Etude sur les possibilités du Maroc avec la CEN-SAD

Etude sur les possibilités du Maroc avec la CEN-SAD

En quête d’une alternative à l’Union Africaine, le Maroc a engagé le cabinet Capital Consulting Group, dont le siège se trouve à Casablanca, en vue d’analyser les potentialités de la CEN-SAD et la BSIC et comment le Maroc peut capitaliser cette organisation. Voici son rapport à ce sujet :

Analyse des potentialités diplomatiques et économiques de la CEN-SAD et de la BSIC pour le Maroc

Maroc – Afrique : contexte et perspectives

Malgré son absence de l’Union Africaine depuis 1984, le Maroc a résolument placé le partenariat sud-sud au centre de ses initiatives diplomatiques à travers le développement de relations bilatérales fortes.

Dates clés de la diplomatie marocaine en Afrique

– 1961 : Premières réflexions pour une unité africaine à l’initiative du Maroc lors de la Conférence de Casablanca

– 1963 : Création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) à Addis-Abeba en Ethiopie avec l’adhésion de 32 pays dont le Maroc

– 1984 : Retrait du Maroc de l’OUA en réaction à l’admission de la République Arabe Sahraouie Démocratique

– 2002 : Création de l’Union Africaine (UA) à Durban en Afrique du Sud en remplacement de l’OUA avec l’adhésion de 54 pays (tous les états africains à l’exception du Maroc)

Initiatives récentes de la diplomatie Marocaine

– Visites diplomatiques de SM le Roi Mohammed VI et signature d’accords de coopération : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée équatoriale, Niger, RD Congo, Sénégal, etc.

– Missions de maintien de la paix de l’ONU : Participation des casques bleus marocains dans les opérations de pacification de plusieurs pays en proie à des guerres civiles, comme la RDC, la Somalie, la Côte d’Ivoire ou tout récemment la République centrafricaine.

– Dette : Annonce en 2000 de l’annulation de la dette des pays africains les moins avancés et l’exonération totale des droits de douane sur leurs produits exportés au Maroc.

– Sécurité alimentaire et sanitaire : Développement de projets dans le domaine de la gestion de l’eau, élevage, création de centres de soins avec le Niger et le Burkina. Un vaste programme opérationnel de remise à niveau de plusieurs centaines de hauts fonctionnaires et responsables administratifs sahéliens est également prévu.

– Religion : Mise en place d’un programme de formation de 500 imams maliens au Maroc et projets de construction et de rénovation de plusieurs dizaines de mosquées au Mali, en Guinée, au Sénégal et au Bénin.

A travers une diplomatie active, le Maroc a développé des liens étroits avec ses partenaires africains, ouvrant ainsi la voie au développement d’opportunités économiques et commerciales fortes pour les entreprises marocaines.

En s’appuyant sur des relations diplomatiques fortes, les entreprises marocaines se sont renforcées en Afrique par une diversification progressive de leurs activités au cours des années 2000 avec notamment plus de 16 MMDH investis sur la période 2009-2013

Implantation progressive des entreprises marocaines en Afrique

– La coopération entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne a commencé par l’implication des entreprises publiques marocaines (l’ONE, l’ONEP,…) dans la mise en œuvre de projets de développement durable : barrages, infrastructures routières et ferroviaires, télécommunications, assainissement, etc.

L’association du secteur privé en Afrique subsaharienne est intervenue dans un second temps dans des domaines variés (banques, mines, tourisme, télécom …) et pour lesquels l’Afrique est une aire de développement stratégique.

Secteurs clés d’intervention et exemples de projets

Banque : A travers des prises de participation majoritaires, le Maroc est présent aujourd’hui dans 12 pays (4 en Afrique du Nord, 5 en Afrique de l’Ouest et 3 en Afrique centrale). La 1 ère institution bancaire au Sénégal est de nationalité marocaine.

Le secteur bancaire se développe à travers 2 participations directes notamment dans Bank Of Africa et via l’acquisition en 2012 d’un réseau de 7 banques après un accord avec l’ivoirien Atlantic Financial Group.

Assurance : Après la levée de 250 millions de MAD auprès d’institutions financières, un des leader de l’assurance au Maroc a accéléré son développement sur le continent à travers le rachat de Colina en novembre 2010 et se positionne sur 13 pays.

Agriculture : L’OCP se prépare à investir le marché africain car beaucoup de pays de la région prévoient d’opérer leur «révolution verte » en développant le rendement de leurs terres cultivées. Une usine d’engrais dédiée exclusivement au marché africain sera également lancée à Jorf Lasfar.

Telecom : Maroc Telecom a opéré des prises de participations majoritaires dans les opérateurs ONATEL (Burkina Faso), Gabon Telecom, Mauritel (Mauritanie) et Sotelma (Mali)

Promotion immobilière : D’importants promoteur immobiliers marocains se développent en Afrique tels que le groupe Alliances ou Addoha qui est en charge de la construction de plus de 10000 logements en Afrique et a implanté une cimenterie au Congo.

Dans le domaine de la construction, d’autres acteurs nationaux réussissent en Afrique tels que : SOMAGEC et STROC.

L’appartenance du Maroc à des institutions africaines à fort impact régional lui permet de renforcer son influence et d’accompagner ses acteurs nationaux dans leur stratégie d’expansion.

Institutions africaines pertinentes pour le positionnement géostratégique du Maroc

Plusieurs institutions Africaines peuvent accompagner le Maroc dans sa stratégie d’investissement, notamment celles disposant d’un organe financier ayant une forte implantation sur le continent africain. A ce titre, la CEN-SAD à travers la BSIC pourrait constituer une cible stratégique.

D’autres institutions ont un fort impact en Afrique et accompagnent le développement et la stratégie
d’expansion des acteurs de cette région.

Illustration d’institutions financières finançant le développement en Afrique

Plusieurs institutions étrangères accompagnent les pays africains dans leur stratégie d’investissement, et disposent d’une forte implantation sur le continent africain tels que l’AFD et la CDB.

B. Opportunité diplomatique

Le CEN-SAD, institution regroupant de nombreux pays partenaires, peut répondre à la volonté du Maroc d’appuyer sa présence diplomatique et économique sur le continent africain.

Pour appuyer sa présence en Afrique, le Maroc pourrait mettre à profit son appartenance à la CEN-SAD en étant plus impliqué dans les organes de gouvernance de l’institution.

Les objectifs de la CEN-SAD sont en phase avec la vision du Maroc quant au développement des relations sud-sud

Objectifs de la CEN-SAD

1. L’établissement d’une union économique globale basée sur une stratégie de développement des pays concernés (investissements agricole, industriel, énergétique, social et culturel).

2. La suppression des restrictions qui entravent le rassemblement des pays membres par la prise de mesures nécessaires pour assurer :

– la libre circulation des personnes, des capitaux et des intérêts des ressortissants des États
membres ;

– la liberté de séjour, de propriété et d’exercice de l’activité économique ;

– la liberté d’échange et de circulation des biens, des produits et services originaires des pays signataires.

3. L’accroissement entre les États membres des moyens de transport et de communication terrestre, aérien et maritime par l’exécution de projets communs.

4. La promotion du commerce extérieur par une politique d’investissement dans les Etats membres.

5. L’harmonisation des systèmes éducatifs, pédagogiques, scientifiques et culturels dans les différents cycles de formation.

Pour répondre aux enjeux de développement de ses pays membres, la CEN-SAD s’appuie sur différents organes de pilotage et sur la BSIC en sa qualité de levier financier.

Le contexte de la CEN-SAD est favorable à un renforcement de l’implication du Maroc au sein de ses organes de décision suite au « retrait » de fait de la Libye.

Enjeux actuels de la CEN-SAD

Gouvernance : Œuvrer pour l’édification d’une organisation forte, moderne et capable de faire face aux défis que connait cette zone.

Economique : Repenser la politique de la BSIC pour accompagner les efforts de la communauté dans le domaine du développement et sa relation avec les investisseurs potentiels dans cette zone.

Social : Assurer un avenir meilleur aux pays et aux peuples de la région.

Sécurité : Redynamiser la CEN-SAD afin d’améliorer la paix et la stabilité et créer des conditions de développement.

Retrait de la Libye et opportunité de prise de position du Maroc

– Sous la direction de Kadhafi, la Libye représentait le maillon fort de l’Organisation notamment à travers une prise de participation très forte au sein de la BSIC (jusqu’à 45% du capital social de la banque)

– La fin de l’ère Kadhafi marque un tournant important dans le financement et la gouvernance de la CEN-SAD à travers le retrait de ce pays des instances de gouvernance

– Les états de la CEN-SAD se sont réunis fin octobre 2013 à Rabat afin d’examiner les questions de gouvernance, de développement et de sécurité pour définir une stratégie claire sur ces sujets.

Le retrait de la Libye, acteur majeur de la CEN-SAD, représente une opportunité forte pour le Maroc. Ainsi, la réunion d’octobre 2013 a esquissé les contours d’un renforcement du rôle du Royaume dans cette Organisation (la présidence de l’organisation y a notamment été évoquée).

La BSIC, organe financier de la CEN-SAD, peut répondre à l’ambition des opérateurs économiques du Maroc quant à leur développement en Afrique

Présentation de la BSIC

– Vocation : Instrument financier d’intégration économique des Etats de la CENSAD

– Déploiement géographique : Présence dans 14 pays Africains

Siège : Tripoli, Libye.

– Liste des pays actionnaires : Libye, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Centrafrique, Gambie, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Sénégal, Soudan, Tchad et Togo.

– Capital social : 750.000.000 €

Objectifs de la BSIC

– Contribuer au développement socio économique des Etats membres.

– Financer tous projets porteurs (privés ou publics) et les filières structurées des Etats membres.

– Financer les crédits de campagne des produits primaire de base (coton, arachide, sésame, gomme, arabique, cacao…), ainsi que les besoins de production et d’exploitation des entreprises commerciales.

– Exercer toutes activités de banque classique.

Historique

– 1999 : Création de la Banque Création de la Banque Africaine pour le Développement et le Commerce (BADC SA) avec un capital social initial de 250 millions d’euros.

– 2005 : Modification du nom commercial de la BADC devenue BSIC SA (Banque Sahélo Saharienne pour l’Investissement et le Commerce.

– 2008 : Augmentation du capital social du groupe porté à 500 Millions d’euros.

C. Opportunité économique

La BSIC présente des produits orientés vers la banque de détail. Elle s’appuie notamment sur un centre de formation moderne afin d’offrir des services de haut standing à ses clients.

A travers son réseau étendu et la qualité de ses ressources, la BSIC pourrait servir de vecteur de développement pour les acteurs économiques marocains en Afrique à condition de revoir sa stratégie et son positionnement avec le passage d’une banque de détail à une banque de développement (à l’image de la BAD ou la BOAD).

D. Stratégie et modalités d’approche

Afin de renforcer ses positions stratégiques en Afrique, le Maroc doit se doter à travers la CEN-SAD et la BSIC d’outils diplomatiques et financiers forts dans un périmètre opérationnel large.

Objectifs stratégiques du Maroc

1. Prendre le leadership de la CEN-SAD afin de pouvoir étendre son rayon d’action sur les 23 pays membres actuels et les 40 pays potentiels.

2. Réorganiser la BSIC en banque de développement afin de soutenir les objectifs de croissance des opérateurs marocains en Afrique.

Modalités d’approche proposées

1. CEN-SAD : Prise de leadership :

Actions proposées :

1. Nomination de membres marocains au sein du Secrétariat Général et du Conseil Exécutif

2. Proposition de refonte des statuts pour le passage d’une présidence tournante à une présidence en mandats de 5 ans afin d’assurer une continuité de la gouvernance de la CEN-SAD

3. Désignation d’un premier président Marocain

4. Proposition de déplacement du siège de la CEN-SAD à Rabat

2. BSIC : Réorganisation et appui aux acteurs économiques marocains

Actions proposées :

1. Inclusion de la prise de contrôle de la BSIC par le Maroc dans l’agenda de l’accord de coopération Maroc – Libye

2. Augmentation du capital de la BSIC par un apport du Maroc (prise de participation proche de 50%)

3. Réorganisation de la stratégie de la BSIC :

– Consultation des banques marocaines impliquées en Afrique pour la définition du périmètre

– Passage progressif des activités de banque de détail à des activités de banques de développement

4. Proposition de déplacement du siège de la BSIC à Casablanca Finance City pour profiter notamment des avantages fiscaux offerts.

Tags : Maroc, Afrique, CEN-SAD,

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