En solidarité avec le mouvement populaire du Rif

Le 28 octobre 2016, Mohsine Fikri un jeune marchand de poissons mourait écrasé dans une benne à ordures. Il cherchait à récupérer sa marchandise qu’un policier avait jetée dans la benne.

C’est à partir de cette mort tragique, avec ce sentiment de l’être humain méprisé, traité comme un déchet par la police, que les manifestations ont démarré à Al Hoceima, chef-lieu du Rif au Maroc. Les manifestants exigeaient la vérité sur ce qui s’était passé.

Puis très vite le mouvement s’étendait à tout le Rif, la mort de Mohsine Fikri devenant l’expression d’une situation sociale dramatique1. Un mouvement populaire, massif et pacifique malgré une répression violente : deux morts par tir de grenades lacrymogènes – Imad El Attabi et Abdelhafid El Haddad – plus de 400 détenus dont des mineurs et des pratiques de tortures. Des prisonniers ont fait la grève de la faim pour protester contre les conditions de détention. Des condamnations allant jusqu’à 20 ans de prison ferme, dont 15 ans pour un mineur, ont été prononcées alors même que les manifestations sont pacifiques. Il s’agit d’une forme de punition collective. Les prisonniers, dont Nasser Zefzafi leader du mouvement, servent d’otages entre les mains du pouvoir pour arrêter le mouvement de protestation le plus important sous le règne de Mohamed VI.

La presse est muselée, des journalistes sont sous les verrous. Tout est fait pour étouffer le Hirak (révolte). Mais le mouvement se poursuit. La population du Rif, région délaissée qui ne voit aucune réalisation des projets de développement promis, a une longue tradition de fronde, de lutte pour sa dignité et la justice sociale. Se battant contre le colonialisme espagnol puis contre les troupes coloniales françaises, des dizaines de milliers de soldats, dirigées par Pétain en 1925, bombardant le Rif au gaz moutarde2

La crainte de la répression, la dégradation des conditions de vie, les perspectives bouchées et le désespoir conduisent des jeunes à s’enfuir vers l’Europe. Depuis le début du mouvement des centaines de rifains ont traversé la Méditerranée vers l’Espagne au péril de leur vie3.

Face à cette situation les organisations marocaines4 et internationales5 de défense des droits de l’homme se mobilisent, dénoncent les violations du droit, l’ampleur de la répression. La solidarité intermaghrébine s’est également manifestée, de nombreuses associations ont envoyé une délégation assister au procès qui se tenait le 17 octobre 2017. Celle-ci a été arrêtée par les forces de police et empêchée d’arriver à Al Hoceima. Un colloque s’est tenu à Bruxelles le 9 octobre dans l’enceinte du Parlement européen6.

En Europe et notamment en France des comités de soutien au mouvement populaire du Rif se créent dans différentes villes organisent des meetings de solidarité7, et dernièrement ont rendu hommage le 28 octobre à Mohsen Fikri.

On ne peut que constater l’absence de réactions du gouvernement français et de l’Union européenne dans une affaire qui concerne nos très proches voisins de l’autre rive de la Méditerranée. Est-ce l’effet « notre ami le Roi » ? Une bien ancienne complicité d’intérêts.

A cette solidarité de fait des gouvernants des deux rives il nous faut opposer une solidarité active des peuples des deux rives en multipliant les actions d’information, en interpellant le gouvernement et l’UE, en organisant des délégations d’avocats etc. en faveur des prisonniers. D’autant que les originaires du Rif en France font partie de notre classe ouvrière qui est internationale à l’image des migrations de travailleurs. Le soutien à la lutte pour la dignité et la justice sociale là-bas contribuera à l’union dans les combats ici sur ces mêmes valeurs. Une double raison donc pour agir et développer notre solidarité avec le Hirak du Rif, pour la satisfaction de leurs revendications, pour la libération de tous les prisonniers.

Robert Kissous

1 Cf. nombreux articles de Rosa Moussaoui dans l’Humanité

2 Cf. le dossier de Alain Ruscio dans les Cahiers de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT sur le rôle de la CGTU contre la guerre du Rif http://www.ihs.cgt.fr/IMG/pdf_CIHS_94_006.pdf et le livre de Pierre Sémard « la Guerre du Rif » publié par l’Humanité en 1926.

4 ASDHOM (Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc), AMDH (Association Marocaine des Droits Humains ) ainsi que ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France), AMF (Association des Marocains en France)

5 AI (Amnesty International), HRW (Human Rights Watch), FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme)

6 Organisé par l’eurodéputé Marie-Christine Vergiat, Front de Gauche GUE (Gauche unitaire européenne), en partenariat avec ASDHOM, RIF ALERT (Collectif d’associations de solidarité et des droits de l’Homme en Hollande), CMODH (Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains).

7 Cf. film de la réunion publique organisée par le Comité de Soutien au Mouvement populaire du Rif – Montpellier (CSMRM), l’ATMF et « Rencontres Marx » le 3 octobre 2017 à Montpellierhttps://www.youtube.com/channel/UCyCeFFNByiBzMCLCD44XrUg/videos?

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