A la veille du vote au conseil de sécurité, une visite «privée» de Mohamed VI en France des plus opportunes

De l’usage des visites « privées » de Mohamed VI en France. Une terminologie impropre puisqu’il s’agit d’une pratique de diplomatie parallèle, dont semble jouer le roi : après sa visite « privée » en mai 2012,ce qui en a fait le premier chef d’état reçu par Hollande, voici son arrivée dimanche soir semble-t-il dans son château de Betz, dans l’Oise.
A l’appui de l’idée que ces « visites privées » sont tout sauf des parties de vacances, le contexte dans lequel le roi se déplace en France. Comme en janvier 2011 –c’était alors l’émergence des « printemps arabe », la venue de M6 en mai 2012 et de dimanche dernier doit être analysée au regard du contexte international. Sujet ô combien sensible, le sahara occidental est au menu de ces rencontres qui ne manquent pas de ponctuer le séjour dans l’Oise.
En mai 2012, M6 venait se rassurer auprès du nouveau président français alors que la nomination de Ayrault inquiétait le Maroc. On se souvient d’un courrier de l’ex-Premier ministre de mars 2011, soit un an avant l’élection de François Hollande, dans lequel celui qui était alors président du groupe PS à l’assemblée nationale évoquait « l’occupation » du Sahara occidental par le Maroc et du « droit à l’autodétermination des peuples colonisés ».
Des mots chocs rompant avec la sémantique habituelle du pouvoir français.
La position de François Hollande était également une source de perplexité pour le roi. On le disait, lui comme des éléments de son entourage, assez proche de l’Algérie. Reçu tout de même en présence de la Garde royale, le « visiteur privé » a entendu les paroles qu’il affectionne particulièrement : « Le chef de l’Etat a salué le processus de réforme démocratique, économique et sociale en cours dans le royaume à l’initiative de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ».
Le soutien de son ami de toujours…
Un an après, lors de la visite -officielle celle-ci- du président français au Maroc les 3 et 4 avril 2013, les mots prononcés devant les parlementaires marocains par François Hollande devaient finir de rassurer complètement Mohamed VI :

« Le plan présenté en 2007 par le Maroc prévoit un statut de large autonomie pour la population du Sahara occidental. Je le redis ici : c’est une base sérieuse et crédible en vue d’une solution négociée. » (standing ovation) Avant de conclure en apportant sa petite touche personnelle : « Mais, d’ici là, tout doit être fait pour améliorer les conditions de vie pour la population de cette région ».

Demain, 23 avril, le conseil de sécurité de l’ONU va plancher sur ce conflit qui envenime les relations algéro-marocaines, au coeur duquel la France est plongée de fait.
Cette visite impromptue, qui succède à une autre visite « privée » (faut-il l’entendre comme un déplacement non officiel et dans ce cas non financé par l’Etat marocain ?), à Dakhla, ville du sud du Sahara occidental, doit venir garantir le royaume de recevoir une nouvelle fois le soutien de son allié de toujours, et, in fine, le rejet de la création d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme.
RFI voit dans la visite du roi à Dakhla une manière de célébrer -en terres « marocaines »- le succès de la diplomatie marocaine, qui aurait obtenu auprès de Barack Obama et de plusieurs pays (africains notamment) l’assurance que le Conseil de sécurité rejetterait une nouvelle fois la demande d’étendre le mandat de la MINURSO en lui conférant un rôle de surveillance des droits de l’homme. Un projet de résolution rédigé par les USA ne mentionnerait pas, contrairement à l’année dernière, la possibilité d’une telle extension.

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