Y a-t-il quelque chose à attendre des Européens ?

Le Sommet UA-UE s’est ouvert hier à Abidjan: Y a-t-il quelque chose à attendre des Européens ?

Le travail de «vassalisation» de l’Afrique a connu un échec, puisque les tentatives d’empêcher la République Sahraouie n’ont pas abouti. Le problème de la dernière colonie d’Afrique se pose avec force lors de ce sommet.

Les entités politiques des deux Continents qui se font face et qui partagent une très longue et douloureuse histoire commune, se sont rencontrés hier, dans la capitale ivoirienne, Abidjan. En effet, le Sommet UA-UE, cinquième du nom, a ceci d’intéressant, est qu’il regroupe quelque 83 pays entre Africains et Européens. Dans le lot de cette grande messe diplomatique où des dizaines de chefs d’Etats ont décidé d’y prendre part, il y a sans doute du bon, mais également beaucoup d’intérêts à sauvegarder et de pré-carrés à défendre. Bref, un tel Somment, totalement asymétrique, entre un nord riche et développé et un sud pauvre et sous-développés, il n’y a que très peu de marge pour une discussion d’égal à égal. Le décor déjà planté par le président français Emmanuel Macron, avant-hier à Ouagadougou, promet un Sommet à sens unique, avec une Europe envahissante et une Afrique qui subit ses assauts. Les «leçons de développement» asséné par Macron aux sociétés africaines n’est, en réalité, qu’un premier aperçu de l’atmosphère du Sommet. Paris qui, en raison de son «riche» passé colonial, est assimilé à la locomotive de l’Europe sur les questions africaines, n’a visiblement pas l’intention de changer quoi que ce soit au rapport de domination qu’elle exerce sur de nombreux pays africains qui lui sont acquis depuis des décennies. Il n’y a qu’à voir le soutien très «intéressé» qu’elle apporte au Maroc sur la question du Sahara occidental pour s’en convaincre.
Il se trouve que sur ce sujet, le travail de «vassalisation» de l’Afrique a connu un échec, puisque les tentatives d’empêcher la République Sahraouie n’ont pas abouti. Le problème de la dernière colonie d’Afrique se pose avec force lors de ce sommet. D’ailleurs, le Front Polisario en appelle à toute l’Union européenne pour favoriser une solution juste et en phase avec les décisions de l’Onu à la question de décolonisation. Cette même UE qui s’est vu signifier par la Cour de justice européenne l’irrégularité d’intégrer le territoire sahraoui dans les accords d’association avec le Maroc. C’est dire qu’au delà des questions économiques et sécuritaires, la cause sahraouie est bel et bien présente à ce sommet.
Il reste qu’on voit mal l’ensemble des pays de l’UE, dont deux sont membres du Conseil de sécurité de l’Onu (la France et la Grande Bretagne), afficher une position tranchée sur le sujet. Ce serait d’ailleurs la preuve que les Européens n’ont pas en tête les intérêts des Africains. En soutenant un Etat colonial, il freine le processus de décolonisation du Continent noir. Faut-il y voir un signe pas très positif des intentions des Européens ? Il est clair que la réponse est «oui».
Cela étant, entre l’Afrique et l’Europe, il y a également des échanges économiques à densifier, au-delà de toute considération politique. Mais au vu du positionnement des pays de l’UE et de leur propension à ne voir l’Afrique que comme un réservoir de matière première, il y a de fortes chances à ce que cela n’aboutisse pas dans l’immédiat. Il faut dire qu’en l’état actuel des choses, les pays africains sont encore loin d’être en position d’imposer quoi que ce soit. Sauf qu’ils disposent d’une «arme» très intéressante à travers la coopération qu’ils développent avec la Chine. L’implication directe de ce grand pays affole quelque peu les Européens qui tentent de trouver une parade en détournant les Africains.
Représentée par son Premier ministre à ce sommet, l’Algérie, puissance régionale incontestable du Continent noir, aura la difficile mission de conduire l’ensemble des pays membres de l’UA à parler d’une même voix sur des questions aussi cruciales que la lutte antiterroriste, l’immigration clandestine ou encore la nécessaire coopération avec les Européens pour construire un partenariat gagnant-gagnant.

Smaïl Daoudi

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