Marine Marchande : un constat grave

Marine Marchande : un constat grave

Le Sultan Mouly Lahafid avait écrit : « Négliger les choses de la mer a été à l’origine de tous nos malheurs »

Par Berkani Moulay Saïd

Beaucoup ne sont pas conscients que le Maroc est une île, ou presque, avec le blocage de ses frontières à l’est et le désert au sud. D’ailleurs, 95% des échanges extérieurs empruntent la voie maritime. En plus, le Maroc dispose d’une façade maritime très importante de 3500 km.

Pourtant, notre Marine Marchande est malade et nous lance de temps en temps des signaux de fièvres médiatisés, sur sa longue descente vers l’agonie. Ce constat est d’ailleurs largement partagé.

En effet, notre flotte marchande a diminué de moitié en 20 ans; en conséquence, le coût de la facture des transports maritimes s’est aggravé jusqu’à atteindre l’équivalent de la facture pétrolière.

Pour une économie qui ambitionne de développer sa compétitivité exportatrice ce handicap est stratégique et structurel.

Ce handicap est palpable à travers plusieurs paramètres, dont on peut citer à titre d’exemples :

– le déclin de l’armement national.

– Une participation ridicule dans le transport des échanges extérieurs autour de 7%

– Des textes juridiques de près d’un siècle et qui remontent à la période coloniale. Apres 50 ans de travail sur le sujet, beaucoup d’énergies et de budgets dépensés, nous restons impuissants de produire un code pour le secteur.

– Un secteur sans pilote à bord, trois ans sans directeur de la marine marchandise, après trois directeurs de passage … alors que le secteur a amplement besoin d’un navigateur capable d’ingéniosité pour produire un nouveau modèle économique viable et un code juridique complet tout en étant un manager doté de deux qualités le courage et l’abnégation, nécessaires pour cette phase. Une denrée plutôt rare !

– La fonction de consignataire de navires est bloquée par la Direction de Marine Marchande Marocaine (DMMM) depuis 10 ans. Un signal des lobbys qui tirent les ficelles.

– Une navigation à vue : alors que la première mission est le développement du pavillon national, aucune stratégie viable pour cela n’est produite. Cette 1ere mission est loin d’être réussie.

– Concernant la Mission de base de la tenue des statistiques, il est ironique de remarquer que sur le site web du ministère, les dernières statistiques remontent à 2010.

– Des ententes anti-concurrentiels sur des lignes de rente qui portent atteinte à la compétitivité de notre export vers l’Europe … Il fallait attendre l’enquête des espagnols de mars dernier pour nous donner des leçons en la matière, et pour nous rappeler leur fameux Article 47 et 48 de leur traité de Rome européen.

– Des textes non appliqués pourtant dans l’intérêt national: « Les navires de pêche ne pourront être admis à battre pavillon marocain que s’ils débarquent « habituellement le produit de leur pêche » dans un port marocain, etc… etc.

Les impératifs pour réussir le programme gouvernementale

A entendre le programme gouvernementale et la réforme promise au secteur, on se croirait à la veille de 1981 lors de la promulgation d’un plan quinquennal où le secteur est érigé en priorité nationale. Mais, a-t-on les moyens et le courage nécessaires pour mener une refonte du modèle économique et des textes législatifs du secteur, capables de nous donner un pavillon national honorable, aux ambitions de notre pays?

Pour arriver à relever ce défi. il est impératif de :

– Rassembler et mobiliser différents acteurs démotivés par des années de négligences et d’erreurs stratégiques dans la conduite d’un secteur qui a souffert longtemps d’un défaut de gouvernance

– Conserver, consolider et renforcer la flotte marchande sous pavillon marocain; en favorisant la concentration.

– Rendre compétitives les offres d’affrètements de l’armement marocain ;

– Préserver, promouvoir et développer l’emploi dans le secteur maritime qui emploie une partie non négligeable de la population. Et peux encore en absorber bcp s’il est développé.

– Supprimer les rentes, réduire les privilèges et favoriser la performance ;

– Constituer une commission nationale pour les affaires maritimes pour combattre l’opacité du secteur et pour que toutes les réformes du secteur soient débattues en plein jour.

L’Executive Summary

Trois points à retenir comme objectifs

1. Une Vision pour un modèle économique viable pour développer le Pavillon National, suivie d’une stratégie et un planning d’exécution pour y arriver.

2. Production d’un code juridique pour le secteur, une refonte nécessaire regroupant les textes en les actualisant. Ceci devient urgent avant de se faire éjecter à nouveau par la communauté internationale.

3. Un management de main de maître, avec une protection solide du ministre, avec des qualités de courage car le secteur à trop souffert des hésitations et beaucoup d’abnégation car les tentations sont grandes et beaucoup en sont sortis trop riches (dans le monde entier).

En fin, empruntons à nouveau à Shakespeare dans le Marchand de Venise en Navigation Maritime comme pour l’Aérien … « To See or Not To See That’s The Question ».

Tags : Maroc, marine marchande,

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