Pourquoi ne parlez-vous pas des graves accusations de pédophilie qui visent Pierre Bergé ?

Bonjour,

A notre connaissance, il n’existe pas à proprement parler d’accusation de pédophilie contre Pierre Bergé. L’homme d’affaire, décédé en septembre dernier, a été cité ces dernières années à deux reprises dans des affaires de pédophilie mais indirectement : comme propriétaire d’une villa à Marrakech où se seraient déroulés des actes de pédophilie (ne lui étant pas imputés).

Valeurs actuelles a consacré la semaine dernière un article à l’ouvrage de Fabrice Thomas, “Saint Laurent et moi : une histoire intime”, paru le 12 octobre. Fabrice Thomas, qui se présente comme l’ancien amant d’Yves Saint-Laurent et de Pierre Bergé, y décrit l’intimité sexuelle du couple. Lors de la campagne de promotion de son livre l’auteur a notamment affirmé dans un entretien à la télévision canadienne «Dominique Strauss-Kahn ou Harvey Weinstein, croyez-moi, à côté de Pierre Bergé ce sont des enfants de chœur.» L’auteur décrit des jeux sexuels sado-maso, affirme que Pierre Bergé avait des « esclaves sexuels » mais ne lui impute aucun acte de pédophilie. S’il est question de pédophilie dans le livre (et dans l’article de Valeurs actuelles), cela ne concerne pas l’ancien actionnaire du Monde. Fabrice Thomas relate une scène de pédophilie impliquant l’intendant de la villa du Jardin Majorelle, propriété d’Yves Saint Laurent et Pierre Bergé à Marrakech. Fabrice Thomas écrit un dialogue durant lequel il se serait ému des faits se déroulant sous ses yeux : “Mais là, ça se passe chez toi ! C’est un de tes employés qui fait ça avec un gamin…” Réponse de Saint-Laurent : “Pas chez moi, non. Le Jardin Majorelle est public.” Le nom de Pierre bergé n’est pas cité dans cet extrait.

Pierre Bergé avait été cité dans VSD en 2013, indirectement là encore, et toujours en tant que propriétaire de la villa de Marrakech. Le 30 mai 2011, le Luc Ferry affirme sur le plateau de Canal + qu’un ancien ministre se serait fait «poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons» et que ce scandale aurait été étouffé. Des propos qui avaient entraîné l’ouverture de deux enquêtes. L’une, au Maroc, l’autre, en France, confiée par le parquet de Paris à la brigade des mineurs. Libération relatait l’avancement de cette dernière en 2011) . L’enquête a été classée sans suite en novembre 2012. Quelques mois plus tard, en mars 2013, VSD, se basant sur le dossier de l’enquête, et en dépit du classement sans suite de celle-ci, publie les propos d’un prêtre du sud de la France assurant avoir recueilli entre 2003 et 2007 des témoignages attestant de faits de « prostitution de mineurs à la villa Majorelle, propriété d’Yves Saint Laurent et de Pierre Bergé, où Jack Lang était régulièrement invité ». VSD précise que le « témoin « n’avait donné aucun nom ». C’est le seul passage de l’article de VSD où est mentionné le nom de Pierre Bergé.

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En 2014, le site complotiste Panamza reprend le témoignage du prêtre cité par VSD, dans un article lourd de sous-entendus, et reçoit une plainte pour diffamation. Pierre Bergé attaque également les sites FDesouche ou Riposte laïque pour avoir relayé l’article de Panamza. Le procès pour diffamation devait se tenir à l’automne 2017 Il ne l’a pas été en raison du décès de Pierre Bergé, survenu le 8 septembre 2017.

Un peu moins d’un an auparavant, en novembre 2016, Pierre Bergé avait abordé ces questions dans une interview accordée à Léa Salamé, tournée dans sa villa marocaine. Il avait infirmé les rumeurs de pédophilie le concernant, tout en reconnaissant, au nom de la « libre sexualité », avoir eu des relations avec des « garçons marocains », à une époque où les « moeurs étaient plus libres ».

Pierre Bergé : « Il y avait une forme de sensualité particulière, je vous le confirme. Les moeurs étaient plus libres qu’aujourd’hui. La sexualité était plus débrideée et on y faisait moins attention. Mais faut pas exagérer, quand dans des tweets on dit que je faisais des partouzes avec Jack Lang, avec des petits garçons, j’aurais même pas voulu parce que je n’aime pas les petits garçons. C’était pas ça l’histoire.

Léa Salamé : Vous écrivez dans Lettres à Yves (publié chez Gallimard, ndlr) : « comme ils étaient gentils et beaux ces garçons marocains. Ils jouaient au football, ils avaient un corps musclé. on avait avec eux des rapports qui ne sentainent ni l’argent ni la vulgarité ».

Pierre Bergé : « C’est vrai, j’en ai connu beaucoup. Ils sont devenus, non pas des amis, mais de très agréables relations. On buvait du thé à la menthe, ils nous invitaient à déjeuner dans leur famille. Ce n’était pas de la prostitution, il y avait probablement de la prostitution, mais moi je n’ai pas un grand goût pour le tourisme sexuel.

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Léa Salamé : D’accord, donc c’était juste une manière libre de vivre sa sexualité?

Pierre Bergé : « oui, une manière de vivre sa sexualité » « 

Il n’existe donc pas d’accusations visant directement Pierre Bergé. Et les accusations ayant trait à des faits s’étant déroulés dans sa maison n’ont pas été l’objet de témoigagnes directs de la part des victimes, ni de plaintes.

Il convient également de rappeler qu’une accusation indirecte, ou une rumeur, ne suffit pas à faire une information. Et aussi qu’en matière de droit de la presse que le fait de relayer un propos diffamatoire suffit à caractériser la diffamation. Un journal, pour relayer des accusations, se doit d’apporter des éléments d’enquêtes supplémentaires, la contradiction, faire la preuve d’un traitement équilibré, etc. Libération, à ce jour, n’a aucun élément justifiant la parution d’un enquête sur le sujet.

Depuis l’affaire Weinstein, Libération a lancé plusieurs enquêtes pour des faits de harcèlements sexuels. Une première a été publié à propos de la BNP. Une deuxième est en attente de publication, et concerne le monde la politique.

Cordialement

C.Mt

Libération, 7 nov 2017

Tags : Maroc, Marrakech, Yves Saint-Laurent, Pierre Bergé, Jack Lang, Fabrice Thomas, pédophilie, homosexualité, partouze,

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