Une conférence nationale, pourquoi faire ? : 10 jours pour sauver l’Algérie

Chaouki Mechakra

Pour brutale qu’elle soit, la question mérite d’être posée. En effet, ses revendications de base sont en passe d’être digérées par le pouvoir qui y trouve une issue de secours inespérée à ses errements. Ne lui connaissant pas des aptitudes innées à se montrer conciliant avec les manifestations encore moins à ne pas les réprimer, il apparaît évident que ce mouvement le sert plus qu’il ne le dessert, notamment aux yeux des opinions internationales. Ne fait-il pas siennes, les félicitations et les marques de sympathie engrangées par ce mouvement qui a « émerveillé » le monde par son comportement civilisé et pacifiste inédits. Ces relais ont même osé dire que ce niveau de maturité est le fait de vingt années de règne de Bouteflika. Rien que cela !

De l’important et de l’essentiel

Aux yeux de certains observateurs avertis, le Hirak a été sournoisement détourné par une sur-médiatisation quasi hollywoodienne, faisant passer en second plan la revendication essentielle, à savoir le retrait de la candidature de Bouteflika d’une part et le changement sans conditions du système.

Si la première partie de ce vœu a été exaucée sous la pression de la rue, la seconde a subi un noyautage qui fait superbement « balader » analystes, journalistes, activistes…

En effet, le fait que le pouvoir ait réussi à vendre son idée de conférence nationale qui fait désormais l’objet d’études de faisabilité sur les plateaux de télévision, est en soi une défaite pour le Hirak et les naïfs citoyens qui y participent sincèrement.

De fait, il a fait naître une crise politique qu’il a jeté à la rue, à charge pour elle de la prendre en main, la gérer et lui trouver une solution. Machiavel n’aurait pas fait mieux, surtout qu’il s’agissait tout simplement en renonçant à la reconduction de Bouteflika, de le contraindre à laisser le cours du processus électoral se poursuivre ou au pire de démissionner.

Dans les deux cas, l’Algérie, Etat, nation et société auraient été sous la protection de la Constitution en vigueur, ne laissant aucune place à un quelconque aventurisme dont on connait la date de départ, mais pas celle de la fin.

Sursis pour les uns, usure pour les autres

Cette option du pouvoir pour rallonger un mandat par usurpation n’est pas une fatalité. Il reste aux Algériens et aux candidats dont les dossiers ont été archivés par le Conseil Constitutionnel, un délai d’une dizaine de jours pour dénoncer ce coup de force et cette prise d’otages lamentablement revendiquée par des acteurs politiques aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pouvoir. Car faut-il le rappeler, le pouvoir de M. Bouteflika et ses démembrements, nous contraignent à vivre et accessoirement solutionner une crise qui n’a pas lieu d’exister, constitutionnellement parlant. En s’attribuant ce délai de grâce, les concepteurs de cette déviance politique misent sur l’essoufflement et l’usure des manifestants et ils sauront le moment venu, user de leur « joujou » répressif pour, une fois encore, tuer dans l’œuf une révolution naissante.

Cerise sur le gâteau, en prônant cette conférence nationale inclusive avec toutes les couches de la société, ne voilà-t-il pas que les anciens du FIS sont les premiers à répondre à l’appel de « Fakhamatouhou » ?

C’est du reste là, que le rejet pur et simple de cette « initiative » devient, à son tour, un devoir national pour les 200.000 morts de la décennie noire. Toute solution autre que la poursuite du processus électoral ou la démission de Bouteflika, ferait de ses auteurs des personnes coupables de haute trahison. Nous ne sommes pas des mineurs Messieurs les auto-proclamés tuteurs. Nous pouvons aller vers un candidat, fut-il inconnu, que de vous subir encore pour un temps indéterminé. La récréation est finie.

C. Mechakra

Le Provincial, 15 mars 2019

Tags : Algérie, Présidentielles 2019, Bouteflika,


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