Algérie : Le singulier destin de Ahmed Gaïd Salah

Algérie : Le singulier destin de Ahmed Gaïd Salah

Sa disparition subite a suscité la consternation : Le singulier destin de Ahmed Gaïd Salah

Durant près d’une année, il aura été la principale personnalité politique d’une Algérie entrée dans une phase d’instabilité chronique. Et qui cherche toujours à s’en extirper. Au-devant de la scène, notamment lors de la démission forcée de Bouteflika et depuis, dans la gestion d’une crise politique qui aurait pu emporter le pays, Ahmed Gaïd Salah incarnera jusqu’au bout la première personnalité du pouvoir en Algérie.

Ahmed Gaïd Salah, à la tête de l’Armée algérienne depuis 2006, est devenu au fil du temps un personnage clé du pouvoir algérien. Il l’était déjà durant le règne de Bouteflika, il deviendra encore plus important après le départ de ce dernier dans les conditions que l’on sait. L’Algérie a littéralement basculé du système Bouteflika vers celui de Gaïd Salah, donnant à ce dernier la stature « officieuse » du premier responsable du pays.

A la tête de la principale institution du pays, il deviendra l’acteur politique inévitable de la crise nationale. Et celui qui donnera le tempo. Le mouvement de contestation en a d’ailleurs fait une cible privilégiée chaque mardi et vendredi, ce qui ne plaisait évidemment pas à ses partisans qui y voyaient celui qui a mis fin au « règne de la mafia ».

Après l’investiture de Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat, l’homme dont le nom incarnait l’Armée, colonne vertébrale du système algérien, semblait aux anges. Il venait de remporter une grande victoire contre ses adversaires politiques. Un succès qui devait lui assurer un repos mérité après une phase des plus délicates. Mais le destin semblait lui préparer un retrait imprévu.

Avec sa disparition Gaïd Salah aura marqué la crise politique post-Bouteflika. Ses discours devenus réguliers après la démission forcée de Bouteflika se sont installés dans le quotidien politique algérien. Scrutées et attendues, ses sorties sur le terrain suivies de discours, mêlant les questions militaires et l’actualité politique, auront marqué la vie politique récente. Ses critiques contre la « issaba » et les réfractaires à l’organisation de l’élection présidentielle qu’il poussera jusqu’au bout, sont devenues de véritables « programmes » politiques.

Lors des derniers dix mois qui ont ébranlé l’Algérie, durant lesquels le pays a subi de surprenantes décisions et des développements inattendus, Ahmed Gaid Salah aura joué un rôle primordial. Qui aurait imaginé l’emprisonnement de personnalités aussi lourdes que le général Toufik, le général Tartag ?

La signature de Gaïd Salah paraîssait en filigrane dans chaque grande décision prise durant la phase de flottement du pays. Certains n’hésitent pas à rappeler que sa mort aurait pu survenir avant l’élection du nouveau Président ou même entre deux tours d’un scrutin incertain. Un scénario qui aurait été catastrophique pour un pays particulièrement fragilisé par la crise et le vide institutionnel.

La disparition subite de Gaïd Salah laisse songeur par le timing. Son destin singulier aura voulu qu’il « accomplisse sa mission », celle de veiller à l’organisation d’une élection présidentielle contre vent et marée.

La mort de Gaïd Salah en exercice d’une fonction cruciale, pour un pays nommé Algérie, ne saurait être exempte d’effets, tant l’homme le plus puissant du pays paraîssait incontournable.

ReportersDz, 24 déc 2019

Tags : Algérie, Gaid Salah, Hirak, Abdelmajid Tebboune,

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