Maroc : El Youssoufi, enterré avec les secrets de sa volte-face politique

Abderrahmane El Youssoufi, ancien Premier ministre du Maroc de 1998 à 2002 est mort jeudi à Casablanca, où il était hospitalisé depuis dimanche. Les commentaires de la presse sont unanimes : « dernier compagnon de la génération de Ben Barka et Bouabid », « un pan de l’histoire du socialisme marocain s’éteint », « figure de proue de la gauche socialiste »… Cependant, aucun ne fait état du coup de grâce qu’il a donné aux idéaux de Ben Barka et Bouabid lorsqu’il s’est plié à la volonté du roi Hassan II en acceptant de figurer dans un semblant de gouvernement de transition. El Youssoufi s’est contenté, résigné, d’un poste « honorifique » de premier ministre sous la houlette d’un monarque seul et malade mais inexorablement autocrate.

Cette époque de son retour au Maroc, sa rencontre avec Hassan II, et son acceptation de créer un gouvernement d’alternance, et même après le décès de ce dernier reste une ambiguïté pour toutes les générations, et même ceux qui faisaient partie de « la gauche ».

Selon le journaliste Omar Radi, « El Youssoufi a enterré avec lui les secrets de l’Alternance et les clés de compréhension de cette époque par notre génération. Il va reposer en paix tandis que les monstres du docteur makhzenstein qu’il a contribué à créer, par son silence, n’ont pas fini de nous mener la vie dure ».

Lorsqu’il a accepté le semblant d’alternance consensuelle, tous les marocains y ont cru. Ils ont perçu les prémisses d’un changement dans la rue, dans la presse. La presse de l’Hexagone applaudissait. Les chancelleries diplomatiques jubilaient. Mais les déceptions  n’ont pas tardé à se faire sentir. L’ambiance régnante après la disparition de Bouabid a pris les dessus. Les nouveaux ministres de la  gauche ont pris goût aux honneurs, à l’argent facile, aux voyages et à  tous les « bienfaits de leur nouveau statut ». Ils ont confondu pragmatisme et compromission. Ils ont abdiqué et accepté des oboles, des portefeuilles ministériels, des postes importants dans l’administration ou dans les établissements publics. Parfois au nom de la sacro-sainte unité nationale. Les prédateurs étaient là pour accepter des postes de prestige faisant fi  de leurs convictions ou de ce qu’il en restait ainsi que de leurs idéaux qu’ils ont lâchement abandonnés.

Tags : Maroc, Abderrahmane El Youssoufi, gauche, USFP, UNFP, alternance,

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