Lettre signée par El Mortada Iamrachen , détenu politique rifain, depuis l’intérieur de la prison locale de Salé

Mes ami(e)s

Tout d’abord, je voudrais vous remercier pour tout l’appui et le soutien moral qui m’est parvenu et dont je me félicite vivement et me rend inébranlable malgré toutes les souffrances. Dans cette lettre, je voudrais clarifier certains faits de ce dossier, et la tournure des choses tout au long des étapes de la procédure. Je me contenterai d’évoquer les faits documentés, vérifiables en consultant le dossier de l’affaire

Le Bureau central d’investigation judiciaire m’a accusé d’être un salafiste, partisan extrémiste de l’organisation DAECH ,et que j’utilise ma page Facebook pour répandre l’extrémisme parmi mes partisans, ce qui contraste nettement avec les faits. J’ai été contraint de signer ces allégations, comme j’ai signalé devant la Cour d’appel lors de la première audience consacrée aux exceptions préliminaires.

En ce qui concerne les chefs d’accusations, après l’assassinat de l’ambassadeur russe, j’ai mis en ligne plusieurs publications dans lesquelles j’ai tenu à condamner le crime terroriste. Certains m’ont critiqué pour le fait que l’opération n’était pas actée terroriste, et là j’ai publié l’information faisant état du meurtrier qui a crié: « Nous mourons à Alep et vous mourrez ici. « pour confirmer que l’acte était de nature terroriste, relayant par-là la presse néerlandaise. Le juge d’instruction chargé des questions de terrorisme a rajouté une phrase qui ne figurait pas dans la publication initiale « le policier turc martyr a crié … « .

Il est tout à fait possible de le vérifier, en lisant la décision du renvoi. M. Al Chantouf a écrit distinctement cette phrase au point d’en doute qu’il n’avait pas une bonne intention . En ce qui concerne la deuxième publication, dans laquelle je voulais dire que le Maroc à l’époque actuelle a connu la plus grande opération d’arrestation dans deux événements majeurs, d’abord après les attentats terroristes du 16 mai 2003, et après les événements de vendredi à Al Hoceima en mai 2017, et que des centaines de personnes arrêtées étaient injustifiées. A ce sujet tout le monde en conviendra.

La plus haute autorité du pays a déclaré que les arrestations du 16 mai avaient été entachées d’irrégularités. C’est là qu’intervient le rôle du juge du tribunal de première instance, qui a abandonné le mot « terroriste », que vous retrouverez dans la copie du jugement en première instance, qui est passé d’une condamnation claire de cet acte dirigé par un groupe de TERRORISTES aux attentats de 16 mai FABRIQUES , comme le prétendait le procureur général de la Cour d’appel, sans aucun argument pour défendre le juge de première instance et sa manipulation de la publication.

Le rôle de ce dernier ne s’est pas arrêté à ce stade, mais il s’est mis à manipuler des dates connues pour arranger les contradictions du Bureau central d’investigation judiciaire, qui a prétendu que j’étais en Afghanistan en 2011 en se basant sur une fausse déclaration, et que j’étais un militant de premier plan dans le mouvement du 20 février de la même année, le juge allègue que j’étais actif dans le mouvement du 20 février 2010. ? Alors que le mouvement ne s’est établi qu’en 2011 …

Dans le même contexte et en lien avec la troisième publication, qui charrie l’ironie et un sarcasme claire d’un journaliste qui a déclaré dans un appel téléphonique que j’avais tenté en 2011 d’introduire des armes dans mon pays et que j’avais soumis mon passeport au tribunal en indiquant la date de délivrance en 2014. Si le contenu de la publication était correct, j’aurai dû faire l’objet de poursuite pour appartenance à une organisation terroriste, de complot visant à porter atteinte à la sécurité de l’Etat , et de l’intelligence avec une puissance étrangère, et non que je sois accusé pour des faits d’apologie ou d’incitation, ce qui a été confirmé par le PV de la police qui n’a inclus aucune question à cet égard ? Ici , M. le procureur général, chargé des questions de terrorisme, s’est mis, à nouveau, à tromper le pouvoir judiciaire au point de prétendre que j’ai essayé d’introduire des armes pour le compte du mouvement rifain/ Hirak en 2017 sans aucune preuve, en se jouant des dates et sans que je fasse l’objet de poursuite .

Ensuite, comment est-ce possible de la demander la liberté conditionnelle devant le juge d’instruction en faveur d’une personne aussi dangereuse, comme le prétend le ministère public en première instance et à l’appel, et ce qui est amusant est que le procureur général a fermement rejeté toute requête de liberté à mon égard, alors que le document montre le contraire et que c’est le procureur qui a présenté la requête il a accepté en justifiant : « A la demande du ministère public … et compte tenu des données du dossier et les circonstances de cette affaire qui plaide en sa faveur en le laissant en état de liberté … »

Ici le parquet n’a pas cessé de s’en mêler les pinceaux, qui, après avoir fourni des preuves et des documents, prouve que je suis loin de toute pensée extrémiste, et ce que les Procès-verbaux du Bureau central d’investigation judiciaire et du juge d’instruction contenaient en terme d’accusations de daechisme et autres accusations dénuées de tout fondement, le procureur général a requalifié les faits en nous accusant de chiisme et que le mouvement était chiite, et après que cette confusion a été révélée, le procureur général a été obligé d’admettre que la troisième déclaration était sarcastique. Il a déclaré que le Prophète (Paix et bénédictions d’Allah soient sur lui) a déclaré:  » Trois choses ne peuvent être que sérieuse (même si l’on veut plaisanter avec) …le hadit » en rajoutant les publications sur mon profil Facebook, ce qu’il est possible de vérifier auprès du greffier. C’est tout ce qu’a pu la défense a pu affronter et qui a prouvé mon innocence mais j’étais surpris que la décision allait à rebours de la logique des choses, puisque la décision du tribunal de première instance, a été confirmé, loin de l’esprit de justice. Cela confirme que la tournure des choses avait pour objectif de justifier ma détention. Ce qui s’est passé le 30 novembre 2017 au tribunal de première instance est une détention forcée. Les agents de sécurité m’ont empêché de quitter le tribunal pour aller aux toilettes. Le juge lui a ordonné de m’arrêter alors que j’étais déjà en détention. Pour moi c’est une évidence, la décision résulte de l’exécution des ordres anonymes. En ce sens, j’ai considéré que tout le temps que j’avais passé en prison était une détention forcée jusqu’à preuve contraire, comme le prouvait une disposition légale qui justifiait ce qui s’était passé, bien que le bureau du ministère public ait reconnu le 7 mars 2018, que ma détention au tribunal était illégale.

Libérez les détenus … Libérez la patrie

El Mortada Iamrachen

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