Etude comparative des dépenses militaires et des enjeux sécuritaires des différents pays d’Asie pacifique

Etude comparative des dépenses militaires et des  enjeux sécuritaires des différents pays d’Asie pacifique

Dans un contexte d’intégration, d’interdépendance économique et d’interconnexions étatiques de la région, les États sont confrontés à de nouveaux défis communs, tels le terrorisme et la sécurité de leurs approvisionnements énergétiques. A ce titre, l’Asie-Pacifique est aujourd’hui le théâtre de nombreux défis sécuritaires ce qui se traduit notamment par une forte augmentation des achats d’armement militaire.

En outre, la perception d’une puissance américaine déclinante, au bénéfice d’une Chine de plus en plus affirmée, génère une augmentation quasi-généralisée des dépenses militaires régionales.

La région connaît-elle de ce fait une course aux armements ?quels sont les motivations et enjeux sous jacents à cet armement progressif ?

Ces évolutions militaires et stratégiques s’avèrent à la fois complexes et inhérentes à chaque pays quant à leurs portées et leurs motivations.

Contexte régional

L’Asie-Pacifique rassemble plus de la moitié de la population mondiale

Cette région concentre deux tiers des budgets militaires mondiaux.

Elle compte six États nucléaires.

Les litiges territoriaux y sont nombreux et l’architecture de sécurité régionale reste toujours en voie de concrétisation.

La géopolitique et l’histoire sont les deux facteurs qui ont façonnés les logiques militaires desdits pays.

Au niveau international, la géographie de l’Asie du Sud-Est fait de la région, un enjeu géopolitique majeur pour les grandes puissances :

– Ses détroits possèdent une place primordiale dans le commerce régional, sinon mondial.

– Ceux de Malacca, de la Sonde et de Lombok voient transiter 58 % du commerce mondial ainsi que la majeure partie des approvisionnements en hydrocarbures de la Corée du Sud, de la Chine et du Japon.

Au-delà, la région représente, en 2012, un produit intérieur brut (PIB) cumulé estimé à 2 300 milliards de dollars, un montant qui pourrait atteindre 10 000 milliards de dollars en 2030 et qui se traduit par des budgets militaires en hausse et d’ambitieux programmes d’armements.

1. L’ascension de la puissance chinoise et le « rééquilibrage » américain

L’Asie du Sud -Est a paradoxalement subit et profité le plus des conséquences de la montée en puissance de la Chine.

La politique chinoise de bon voisinage – appelée « diplomatie du pourtour »– a permis le développement des liens politiques et commerciaux avec la région.

En 2009, la Chine devenait le premier partenaire commercial de l’Asie du Sud-Est et l’est restée.

Mais de nouvelles inquiétudes ont émergé en Asie du Sud-Est quant aux ambitions d’une Chine à la politique étrangère affirmée qui se sont manifestées par une multiplication des « accrochages » avec plusieurs pays frontaliers, à l’image du Vietnam et des Philippines.

En mer de Chine méridionale, ces événements ont donné lieu à un resserrement des liens entre pays de la région (cf. ASEAN), en vue de négocier avec la Chine dans un cadre multilatéral plutôt que bilatéral et afin, à terme, de contrebalancer l’influence chinoise.

Pour sa part, la Chine  a continué à développer ses capacités militaires : une base pour sous-marins sur l’île de Hainan, nouveaux navires de combat…

En réaction à ses évolutions, et pour consolider leur prééminence dans la région, les États-Unis se sont engagés dans un effort de « rééquilibrage » vers l’Asie tant dans leur action militaire, que diplomatique, politique et économique, depuis janvier 2012.

Cette rivalité sino-américaine est aujourd’hui un trait structurant de la stratégie poursuivie en Asie du Sud-Est : les États de la région trouvant dans cet antagonisme, l’opportunité de diversifier leurs partenariats.

D’une manière générale, la quasi-totalité des États de la région ont réévalué leur relation avec les États-Unis dans le domaine sécuritaire.

Néanmoins, des incertitudes persistent quant à la pérennité du réengagement américain dans un contexte de crise économique, ce qui incitent les États de sud-est asiatique à rechercher une voie médiane entre les deux grandes puissances (Chine, USA).

2. Budgets militaires régionaux en quelques chiffres

En 2012, les dépenses militaires en Asie du Sud-Est ont atteint une valeur cumulée de 33,677 milliards de dollars US.

Collectivement, l’Asie du Sud-Est représente le 11ème budget militaire mondial en 2012, derrière l’Italie (34 milliards de dollars), mais devant le Brésil (33,14 milliards de dollars) et la Corée du Sud (31,6 milliards de dollars).

Dû au caractère hétérogène des dépenses militaires, il existe un fossé entre les « cinq grands »-à savoir Singapour, l’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie et le Vietnam- qui représentent ensemble 89,18% des dépenses militaires d’Asie du Sud-Est en 2012, et les autres pays (Philippines, Brunei, Cambodge, Timor-Leste).

​ 3. Évolution des dépenses militaires au niveau régional et mondial

Globalement, les dépenses militaires en Asie du Sud-Est ont augmenté de 37% entre 2002 et 2013.

Sur l’ensemble de la dernière décennie, c’est en Asie et Océanie que les dépenses militaires ont le plus augmenté (+91,64%), devant l’Europe de l’Est et la Russie (+87%), l’Afrique (+77,33%), l’Amérique du Nord (+68,67%), l’Amérique latine, centrale et Caraïbes (+57,21%), le Moyen-Orient (+22,73%)37 et l’Union européenne (-0,92%).

En termes d’évolution sur l’ensemble de la décennie (2000-2012), l’Asie du Sud-Est est la sous-région ayant le plus augmenté ses dépenses militaires avec une hausse de 111,71%, devant l’Asie du Nord-Est (+102,63%), l’Asie du Sud (+67,82%) et l’Océanie (+39,96%).

4. au niveau sous-régional: une hausse globale et des disparités

Les tendances exprimées à l’échelle de la région cachent de grandes disparités entre pays, comme le démontre le graphique ci-dessous :

Ces hausses s’expliquent par l’existence de contextes nationaux spécifiques, et ne s’apparente pas à une « course aux armements ».

En effet, les dépenses militaires des pays d’Asie du Sud-Est sont fonction de leurs performances économiques, et en corrélation avec les dépenses militaires chinoises.

5. Focus sur les principaux pays de la région

Les contextes relèvent de la spécificité nationale : ils sont très différents tout en ayant des convergences. Etudes des « cinq grands » de la région et focus sur quelques autres pays de la région.

L’Indonésie

Dans le cas indonésien, la hausse spectaculaire des dépenses militaires s’ancre dans une politique d’acquisition d’une « force minimale essentielle »

Pour patrouiller un espace maritime gigantesque estimé à environ 5,8 millions de km2, Jakarta ne dispose par exemple que de 150 navires – dont un grand nombre sont obsolètes

Au-delà, le pays doit faire face à l’instabilité chronique de plusieurs de ses provinces (principalement en Papouasie), et aux défis sécuritaires de Jakarta tels que le terrorisme et le fondamentalisme religieux qui se sont imposés après les attentats de Bali de 2002.

Le budget militaire indonésien est ainsi passé de 2,25 milliards de dollars en 2004 et dépasser les 8 milliards de dollars en 2013.

Le pays a également l’ambition de se doter d’une flotte de haute mer à l’horizon 2024.

Singapour

À Singapour, les investissements en matière militaire sont restés à la fois élevés et constants au travers de la dernière décennie, et illustrent l’importance qu’accorde la cité-État à sa politique de défense

Confrontée à des tensions récurrentes avec ses voisins, dont la Malaisie à propos de litiges territoriaux ou de son approvisionnement en eau, Singapour fait reposer sa sécurité sur un concept de « défense totale », et sur l’avantage qualitatif de ses forces armées

Le troisième programme de modernisation de leurs capacités militaires se traduit notamment par de nouvelles capacités de projection de puissance.

Leur mission : assurer la paix et la sécurité du pays par la diplomatie couplée à la dissuasion.

En 2012, la politique étrangère et de sécurité représentait 31,4% des dépenses officielles du gouvernement

Sa politique militaire s’explique par une adéquation du budget militaire avec son succès économique, et la prise en considération de sa vulnérabilité résultante de son territoire très limité et sa population réduite.

La Thaïlande

La Thaïlande est confrontée à des défis sécuritaires d’ordre interne et frontalier.

Bangkok est en effet confrontée à une rébellion dans le sud du pays, qui aurait fait plus de 4 100 morts et 7000 blessés entre 2004 et 2012

Le pays est également très préoccupé par les enjeux de la criminalité transfrontalière (le trafic d’amphétamines en provenance du Myanmar notamment) et les catastrophes naturelles.

La Thaïlande entretient avec le Myanmar et le Cambodge des inimitiés historiques doublées de confrontations à propos de leurs frontières respectives.

En outre, le poids politique de l’armée, un autre point partagé par plusieurs voisins régionaux, a certainement contribué à une hausse de 7% du budget militaire national pour 2013.

La Malaisie

Aspect purement défensif de leur modernisation militaire

Les principes sur lesquels repose sa sécurité sont l’autonomie, la coopération régionale et l’assistance étrangère.

Le Vietnam

Le programme de renforcement militaire vietnamien contemporain est souvent considéré comme essentiellement déterminé par la montée en puissance chinoise

Le Vietnam a développé un concept de « défense nationale de tout le peuple » qui s’inscrit dans une stratégie « du faible au fort » : force asymétrique de la menace perçue

Son livre de la défense 2013, met l’accent sur les menaces « non-traditionnelles » ainsi que sur l’interdépendance économique et l’ampleur des besoins en matière de modernisation des forces ainsi que la vocation défensive de la stratégie militaire nationale.

Focus : Inde, Pakistan : la convoitise du Cashmire

L’Inde revendique la totalité du Cachemire. Jusqu’à présent, elle a toujours refusé d’organiser le référendum d’autodétermination prôné par l’ONU.

Le budget militaire de l’Inde s’élève à 46,8 milliards de dollars en 2013 et d’ici 2020, ses dépenses militaires devraient dépasser celles du Royaume-Uni, de la France ou encore du Japon.

Le Pakistan, considère qu’il a naturellement vocation à exercer sa souveraineté sur le Cachemire, dans la mesure où l’essentiel de la population en est musulmane. Il nie toute légitimité aux ambitions indiennes sur ledit territoire.

Le Pakistan a augmenté les dépenses de défense dans son budget pour l’année fiscale 2013-14 à 6,32 milliards de dollars, soit une hausse de près de 15% par rapport à l’année précédente.

Le Japon

Dans un contexte de tensions exacerbées avec la Chine, le Japon revoit ainsi à la hausse son budget militaire : Tokyo a relevé de 5% ses dépenses militaires « afin de mieux protéger ses territoires insulaires ». Le budget alloué à la défense entre 2014 et 2019, sera désormais de 175 milliards d’euros, (soit 48 milliards de dollars de dépense liés à la défense pour cette année), en vue de l’achat de drones, d’avions à décollage vertical, de véhicules amphibies et de sous-marins.

Le Japon s’est dit ainsi vouloir se doter «de forces de défense conjointes dynamiques» capables d’affronter une invasion combinée dans les airs, sur mer et sur terre.

Conclusion :

Les programmes militaires nationaux sont dépendants d’une part, de la croissance économique et d’autre part, des équilibres de force au sein de la vie politique interne des différents pays.

Ils sont également liés à une volonté partagée de développement d’une industrie de défense au niveau endogène.

Au niveau international, ces programmes sont présentés par lesdits États comme défensifs dans leur conceptions et leur portée, et non en vue d’une course aux armements.

La plupart des dépenses et achats militaires sont justifiés par des questions de :

– modernisation,

– dissuasion,

– prestige,

– lutte contre la piraterie et trafics en tous genres,

– contrôle des voies de communication maritimes, de surveillance des côtes,

-prévention des pollutions,

-réponse aux catastrophes naturelles

Plus que les budgets militaires en eux-mêmes, c’est l’acquisition de capacités offensives par les armées de la région qui est problématique.

En effet, tout développement militaire significatif peut être perçu comme une menace et générer des réactions similaires chez des voisins, prendre la forme d’une course aux armements et créer les conditions d’un conflit.

Au total, 89% des armes importées par l’Asie du Sud-Est entre 2007 et 2013 ont un rôle essentiellement maritime.

Cette modernisation militaire, ses moteurs et ses conséquences restent néanmoins dans les limites fixées par la diplomatie des différents pays de la région et la quête partagée d’un équilibre entre puissances extérieures, clé de voute à une sécurité régionale durable.

Tags : Armement, armée, Asie du Pacifique, Vietnam, Singapour, Thaïlande, Malaisie,  Inde, Indonésie, Japon,

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