France : Quelles perspectives pour la construction d’un Grand Maghreb?

France : Quelles perspectives pour la construction d’un Grand Maghreb?

Pour faire vivre une véritable priorité française vis-à-vis du Maghreb se pose la question du soutien à apporter à la construction maghrébine durant les années à venir, et plus précisément du degré de volontarisme que la France pourrait exercer afin de soutenir cette perspective, sans préjuger de l’existence de liens bilatéraux denses par ailleurs.

Cette construction reste peu consistante depuis les années 1990, si bien qu’elle ne suscite plus beaucoup d’espérance. Il paraît même à beaucoup assez vain de plaider aujourd’hui pour l’unification du Maghreb vu la stagnation de l’UMA. Pourtant, à moyen terme, ce serait l’intérêt de la France et de l’Europe que de traiter avec un bloc unifié au sud-ouest de la Méditerranée, comme ce serait de l’intérêt des pays du Maghreb pris séparément de sortir parfois du face à face trop exclusif avec Paris ou Bruxelles. Un véritable marché commun de l’Afrique du Nord, s’étendant à une Libye et à une Mauritanie stabilisées, permettrait, par exemple, de stimuler la croissance économique dans la zone. Le coût du « non Maghreb » est évalué à deux point de croissance du PIB annuel. Un Grand Maghreb à cinq -c’est le format officiel de l’Union du Maghreb arabe- offrirait, via des grands projets de développement(1), la dimension optimale pour agir à des Etats qui partagent des caractéristiques largement communes.

Le blocage actuel est dû notamment à la rivalité algéro-marocaine et il faudra sans doute attendre une modernisation profonde du système politique algérien pour sortir de cette impasse. L’unification maghrébine dépend largement de la démocratisation de l’Algérie. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se résigner à la simple continuité. Des éléments nouveaux sont apparus avec les printemps arabes : possibilité d’intégrer la Libye à un projet collectif, forte volonté tunisienne d’aller de l’avant, esquisse de dégel entre le Maroc et l’Algérie, même si l’éventualité d’une ouverture de la frontière bilatérale par Alger à partir de cet été reste à confirmer.

La position de la France ne peut être que d’essayer d’accompagner intelligemment ces processus, à la fois au sommet et à la base. Au sommet, le dialogue 5+5 doit avoir pour principal objectif de donner un cadre à des coopérations qui impliquent plusieurs pays européens du sud et nord-africains sur la mobilité, la jeunesse, la gouvernance. Sur le terrain, notre coopération bilatérale doit continuer à susciter des projets concrets qui impliquent plusieurs acteurs, ce qui fonctionne bien quand l’échelon politique n’entre pas en jeu, par exemple pour la coopération technique et universitaire, voire le français.

Le levier de l’Union européenne doit être utilisé de façon pragmatique : les cinq pays concernés ont des relations plus ou moins avancées avec l’UE mais certains fonds peuvent là aussi servir des programmes communs. La question se posera donc d’orienter en priorité les financements européens vers les projets structurants allant dans le sens de l’intégration maghrébine, à condition qu’ils résultent de choix politiques clairs des pays concernés.

La sécurité du Sahel doit devenir, par ailleurs, un enjeu stratégique commun entre l’Europe, le Maghreb et les pays sahéliens, afin notamment de dépasser et de vaincre les réticences algériennes à agir en commun face au terrorisme de l’AQMI (une réunion ministérielle euro-sahélienne sur la sécurité a eu lieu le 8 décembre dernier à Bruxelles) . Nous devons être plus respectueux de nos partenaires africains (Mali, Niger, Mauritanie) tout en plaidant pour une approche véritablement collective (pour le moment, les Etats-Unis traitent surtout avec l’Algérie et le Mali et nous avons des liens plus opérationnels avec la Mauritanie et le Niger). Les récents événements dramatiques au Mali plaident en ce sens.

Un groupe informel ad hoc comprenant la France, l’Espagne, l’Italie, la Mauritanie et la Tunisie pourrait enfin rechercher les moyens de repenser la résolution du conflit du Sahara occidental, dans le cadre des Nations Unies, sur la base de solutions innovantes mais là aussi un blocage algérien est à craindre. Pourtant des pistes existent pour avancer (mesures de confiance, discussions exploratoires sur différentes formes d’autonomie, dimension humanitaire et droits de l’homme).

Quatre propositions diplomatiques :

– programmer trois visites distinctes du futur Président dans la région en 2012 : d’abord à Tunis pour un discours fondateur sur notre soutien à la démocratie et aux printemps arabes, puis au Maroc et en Algérie pour renforcer la relation bilatérale ;

– proposer la tenue en 2013 ou 2014 d’un deuxième Sommet 5+5 à Paris, pour donner un souffle politique à la coopération à dix.

– plaider pour une Conférence de haut niveau sur la sécurité et le développement du Sahel entre l’Europe, le Maghreb et les pays sahéliens en activant le processus engagé à Bruxelles en ce sens ;

– prendre langue très rapidement avec l’Espagne et l’Italie pour lancer l’idée d’un groupe informel sur le Sahara occidental.

Quatre propositions de coopération :

– émettre très rapidement un message sur la nécessité de faciliter la circulation des personnes entre les deux rives et renforcer les moyens et l’efficacité des consulats dans ce but ;

– élaborer avec nos partenaires maghrébins un programme fédérateur en faveur de la jeunesse, de l’éducation, de la formation professionnelle et des mobilités ;

– mettre en place un instrument de coopération spécifique au profit de la démocratie locale et des territoires, domaine dans lequel nous pouvons apporter beaucoup dans le contexte des printemps arabes ;

– contribuer à organiser des rencontres entre les acteurs de terrain de l’intégration maghrébine afin de renouveler le cadre conceptuel dans ce domaine en lien avec l’évolution des sociétés.

Tags : Maghreb, Maroc, Algérie, Tunisie, Mauritanie, Libye, Union du Maghreb Arabe, UMA, croissance,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :