Le décès inopiné du général Kahimbi creuse le fossé entre Tshisekedi et Kabila

Le décès inopiné du général Kahimbi creuse le fossé entre Tshisekedi et Kabila

La mort du général Delphin Kahimbi, chef d’état major adjoint des forces armées congolaises et chef des renseignements militaires, survenue le 28 février dernier, continue à faire des vagues en République démocratique du Congo, non seulement au vu des états de service de ce haut gradé mais aussi à cause du mystère qui plane toujours sur les circonstances de son décès.

S’adressant au Conseil des Ministres, le président Tshisekedi vient d’alourdir le mystère en révélant qu’il s’agissait d’une « mort par pendaison » et en précisant qu’il avait chargé la Monusco de diligenter une enquête indépendante. Cette intervention de la Monusco, une nouveauté, représente aussi un désaveu implicite de la commission d’enquête militaire dirigée par le général Célestin Mbala, seule habilitée à enquêter sur la disparition d’un aussi haut gradé.

Les éléments connus jusqu’à présent sont faciles à résumer : à l’instar d’autres hommes de confiance de l’ex-président Kabila, comme le chef de l’ANR Kalev Mutomb ou la sœur jumelle Jaynet Kabila, le général Kahimbi avait été interpellé à l’aéroport par la DGM (Direction générale des Migrations) alors qu’il se préparait à se rendre en Afrique du Sud pour y acheter du matériel permettant entre autres la géolocalisation et les écoutes téléphoniques, des acquisitions qui rentraient dans le cadre de ses fonctions d’ « homme de renseignement. » Reste à savoir à qui il comptait rendre compte des informations ainsi obtenues, au président Tshisekedi ou à Joseph Kabila son prédécesseur…

Alors qu’en principe, la coalition Cach, (coalition pour le changement) a conclu un accord avec le FCC (Front commun pour le Congo, qui soutient l’ex président Kabila), on constate qu’une méfiance croissante sépare les deux alliés de circonstance et que le général Kahimbi, dans le cadre de ses fonctions, en a sans doute fait les frais, étant soupçonné d’avoir mis sous surveillance l’actuel gouvernement ainsi que le président Tshisekedi lui-même. Après avoir été interrogé par la DGM et été informé du fait qu’il avait été suspendu de ses fonctions, le général Kahimbi rentra chez lui et son corps sans vie fut découvert le lendemain, les premières hypothèses étant une mort par strangulation ou par empoisonnement, sans que nul et pas même son épouse, qui a parlé d’une crise cardiaque, n’évoque ou ne montre les traces d’une pendaison à domicile.

Figurant sur la liste des personnalités congolaises placées sur la liste des sanctions par l’Union européenne, le général Kahimbi avait aussi été désigné par l’envoyé spécial américain Peter Pham (qui vient d’être déplacé dans la région du Sahel) comme un homme à écarter par le nouveau pouvoir. Originaire du Kivu, Delphin Kahimbi avait été recruté en 1998 dans les rangs des Mai Mai (guerriers traditionnels congolais) lors de la deuxième guerre du Congo, alors que Laurent Désiré Kabila tentait de contrer l’invasion rwandaise menée avec le soutien tacite des Occidentaux. En compagnie de Joseph Kabila, il avait été envoyé en formation militaire en Chine où il termina son cursus alors que son compagnon d’armes fut obligé de regagner précipitamment son pays où son père fut assassiné en 2001. Avant d’être chargé des renseignements militaires, Kahimbi avait été commandant en second des opérations Kimya 2 au Sud Kivu et surtout des opérations menées au Nord Kivu contre le M23, le dernier en date des mouvements rebelles soutenus par le Rwanda et finalement vaincu par les FARDC. En marge de ses faits d’armes officiels, le général Kahimbi était demeuré proche de Joseph Kabila, appartenant sans doute au cercle très restreint de ses hommes de confiance, au même titre que le général Akili Mundos. Ce dernier vient, lui, aurait été rappelé du front de Béni où il opérait en première ligne dans cette « sale guerre » menée contre les groupes terroristes des ADF. Le nom de Delphin Kahimbi avait également été cité dans certaines « basses besognes » du régime, comme l’assassinat à Goma, en 2008, d’Albert Ngezayo Prigogine, homme d’affaires mais surtout connu pour être un défenseur passionné de la nature et en particulier du parc des Virunga. Ce crime, malgré de nombreuses enquêtes diligentées par la famille,, est demeuré impuni jusqu’à présent.

Lune de miel avec Washington

Un an après son entrée en fonctions, Félix Tshisekedi, qui a renouvelé la magistrature, semble vouloir démanteler pièce par pièce la « garde de fer » de son prédécesseur. Il est encouragé en cela par les Etats Unis dont le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, en visite à Kinshasa, a vanté la « trajectoire positive » du chef de l’Etat et promis de travailler à un « partenariat privilégié Etats Unis RDC. Cette lune de miel entre Kinshasa et l’administration américaine explique aussi pourquoi le président Tshisekedi, lors de son voyage à Washington, s’est fait applaudir par le lobby pro israélien Aipac lorsqu’il a déclaré soutenir le plan Trump pour la Palestine et promis d’installer à Jerusalem une section économique de l’ ambassade de la RDC. Non seulement cet engagement a été mal accueilli par l’opinion congolaise, largement pro palestinienne, mais l’Union africaine, dont Félix Tshisekedi est le vice président, est hostile au plan Trump. Notons aussi que si un « ambassadeur plénipotentiaire » sera envoyé en Israël, le Congo n’est toujours pas représenté à Bruxelles ou à Anvers…

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Tags : Congo, RDC, Tshisékédi, Delphin Kahimbi, MONUSCO,

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