Tropisme royal, litanie marocaine

Et voilà le ministre marocain des Affaires étrangères, faquin et butor, qui perd son sang-froid, usant à l’endroit de l’Algérie de qualificatifs peu honorables
Par Noureddine Khelassi
Et voilà le ministre marocain des Affaires étrangères, faquin et butor, qui perd son sang-froid, usant à l’endroit de l’Algérie de qualificatifs peu honorables. Mais quelle guêpe a piqué Salaheddine Mezouar pour qu’il se départît ainsi de la bienséance diplomatique et attaque, bille en tête, la diplomatie algérienne ? La désignation de l’ex-président mozambicain, Joaquim Chissano, Envoyé spécial de l’Union africaine (UA) au Sahara occidental a eu réellement l’effet d’un chiffon rouge sous les narines d’un taureau furibard ! Au point de manger le morceau en plaçant la crise au Sahara occidental sous l’angle d’un strict conflit avec l’Algérie. 
Décidément, c’est devenu une marotte. Une obsession même ! Et c’est toujours le cas lorsqu’il s’agit pour le Maroc d’apprécier les rapports avec l’Algérie sous le prisme du Sahara occidental, annexé en 1975. Les saillies de Mezouar, aussi outrecuidantes qu’elles soient, ne sont pas inédites. Déjà, le roi Mohamed VI avait lui-même tenu des propos de même tonneau. Il lui est donc arrivé de dire que l’Algérie «cherche à entraver la dynamique vertueuse enclenchée par l’initiative marocaine». Entendre, le plan d’autonomie proposé aux Sahraouis en 2006. Cette initiative porte sur une autonomie administrative qui est exclusive du droit du peuple sahraoui à une libre autodétermination. Comme hier, le Maroc persiste dans la logique du «à prendre ou à laisser», renouvelant sans cesse son offre obtuse d’autonomie limitée, présentée comme solution unique et définitive au conflit. 
À chaque fois, la diplomatie marocaine tente de faire accroire que l’Algérie est partie prenante au conflit alors que le déterminisme géographique et les nécessités géostratégiques en font une partie inévitablement concernée. Le proverbe chinois ne dit-il pas à cet égard qu’il ne peut pleuvoir chez le voisin sans qu’on ait les pieds mouillés ? Faut-il donc rappeler inlassablement la position constante de l’Algérie et dépoussiérer les fondamentaux du dossier du conflit au Sahara occidental ? Pour mémoire, à Tunis, pour célébrer, aux côtés du président Mohamed Merzougui, l’an I du printemps de Jasmin, le président Abdelaziz Bouteflika a eu une petite phrase passée alors inaperçue. Des mots qui lui ont permis de réitérer la traditionnelle position algérienne en faveur d’un Maghreb «dans le cadre de la légalité internationale». Traduire, un Maghreb, sous quelque forme qu’il serait, ne saurait être édifié contre ou sans le peuple sahraoui. Donc, forcément, avec les Sahraouis sans l’avis souverain desquels aucun Maghreb ne serait possible. Et, jusqu’à preuve du contraire, la légalité internationale signifie toujours une solution politique au Sahara occidental sur la base d’un référendum d’autodétermination libre, sous l’égide de l’ONU. Il fut un temps où le roi Hassan II, qui avait un certain sens de la realpolitik et de la géopolitique, avait accepté de dissocier les relations bilatérales et la question du Sahara occidental. De facto, l’Algérie était enfin perçue comme une partie concernée et non une partie prenante au conflit. On était alors bien loin de l’affirmation de Mezouar qui veut que le conflit n’oppose pas le Maroc au Polisario, mais à l’Algérie. 
Depuis les Sommets maghrébins de Zéralda et de Marrakech, Algériens et Marocains, convertis au pragmatisme, avaient fini par déconnecter un temps les relations bilatérales du dossier sahraoui. Sagesse alors salutaire. Mais il y a loin aujourd’hui de la coupe aux lèvres algéro-marocaines ! Le roi Mohamed VI, lui, refuse l’idée même d’un référendum qui ne serait pas confirmatif, tout en proposant une certaine régionalisation sous souveraineté marocaine. Il a même consacré le fait accompli annexionniste en usant de l’artifice de la normalisation linguistique. La Constitution marocaine consacre désormais la hassania, l’idiome maternel des Sahraouis, comme langue nationale du royaume. À l’évidence, la construction du Maghreb ne saurait faire l’économie de réalités historiques fondant l’autodétermination légitime du peuple sahraoui. Depuis le départ des Espagnols en 1976, les territoires sahraouis sont, selon l’ONU, sans administration. En 2002, un avis de droit conclut que le Maroc n’est pas une puissance administrante du Sahara. Et même si la formule «autorité administrante» est un peu floue, rien dans l’histoire de Saguia El Hamra et Rio De Oro, encore moins dans les liens d’allégeance intermittents entre des tribus sahraouies et le royaume chérifien, n’est de nature à empêcher un référendum d’autodétermination. 
Le Sahara n’a jamais été une terra nullius, pas plus qu’il ne fut un jour sous souveraineté reconnue du Roi. À ce jour, ces territoires sont considérés comme non autonomes, l’ONU, en 1965, appelant déjà l’Espagne à les décoloniser. En avril 2007, les Nations unies avaient engagé le Maroc et le Polisario à négocier «en vue de parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara occidental». Il y a depuis le processus de Manhasset. L’Union africaine et la Ligue arabe, même si elles ont des positions différentes, considèrent que la question relève finalement de l’ONU. Et, fait nouveau, au même titre que l’ONU, l’UA où la Rasd est un État membre de plein droit, a désormais un Envoyé spécial au Sahara occidental. C’en était trop pour M. Mezouar. 
N. K.

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