Les cadavres des noirs sont plus prisés que leurs corps

Les cadavres des noirs sont plus prisés que leurs corps

Aujourd’hui, j’ai été cerné par la vidéo d’un homme noir, du nom de George Floyd, assassiné par la police de Minneapolis alors qu’il suppliait qu’on lui permette de respirer, qu’on le laisse en vie. Cette propagation virale d’une ordinaire obscénité, désormais érigée en rituel médiatique et militant, est le point de départ de l’ouvrage fondamental de Tommy Curry: The Man-Not.

Ce texte a probablement changé ma vie en me faisant comprendre l’étendue de l’abjection qui nous est imposée – non pas en dépit de notre genre, mais en raison de notre genre. L’homme noir monstrueux, brutal, sexuellement insatiable, impulsif, borné, est le réceptacle d’une infinité de fantasmes. Les mêmes fantasmes qui nous poussent à consommer leur mise à mort comme un divertissement.

Nous vivons dans un monde où les médias comme l’université alimentent une passion romantique pour les femmes qui luttent pour la dignité des hommes assassinés, et parlent en leur nom. Mais ce monde méprise, emprisonne et tue les hommes noirs et arabes qui cherchent à se faire entendre par eux-mêmes.

Tommy Curry m’a fait voir que dans ce monde-là, chacun peut faire sa fortune ou sa réputation sur la mort des hommes noirs, car leurs cadavres sont plus prisés que leurs corps. Ahmaud Arbery, les morts de la COVID-19, les travailleurs essentiels… Des cadavres et des esclaves. Sorti de cela, nous savons bien peu de ce que signifie être un homme noir ordinaire à notre époque; c’est que les bonnes questions sont tout justes posées.

Norman Ajari

Tags : racisme, esclavage, negritude, nègre, noir, esclave, Tommy Curry,

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