composante qui mene vers le séparatisme. C’est une composante qui peut évoluer vers une meilleure reconnaissance des droits culturelles mais non pas vers une reconnaissance des droits politiques particuliers.

Le problème c’est que l’Etat a perdu sa crédibilité parce que cette histoire de réforme constitutionnelle et de modèle, soi-disant, marocain, de dépassement du Printemps Arabe c’est un fusil à une seul cartouche et elle a été tirée.

Les citoyens du Rif savent que les promesses n’ont pas été tenues. On leur a dit que vous allez avoir une constitution super démocratique et elle ne l’est pas.  Un élément très important est que l’Etat quand il a réagi par rapport au Rif a très mal réagi. Il y avait même un sentiment de déjà vu par rapport à ce qu’a fait Ben Ali avec la Tunisie.

 

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