Mohammed VI, de qui se moque-t-il?

Mohammed VI, après 15 ans, se pose-t-il vraiment la question : «Où est la richesse du Maroc ? De qui se moque-t-il ?

Si le roi Mohammed VI a tenu un discours du trône classique, centré sur le bilan des quinze ans de règne, il a pour la première fois directement pointé du doigt les inégalités et s’est demandé si tous les Marocains profitent des richesses du pays.
Mohammed VI a donné son traditionnel discours du trône mercredi 30 juillet, mais dans une conjoncture un peu particulière, le royaume commémorant cette année les 15 ans d’intronisation du roi. Pendant près de trente minutes, le roi a confirmé le nouveau ton, adopté depuis un an, et qui consiste en une posture critique à l’égard des réalisations.
Mohammed VI a certes insisté sur « les grandes infrastructures et la progression sensible du taux de croissance économique », mais s’est surtout demandé « où est cette richesse ? » et « est-ce que tous les Marocains en ont profité, ou seulement quelques catégories ? ». « Si le Maroc a connu des avancées tangibles, la réalité confirme que cette richesse ne profite pas à tous les citoyens », assène-t-il même.
Comment peut-on interpréter une telle déclaration, émanant d’un chef de l’État au pouvoir depuis quinze ans ?
Inégalités sociales
Le souverain appelle concrètement à une « pause introspective », ce sont ses mots, à l’image de celle entreprise en 2005 où le roi avait appelé à un grand travail de recherche qui s’est soldé par le fameux rapport du cinquantenaire. Cette fois, Mohammed VI invite le Conseil économique, social et environnemental et Bank Al Maghrib à travailler avec les instances internationales sur une étude pour mesurer la « valeur » du Maroc entre 1999 et fin 2013. Objectif : « dresser l’état de la situation de la Nation » et établir un
 « diagnostic objectif de la situation (et formuler) des recommandations pratiques pour son amélioration ».
Pour cela, Mohammed VI a d’ores et déjà dressé les contours des principaux axes sur lesquels ces institutions spécialisées sont censées se pencher :

Nos choix sont-ils judicieux ? Quelles sont les actions à accélérer, rectifier ou réajuster ? Quels sont les chantiers et les réformes à mettre en route ? (…) Est-ce que les réalisations et les manifestations de progrès que nous observons ont eu l’impact direct escompté sur les conditions de vie des Marocains ? Est-ce que le citoyen marocain, quelle que soit sa situation matérielle ou sociale, et où qu’il se trouve, dans le village et dans la ville, sent une amélioration concrète dans son vécu quotidien, grâce à ces chantiers et à ces réformes ?

Le roi explique qu’il note, lors de ses « tournée d’information », des manifestations de « pauvreté et de précarité » et « l’ampleur des disparités sociales ». En dernier lieu, Mohammed VI a insisté sur le fait que les conclusions du rapport ne doivent pas rester « lettre morte, ou seulement une matière pour consommation médiatique », appelant le Parlement à s’en saisir quand elles seront publiées et« diffusées le plus largement » possible.

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Source : Solidarité Maroc, 31 juillet 2014

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