Contribution : A propos de l’assassinat de George Floyd

Contribution : A propos de l’assassinat de George Floyd

Si les deux candidats aux présidentielles américaines ont dénoncé l’assassinat de George Floyd, ils ne l’ont fait que mollement et sous la contrainte. En racontant des banalités sans aucun intérêt. Biden a parlé de  » pêché originel qui souillait la nation… de plaie béante du racisme… Il a promis que justice serait rendu ».

Trump a lui aussi tenu la corde que lui avait tendu son adversaire en racontant les mêmes balivernes :  » la famille de George a droit à la justice… Je comprends leur douleur. »

Les deux candidats ont évidemment réagi par pur intérêt électoraliste, parce que le vote de la communauté afro-américaine peut faire pencher la balance dans un sens où dans l’autre au soir du premier mardi de novembre 2020. Mais ni Biden ni Trump n’ont demandé de poursuites judiciaires contre Derek Chauvin. Encore moins sa mise en détention.

Ensuite, ce sont les échelons inférieurs du pouvoir racistequi ont organisé la contre-offensive habituelle en vue d’inverser la responsabilité des acteurs de ce drame en tentant de dédouaner l’assassin et ses complices tout en cherchant à criminaliser George Floyd.

Quelques heures après la mort de ce dernier, la police de Minneapolis avait présenté elle aussi de molles excuses à la famille du défunt et ajouté qu’elle avait licencié les quatre policiers impliqués dans l’assassinat, sans annoncer de poursuites judiciaires contre eux et sans les arrêter. Et c’est cela qui a mis le feu à la ville.

Pour la police, la sanction d’un des leurs pour l’assassinat d’un Noir c’est un simple licenciement.
De plus la police de Minneapolis a éprouvé le besoin de finir le travail entamé par Derek Chauvin en salissant la mémoire de George Floyd et en le criminalisant en racontant une histoire bidon comme quoi il avait été interpellé pour avoir tenté d’écouler… un faux billet de 20 dollars en ajoutant qu’il avait résisté à son arrestation.

La police avait tellement conscience qu’elle allait créer de violentes réactions de frustration dans la communauté noire qu’elle avait mis en garde celle-ci, en lui demandant de garder son calme et de ne pas manifester. Mais en sachant parfaitement que son mot d’ordre ne serait pas respecté puisqu’elle avait dans la foulée mobilisé quasiment tous ces hommes. Autrement dit, après le crime d’un des leurs, la police s’est mise sur le pied de guerre pour en découdre avec les Noirs. La mécanique de la machine à réprimer s’est alors mise à fonctionner sur le mode pilotage automatique.

Après une nuit d’émeute, le maire de Minneapolis Jacob Frey déclare envisager de faire appel à la garde nationale. Le gouverneur du Minnesota met en garde contre une « situation extrêmement dangereuse » qui pourrait glisser. Mais la frustration des Noirs est à son comble. Une deuxième, puis une troisième nuit d’émeute. Avec des foyers qui naissent ailleurs dans le pays. À Los Angeles notamment. Trump peut alors tomber le masque et s’adonner à son sport favori : Haïr les Noirs, les vomir et les menacer.

Il tweete : « Si le très faible maire de la gauche radicale de Minneapolis Jacob Frey ne se ressaisit pas j’enverrai la garde nationale faire le travail correctement. Ces voyous déshonorent la mémoire de George Floyd. Je viens de joindre le gouverneur Tim Waltz pour l’assurer que l’armée était à sa disposition. Dans tous les cas nous reprendrons le contrôle parce que quand il y a pillage il y a nécessairement coups de feu. Merci ».
Donald Trump appelle ainsi ouvertement à tirer sur des Noirs. Ses propos sont jugés tellement violents que la plate-forme efface son tweet.
Rien de bien surprenant, cependant chez ce sombre personnage, ce n’est pas la première fois qu’il tient une telle réthorique. Durant sa première campagne présidentielle il avait déclaré au cours d’un meeting à propos des Noirs sans les citer parce que tout le monde avait compris qu’il s’agissait d’eux:  » Dans le bon vieux temps on les aurait correctement bastonné et l’affaire aurait été rapidement réglée ».

La nouveauté avec l’assassinat de George Floyd c’est que Mélania vient de faire son coming out : « Notre pays autorise les manifestations pacifiques mais il n’y a aucune raison d’utiliser la violence ».
La seule violence que cette dame pourtant immigrée des Balkans a vu au cours de cette dramatique affaire est celle des émeutiers qui ont détruit des biens matériels et non la vie que Derek Chauvin a enlevé à un être humain sans raison autre que sa haine pathologique et irrationnelle des Noirs.

Le pouvoir blanc a toujours fonctionné ainsi, il invisibilise les violences des Blancs faites aux Noirs tout en criminalisant les réactions de légitime défense des Noirs. Pour pouvoir continuer à violenter des Noirs toujours et toujours depuis maintenant plus de 5 siècles.
Et je doute que ce pouvoir puisse cesser de lui-même un jour d’écraser de réprimer et de tuer du Noir.

Parce que comme l’a expliqué feu le doyen James Baldwin que je me permets de paraphraser ici: si ce pouvoir s’arrêtait pour se regarder dans la glace et s’analyser il serait terroriser par le monstre qu’il verrait en face de lui.

Ahmed Nougbo

Tags : Etats-Unis, racisme, George Floyd, Minneapolis, communauté afro-américaine,

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