Selon un ex-ministre marocain: Le Maroc risque de s’installer dans une grave instabilité sociopolitique

Malgré toutes les tentatives de vouloir minimiser la grogne sociale qui secoue la région du Rif au Maroc, le mouvement ne cesse de prendre de l’ampleur et les craintes de voir toute la situation déraper au royaume, devient de plus en plus sérieuse et inquiétante.

En effet, le mouvement de protestation surnommé Hirak, qui a vu le jour depuis plus de huit mois suite au décès tragique d’un jeune marchand de poisson broyé par un camion-benne alors qu’il tentait de récupérer sa marchandise saisie par la police, ce mouvement a fait tache d’huile et a pris la forme d’une insurrection populaire marquée par des affrontements violents entre manifestants et forces de l’ordre et qui a déjà enregistré un décès après les blessures d’un jeune manifestant.
Les arrestations des leaders du mouvement et les procès expéditifs n’ont pas calmé les choses, loin de là et la colère est allée crescendo. Plusieurs ONG ont adressé de sévères critiques au Maroc pour sa politique de répression menée contre les protestataires, mais ceci n’a pas changé grand chose. Pire encore, les autorités marocaines ont décidé de faire le black-out sur ce qui se passe dans plusieurs villes de la région et ont chassé tous les journalistes venus de partout pour couvrir cette grogne populaire.
Mais les critiques allaient gagner l’intérieur du Maroc même et plusieurs voix se sont élevées pour critiquer cet état de pourrissement qui caractérise aujourd’hui le royaume. Ainsi, un ancien ministre marocain, a publié une tribune sur les pages de l’hebdomadaire «Jeune Afrique» où il a dressé un tableau noir sur la situation dans son pays, marquée par la corruption, l’injustice, l’humiliation et l’arbitraire. L’ex-ministre Said Saâdi, a aussi pointé les graves risques qui guettent le royaume face à tant de dérives. Il estime ainsi que le Maroc risque de s’installer dans une instabilité sociopolitique dont les conséquences seront dommageables pour l’avenir.
Pour l’ex-secrétaire d’Etat chargé de la Protection sociale, de la Famille et de l’Enfance «la persistance de ce mouvement social en dit long sur les faiblesses structurelles dont souffre le Maroc et qui provoquent régulièrement des protestations dans différentes villes et localités du pays». Il estime aussi que «la reprise des contestations populaires qu’illustre le Hirak du Rif, révèle également une crise de l’intermédiation politique traditionnelle et trahit la forte concentration des pouvoirs autour du Palais». Et pour conforter ce constat, il rappelle que «l’ancien chef du gouvernement Abdelillah Benkirane, a confié dernièrement au quotidien Akhbar Al Yaoum, ne pas avoir été associé à la conception du projet Al Hoceima, phare de la Méditerranée (lancé en octobre 2015), dont la non réalisation a attisé les tensions sociales dans le Rif.
Pour ce qui concerne les inégalités sociales et spatiales au Maroc, l’ex-haut responsable a indiqué que ces dernières «révèlent l’incapacité des choix économiques et sociaux des responsables à répondre aux attentes de la population». «Ainsi, sans remonter très loin dans le temps, les années 2000 ont vu prospérer une petite minorité proche du pouvoir politique qui a engrangé les bénéfices de la libéralisation et de la privatisation de l’économie marocaine sans que cela se traduise par des gains de productivité, par la création d’emplois décents ou par un meilleur développement humain» dira-t-il.
Une situation qui enclenche, selon les propos du même ex-haut responsable marocain, une forte concentration des richesses et une polarisation sociale qui ont fortement contribué au déclenchement du mouvement du 20 février 2011.
Une situation qui a amplifié la dégradation de la situation sociale de millions de Marocains et contribué à la recrudescence des mouvements sociaux et des manifestations dont 11 000 ont été recensés pour la seule année 2016, selon une récente déclaration du porte-parole du gouvernement.

Nabil.G

Ouest Tribune

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