Maroc : Un WikiLeaks en version marocaine

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Lancé le 3 octobre 2014, suspendu en janvier de cette année pour réapparaître sur la Toile le 30 mars, le compte Twitter d’un mystérieux hackeur, Chris Coleman, diffuse un flot de documents confidentiels embarrassants pour le gouvernement marocain.

“Le compte Twitter d’un certain Chris Coleman, après plus de deux mois de disparition, est réapparu le 30 mars en publiant des documents confidentiels relatifs à l’architecture informatique des institutions de l’Etat”, rapporte l’hebdomadaire marocain Tel Quel.

Correspondances entre diplomates, mails personnels, dossiers confidentiels : les documents diffusés jusque-là par le compte Twitter <@chris_coleman24> concernaient principalement le ministère des Affaires étrangères marocain, la mission marocaine aux Nations unies et les activités des services de renseignements du royaume. “Coleman vise également des journalistes qu’il estime être à la solde de l’Etat marocain, qui leur commanderait des articles visant à dénigrer l’Algérie”, relevait Tel Quel en octobre 2014.

En janvier 2015, le compte <@chris_coleman24> a été fermé par la direction de Twitter, avant de réapparaître le 30 mars sous le nom de <@chris_coleman7>.

Porter atteinte à la puissance du royaume Au Maroc, “une chape de plomb couvre cette masse de documents pourtant accessibles à tous sur Internet. A part quelques rares déclarations officielles, comme celle de la ministre déléguée aux Affaires étrangères, Mbarka Bouaida, qui a accusé des ‘éléments pro-Polisario’ d’avoir agi avec l’appui de l’Algérie, aucun membre du gouvernement, aucun sécuritaire, aucun parti politique ne s’est prononcé sur un sujet aussi important. Il n’y a eu, par ailleurs, aucun démenti de l’authenticité des câbles”, soulignait Tel Quel en décembre 2014.

Finalement, le porte-parole du gouvernemnt, Mustapha El Khalfi, “a officiellement brisé le silence le 11 décembre 2014, plus de deux mois après le début des fuites sur les réseaux sociaux de documents diplomatiques présentés comme authentiques, notamment sur le dossier sensible du Sahara”. Selon lui, l’opération visait “à porter atteinte à l’image et à la puissance du royaume”. Une opération “orchestrée par ses adversaires”, sans donner plus de précisions. De son côté, le ministre des Affaire étrangères Salaheddine Mezouar a pris moins de précautions en affirmant qu’il s’agissait d’une “opération des services algériens”.

Repenser tout le système

Le 30 mars, c’est une série de trois documents, constituant une analyse du système d’information du ministère des Affaires étrangères, qui est publiée. Selon Amine Cherrai, chercheur spécialiste en sécurité informatique, contacté par Tel Quel, “ces documents sont très dangereux. Ils contiennent l’architecture du réseau et certaines adresses IP. Si ces documents sont authentiques et si le réseau n’a pas changé, cela rendra plus facile la vie à tout pirate cherchant à le hacker.” Amine Cherrai précise : “C’est la première fois qu’il partage quelque chose de technique.”

Toutefois, les documents semblent anciens et Chris Coleman, qui dit ouvertement vouloir fragiliser le Maroc, pourrait faire chou blanc, poursuit l’hebdomadaire marocain. “Sinon ? Cela va obliger le gouvernement à repenser tout le système, et donc lui coûter assez cher, estime un autre expert en informatique. Déjà en novembre 2014, le ministère des Affaires étrangères avait lancé un appel d’offres pour sécuriser son site, à la suite des premières fuites de documents de Chris Coleman.”

Courrier international, 3 avr 2015

Tags : Maroc, Marocleaks, hacker, Chris coleman, wikileaks marocain,

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