Pour une dynamisation de la diplomatie économique marocaine

Pour une dynamisation de la diplomatie économique marocaine

Chafik Rachadi*

Le nouveau contexte international se caractérise par l’internationalisation croissante des entreprises, le renforcement du processus de mondialisation et une utilisation des nouvelles technologies d’information devrait s’opérer avec célérité. Dans ce new deal, on le conçoit aisément, la diplomatie est appelée à ajuster ses fonctions économiques pour répondre aux nouveaux besoins des opérateurs et assurer, par là même, le renouveau de ses missions relatives à la préservation des intérêts économiques nationaux.

Le Maroc a engagé depuis quelques années des actions pour faire face aux effets de cette mondialisation:

– en réformant son système financier (réforme du système bancaire, réforme du marché financier,…).

– en menant des politiques sectorielles (agriculture, industrie, tourisme, artisanat, nouvelles technologies de l’information et de la communication, pêche….).

Le Royaume a également adopté des réformes d’ordres normatif, institutionnel et politique (politique de régionalisation et de décentralisation, charte des PME et des PMI., code du travail, promulgation de la Charte communale, loi sur les sociétés, élargissement de l’implantation des centres régionaux d’investissement …)

Pour être en phase avec la nouvelle stratégie en matière de politique étrangère, la diversification des partenaires économiques (Amérique Latine, Afrique, Asie, Pays émergents) et avec la promotion des accords bilatéraux et régionaux (déclaration d’Agadir, zone de libre échange avec l’UE, les USA, accord stratégique avec la Russie…), ces mesures auront été accompagnées par des actions dites de renforcement et de réactivation de la diplomatie économique.

Il est vrai que la démarche dédiée à la diplomatie économique avait permis de développer une politique nationale globale pour la promotion du Maroc, en opérant à grande échelle à travers des représentations internationales. Mais, force est de constater que l’approche adoptée n’a pas vraiment atteint l’objectif tant escompté.

Cette diplomatie reste, et c’est le moins que l’on puisse dire, insuffisamment imprégnée par les réalités et enjeux économiques du monde. Une faiblesse d’autant plus préoccupante que, dans bien des cas, elle n’aura pas été relayée par une présence de proximité des structures dédiées à cette activité et des organisations professionnelles qui se contentent d’actions symboliques, ou d’autres organismes à caractère public qui disposent d’un réseau d’antennes à l’étranger insuffisant. Jusqu’ici, la diplomatie économique, faute de réelles synergies, souffre de l’existence d’une pléthore d’organismes, d’un chevauchement fréquent des attributions de fait, d’une dominance de la promotion à distance et d’une utilisation inefficace des ressources humaines et financières.

Un statu quo qui, d’emblée, nous interpelle, et nous incite à dépister de nouveaux moyens afin que notre diplomatie puisse imprégner profondément notre économie nationale tout en associant, et de la manière la plus tangible qui soit, l’ensemble des acteurs.

Qu’en est-il, à la lumière des résultats obtenus, de la nouvelle propension à privilégier ?

Incontestablement le dévolu devrait être jeté sur une intervention diplomatique qui puisse apporter un soutien conséquent à l´économie marocaine, notamment par la détection d´opportunités dans les domaines du commerce extérieur et de l´investissement direct étranger. Le Maroc devant vivre sa propre expérience en utilisant surtout ses atouts et ses potentialités afin de répondre efficacement aux besoins de l’économie moderne, l’une des caractéristiques du nouveau contexte international, qui invite à une révision des missions classiques de la diplomatie économique, est le développement des relations d’interdépendance entre les économies.

Si l’action diplomatique, dans son sens large, peut s’étendre à toutes les relations inter étatiques, la diplomatie économique a pour objectif ultime la croissance et le développement. Mais ce changement de perspective ne doit pas conduire à ce que l’économique occulte le politique. Il n’y a plus guère de diplomatie qui ne soit, de près ou de loin, économique mais les finalités ultimes sont toujours politiques. Comme on le voit bien, la réalisation de ces missions exige un changement des mentalités et une parfaite connaissance des atouts économiques du pays.

De même, des objectifs clairs et précis doivent être définis afin d’encadrer, guider et attribuer des priorités à l’action des diplomates en termes de secteurs à prospecter, d’activités à mener et de résultats à atteindre.

De facto, il faut que le diplomate économique dispose des moyens humains et des ressources budgétaires qu’exige sa mission et qui lui permettent notamment de se déplacer sans entraves au sein des pays d’accréditation, de communiquer selon les exigences de la rapidité des situations et de toute action qui concourt à la réalisation des objectifs fixés. Dans ce cadre, l’information revêt de plus en plus d’importance dans la compétitivité des entreprises puisque la compétitivité ne se mesure plus par la disponibilité des ressources mais plutôt par la maîtrise des sources et des canaux d’information.

Dans ce contexte, il faut savoir que l’information économique constitue un fer de lance que seules les nations qui s’organisent le mieux pour la maîtriser, peuvent assurer la compétitivité de leurs unités productives.

Au Maroc, des actions devraient être entreprises auprès des producteurs d’information au niveau de son actualisation, son temps d’extraction de l’information et sa pertinence.

Par ailleurs, les nouvelles missions de la diplomatie économique exigent, non seulement, des moyens humains et matériels adéquats mais surtout des hommes capables de gérer des dossiers variés.

Les nouveaux sujets de la diplomatie économique exigent en effet un nouveau profil des diplomates en charge des dossiers économiques qui demandent des connaissances avérées. Ainsi, la conjoncture ne peut-elle qu’être abordée entre économistes rompus aux méthodes de l’analyse conjoncturelle et de la prévision et ayant consacré du temps à surveiller une multitude d’indicateurs. A titre d’exemple, un programme d’aide au développement a besoin de négociateurs ayant l’expérience du montage des financements de projets viables.

Idem pour les questions tarifaires, surtout à partir du moment où la discussion va au-delà d’une appréciation du niveau global des droits pour examiner la complexité des techniques douanières ou l’évaluation de l’impact de tel ou tel obstacle non tarifaire.

La circulation des capitaux, la fiscalité, les méthodes de soutien de l’agriculture, la portée des mesures liées à la préservation de l’environnement, entre autres exemples, exigent des compétences ou des expériences que les diplomates de carrières n’ont pu acquérir ni par leur formation ni par leur vie professionnelle. Le vade mecum voudrait que l’on dispose d’experts, non seulement pour gérer les dossiers, mais également pour diriger des négociations et organiser les multiples domaines de coopération indispensables au développement et à la croissance.

La diplomatie économique n’est pas le fait seulement des diplomates de carrière, mais elle peut faire appel à l’expertise nationale dans des domaines précis, soit au niveau du secteur public ou celui privé. Il serait souhaitable que les responsables de cette diplomatie viennent d’horizons différents, tout en bénéficiant d’expériences professionnelles variées. Leurs qualités se résument aux capacités d’observation, de négociation et d’ouverture à d’autres disciplines. Au total, donc, la nouvelle mission de la diplomatie économique exige des compétences aguerries.

Il convient de noter, que la globalisation et la montée en importance des affaires économiques n’ont pas atténué le caractère essentiel de la mission des diplomates de carrière. Ils sont les gardiens de la cohérence de l’action extérieure des États et les professionnels de l’interculturel. Il est souhaitable qu’ils possèdent une compétence dominante, mais ils ne doivent pas s’enfermer dans une discipline car leurs atouts résident dans leur capacité à relier entre elles diverses politiques pour déceler les incompatibilités et identifier les convergences.

La diplomatie économique apparaît donc comme une véritable catégorie politique de l’action extérieure et non comme un simple assemblage de pratiques visant à soutenir le commerce extérieur.

Elle traduit l’objectif du gouvernement qui est de préserver une position dans le système international et de participer aux interactions avec les autres acteurs afin de maîtriser l’environnement extérieur de l’Etat. Les interfaces entre économies nationales sont devenues si nombreuses que le champ des consultations et des accords à rechercher est infini. Dans le contexte de foisonnement libre-échangiste, notre diplomatie économique aura à faire de beaucoup d’ingéniosité pour assurer une véritable connaissance de notre tissu économique.

*Vice-président de la chambre des représentants

Tags : Maroc, diplomatie économique, mondialisation,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :