Tunisie-Union Européenne : Nécessité d’un partenariat audacieux

Aujourd’hui, entre l’UE et la Tunisie, le temps est au bilan et à la réflexion. Des deux côtés, on cherche à savoir ce qu’on attend véritablement du partenaire. Selon le président du Réseau Euromed  Droit,  Michel Tubiana, l’UE ne fonde pas sa relation sur une véritable politique de voisinage
Souvent, pour illustrer les relations privilégiées entre l’Union européenne et la Tunisie, on raisonne en termes d’argent et de fonds transférés à la Tunisie. « L’aide à la coopération bilatérale allouée à la Tunisie pour la période 2011-2015 s’est élevée à 1,3 milliard d’euros ». Bien évidemment cet argent a servi à financer plusieurs projets de développement sur des thématiques très diverses et cela a d’ailleurs valu à l’UE un recadrage de la Cour des comptes européenne qui a estimé que cette aide était peu contrôlée et mal évaluée. Aujourd’hui, entre l’UE et la Tunisie, le temps est au bilan et à la réflexion. Des deux côtés, on cherche à savoir ce qu’on attend véritablement du partenaire.
Lors d’un grand séminaire récemment organisé par le Réseau Euromed, plusieurs personnalités ont pris la parole autour de cette question et ont exprimé la complexité des relations, en ce moment précis de l’histoire des deux partenaires. « Ce qui manque, c’est un bilan des rapports avec l’UE, avec un prisme tunisien », lancera Kamel Jendoubi, président d’honneur d’Euromed Droit et ex-ministre chargé des relations avec la société civile. En guise de provocation peut-être, Kamel Jendoubi note que la Tunisie n’a pas encore réfléchi si elle souhaite « inscrire son avenir dans le projet de l’UE ».  Selon lui, nos voisins immédiats dans le Maghreb ne sont pas tous sur la même longueur d’onde en ce qui concerne les relations avec l’UE.
Le président d’Euromed Droit, Michel Tubiana, de manière très franche et directe, a ainsi expliqué que l’UE cherche d’abord à protéger ses intérêts, ce qui est, d’un point de vue géostratégique, tout à fait normal. Ce qui étonne cependant Michel Tubiana, c’est ce qu’il considère être comme une « vision court-termiste » des relations de l’UE avec ses partenaires maghrébins.
« Jusqu’à présent, l’UE ne fonde pas sa relation sur une véritable politique de voisinage, note-t-il. D’ailleurs, les problèmes que l’UE cherche à éviter persistent, à l’instar de la crise migratoire ou du terrorisme ».
Pour sa part, l’ex-ministre de l’Économie et des Finances, Hakim Ben Hammouda, considère les négociations entre la Tunisie et l’UE sur le futur partenariat complètement à l’arrêt. Il donne trois raisons à ce surplace.

Conversion de la dette
« D’abord, la Tunisie ne dispose toujours pas d’un projet économique de transition et de transformation d’une économie dont le modèle de développement est essoufflé, explique-t-il. Toujours du côté tunisien, il n’y a pas de consensus national autour des priorités, que veut-on de nos partenaires ? Ensuite, la coopération entre l’UE et la Tunisie est aussi basée sur une mondialisation qui montre aujourd’hui ses limites. Elle a créé une instabilité financière, écologique, sociale avec les inégalités, et a provoqué également la montée en puissance des populismes. Enfin, du côté européen maintenant, un manque d’audace dans le traitement des révolutions, puisque depuis, il n’y a pas eu un véritable changement d’attitude ». Au passage, il rappelle que les promesses du G8, en 2011 à Deauville, n’ont pas été tenues.
Pour être constructif, Hakim Ben Hammouda préconise un partenariat audacieux, qui permette notamment aux industriels tunisiens d’accéder au marché européen. Aussi, il appelle l’UE à convertir ses dettes envers la Tunisie, car, dit-il, «nous sommes financièrement étouffés ». « Cette revendication n’est pas utopique, d’autant plus que plusieurs pays l’on fait de manière unilatérale».  Hakim Ben Hammouda lance également l’idée d’un remboursement annuel de la dette indexée sur les taux de croissance réalisés. « Lorsque nous réalisons un taux de croissance de 1% nous ne pouvons pas payer autant que lorsqu’on réalise une croissance de 5% », précise-t-il.