L’Algérie inondée par le kif marocain

En ce début du mois de Ramadhan, les services de sécurité n’ont pas eu de répit
Par Hasna Yacoub
En ce début du mois de Ramadhan, les services de sécurité n’ont pas eu de répit. Plusieurs quintaux de kif traité, de psychotropes et différents autres produits de contrebande ont été saisis dans plusieurs wilayas du pays notamment les régions frontalières. Pas plus tard que le 1er juillet dernier, les gardes-frontières de Tlemcen ont opéré une saisie d’une quantité de 1 112 kilogrammes de kif traité dans deux opérations distinctes, dont une s’est soldée par l’arrestation d’un narcotrafiquant marocain. La veille, les éléments de la gendarmerie de Laghouat ont mis la main sur plus de 19 quintaux de kif traité. Le même jour deux opérations distinctes de lutte contre le trafic de drogue ont été menées à Blida et El Oued. A Blida, ce sont les services de la sûreté qui ont réussi la saisie de près de 52 kg de kif traité alors qu’à El Meghaier, à 150 km d’El Oued, plus de trois quintaux de kif traité ont été saisis par les services de la Gendarmerie nationale. L’opération a également permis le démantèlement d’un réseau criminel international spécialisé dans le trafic de drogue, constitué de 17 individus (25 à 55 ans), issus de différentes wilayas, notamment de l’ouest et du sud du pays, 11 ont été arrêtés et six autres sont en fuite. Les différents bilans établis confirment la courbe ascendante de saisie de drogues en Algérie et, par ricochet, la présence en abondance de ces substances sur le marché algérien. Car, même si la hausse de la saisie renseigne en premier sur l’efficacité des différents services de lutte contre la drogue, elle renseigne également sur le flux de ces substances sur le sol algérien. Et en rappelant que le taux de saisie ne représente dans les meilleurs des cas que 40% des quantités transitant par Algérie, il est évident que ces taux de croissance renseignent donc sur la hausse des quantités de ces substances dans le marché algérien.
Selon les chiffres publiés par l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Onldt), plus de 200 tonnes de résine de cannabis ont été saisies en Algérie durant l’année 2013. Un chiffre en hausse par rapport à l’année 2012, qui avait enregistré une saisie de 157 tonnes de ce genre de stupéfiants. 
«Au total, 211 512,773 kg de résine de cannabis, 3 790,487 grammes de cocaïne et 868,299 grammes d’héroïne ont été saisis en 2013 à l’échelle nationale», a indiqué le directeur général par intérim de l’Office, Mohamed Benhalla, la semaine dernière à l’APS. 
Se référant à un bilan global des services de lutte contre la drogue, 
M. Benhalla a précisé que la quantité de résine de cannabis saisie a enregistré une augmentation de plus de 34% en 2013 comparativement à l’année 2012. Dans ce contexte, il a fait remarquer que toute la quantité de résine de cannabis saisie «provient du Maroc». Dans le même sillage, ce responsable a relevé qu’en 2013, 
les services de lutte ont également saisi 1 175 974 comprimés de substances psychotropes de différentes marques, ainsi que la découverte et l’éradication de 
4 831 plants de cannabis et de 2 721 plants d’opium. Et pour l’année en cours, la courbe de saisie des stupéfiants continue son ascension. Plus de 59 tonnes de résine de cannabis ont été saisies durant les quatre premiers mois de l’année en cours, soit une hausse de 75% de la quantité saisie durant la même période de l’année précédente (2013), selon l’Onldt. «Au total, 59 746,152 kg de résine de cannabis ont été saisis durant les quatre premiers mois de l’année 2014 contre 34 085,448 kg durant la même période de l’année 2013», a indiqué M. Mohamed Benhalla tout en précisant que ce bilan englobe également 331,556 grammes de cocaïne et 337,85 grammes d’héroïne. Il n’est pas utile de rappeler les multiples découvertes de plantations de cannabis et d’opium ou encore les énormes saisies de kif traité et de psychotropes effectués ces dernières années pour affirmer qu’il s’agit-là d’une forte indication sur le devenir de l’Algérie d’un pays de transit de drogue en un pays producteur. Parce qu’il faut le dire, l’Algérie est depuis un moment déjà un pays de transit de la drogue, acheminée par ses frontières de l’ouest. C’est dans des véhicules tout-terrain abandonnés, près de la frontière algéro-marocaine qu’a été effectuée la dernière saisie de deux tonnes de drogue. Les quantités saisies quotidiennement dans différentes régions du pays confirment que l’Algérie est une plaque tournante de culture, de commercialisation et de consommation de drogue. Le pays est passé ainsi de statut de pays de transit, puis de consommateur pour arriver à celui de pays producteur. A ce propos, il faut rappeler la déclaration de M. Amar Tou, alors qu’il occupait le poste de ministre de la Santé, où il a affirmé que «la moitié de la drogue transitant par ce pays est consommée localement». Outre le fait que ces quantités saisies témoignent de l’imminence du danger qui guette le pays, elles nous poussent à nous interroger, dès lors, sur le volume réel de ce poison ayant échappé à la vigilance des services chargés de lutter contre la drogue et sur la quantité de stupéfiants consommées en Algérie. L’ex-président de l’Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie, Abdelmalek Sayeh, avait tiré la sonnette d’alarme, dernièrement, en déclarant : «Notre pays se dirige tout droit à devenir un grand espace de consommation de stupéfiants et il suffit, pour se convaincre, de constater que le phénomène touche jusqu’aux écoles primaires.» 
Rappelons à ce propos que selon la dernière étude menée en Algérie par 
l’Oncldt, quelque 350 000 Algériens, de 12 à 35 ans, consomment de la drogue. Toujours selon cette enquête, 45% des lycéens sont des consommateurs de drogue. 
Ces chiffres alarmants confirment donc que l’Algérie est en face d’un danger réel. Surtout que les conditions sont réunies pour permettre la progression de la consommation à savoir la crise économique, le chômage et l’insécurité. Sans oublier également, le fait que l’Algérie se trouve à proximité du Maroc. La lutte contre la culture de drogue doit devenir donc une priorité nationale en raison du lien, établi par les enquêteurs de plusieurs pays, unissant le terrorisme, le blanchiment d’argent et le trafic de drogue. 
H. Y.

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